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Corbyn ouvre la porte à un soutien des travaillistes au bombardement de la Syrie (WSWS)

par Chris Marsden 2 Décembre 2015, 15:04 Corbyn Grande-Bretagne Syrie Guerre Impérialisme

La décision du leader travailliste Jeremy Corbyn de permettre un vote libre sur la participation du Royaume-Uni à des missions de bombardement en Syrie est une capitulation totale devant l'aile droite et les forces pro-guerre de son parti.

Corbyn a tout fait pour l’obtention d’un vote favorable mercredi, vu que le premier ministre conservateur David Cameron n'avait pas de majorité sans le soutien de députés travaillistes et avait dit qu'il n’y aurait de vote que s'il y avait «consensus ». Au moins 15 députés conservateurs seraient opposés à l'extension des bombardements à la Syrie sous prétexte de battre l’État islamique (EI).

Maintenant Corbyn a offert à Cameron un «consensus» sur un plateau. Si le leader travailliste avait imposé la discipline de parti, ceux votant pour les bombardements auraient dû le faire contre leur parti. Au lieu de cela, Corbyn a donné le feu vert pour que plus de députés travaillistes, libres de censure, soutiennent la politique de Cameron. Les conservateurs se vantent de ce que jusqu'à 100 députés travaillistes voteront avec eux.

En septembre, Corbyn a été élu par une majorité écrasante à la tête du parti sur la base de sa position anti-austérité et anti-guerre déclarée. Trois cent mille personnes se seront inscrites au parti pour le soutenir. Pourtant, à chaque tournant majeur, Corbyn a trahi son mandat au nom du maintien de l'unité avec la cabale militariste, pro-patronale et anti-ouvrière qui domine le Parti travailliste au parlement et dans son appareil des gouvernements locaux.

De toutes les retraites ignominieuses qu'il a faites sous le feu, celle-ci est la plus importante.

Des millions de travailleurs et de jeunes sont opposés à une action militaire en Syrie, et la conférence annuelle du Parti travailliste a décidé que le parti ne soutiendrait l’appuierait pas sans soutien « clair et sans ambiguïté » des Nations Unies.

Avant lundi Corbyn disait que Cameron n'avait pas démontré suffisamment que l'ONU soutenait les bombardements, de sorte qu'il était contre un vote libre permettant aux députés de s'opposer à la politique du parti. Il a déclaré à la télévision dimanche « c'est le chef qui décide », ce qui implique qu'il envisageait une stricte discipline de parti demandant aux députés de voter contre le bombardement de la Syrie.

Il a ensuite organisé un sondage auprès de plus de 100.000 membres et partisans du parti montrant que 75 pour cent des sondés étaient contre et 13 pour cent seulement pour des frappes aériennes. Corbyn aurait, selon le Guardian, dit à ses alliés qu'il croyait avoir un appui suffisant chez les députés et ses partisans de la base pour tenter d'«arrêter la guerre».

Len McCluskey, chef du syndicat Unite, le plus grand soutien financier du Parti travailliste, a averti les membres du cabinet fantôme que «Unite et, je crois la plupart des membres du parti et des syndicats affiliés, s’opposeraient par tous les moyens à toute tentative de forcer par un coup d'état de palais à Westminster le chef de file du parti à la démission ».

Tout cela n'était qu’une façade. Dans les coulisses, Corbyn était déjà en discussions secrètes avec le chef adjoint du parti Tom Watson et le ministre des Affaires étrangères du gouvernement fantôme Hilary Benn, faisant tous deux partie de l'écrasante majorité de son cabinet fantôme favorable aux bombardements. Il a accepté un vote libre en échange d'une déclaration non contraignante et sans conséquence que «la politique du parti » était de s'opposer aux bombardements.

Corbyn s’est couché devant un parti travailliste croupion, sanguinaire et politiquement discrédité, sans soutien populaire en dehors des médias pro-patronaux du Royaume-Uni. Et il l'a fait tout en évoquant, comme son ministre des Finances fantôme, John McDonnell, la «démocratie» et la liberté des députés de voter « selon leur conscience ». McDonnell a dit qu’un vote libre signifierait que « les gens resteraient unis ».

«Démocratie» signifie maintenant le droit de défier les membres de son parti, de défier les voeux de l'électorat, d’agir ouvertement de concert avec les conservateurs, et de menacer d’une action en justice pour renverser un dirigeant élu. «Voter selon votre conscience» signifie ne pas en avoir.

A la réunion du cabinet fantôme lundi on a vu cette couche vénale avoir le vent en poupe, criant sur Corbyn que sa position, à savoir que la politique du parti était de s'opposer au bombardement, était «absurde». La réunion le soir du groupe parlementaire travailliste rassemblé, était peu différente.

Corbyn n’a pas trouvé mieux que d'écrire une lettre à Cameron exhortant à un débat de deux jours avant le vote. Ce que Cameron a rejeté dans les heures suivantes, répliquant que le débat de mercredi serait juste prolongé de quelques heures. On a accordé à Hilary Benn le droit de clore le débat pour les travaillistes.

Une fois de plus, les événements ont fourni une réfutation dévastatrice de l’affirmation par Corbyn que lui et ses partisans pourraient remodeler le Parti travailliste et en faire un instrument d’opposition à l'austérité et à la guerre en donnant la parole aux membres et en insistant sur ​​une «nouvelle politique» du débat démocratique. Ceci pouvait selon lui apporter un changement sans menacer la politique travailliste du « ratisser large ».

Au lieu de cela, le Parti travailliste continue d’être un parti d'austérité et de guerre. Son soutien à Cameron signifie que les bombes qui pleuvront sur ​​la Syrie, comme les centaines larguées par la Royal Air Force en Irak depuis septembre 2014, seront les bombes du Parti travailliste. La Syrie sera la guerre des travaillistes comme l'a été celle d’Irak en 2003.

Le caractère politique et de classe des travaillistes ne peut être changé par l'installation d'un nouveau leader. Il est déterminé par le programme pro-capitaliste du parti et une histoire de plus d'un siècle de défense des intérêts fondamentaux de l'impérialisme britannique, non seulement contre ses rivaux capitalistes étrangers, mais contre le danger d'en bas posé par la classe ouvrière.

La rhétorique réformiste mielleuse de Corbyn n'a jamais été une alternative politique au contrôle du parti par l’aile droite. Au contraire, son rôle a été d'empêcher l'hostilité à l'austérité, au militarisme et à la guerre qui l'a conduit à la tête du parti, de prendre la forme d'une rébellion politique contre la direction méprisée du parti. En effet, sans sa défense de leur position dans le parti, allant jusqu’à les inclure dans son cabinet fantôme, beaucoup auraient déjà été évincés par leurs sections locales.

Le fait que Corbyn jette le masque est une condamnation dévastatrice des groupes de la pseudo-gauche britannique qui ont tous proclamé que son arrivée à la tête du parti était un tournant fondamental dans la destinée du Parti travailliste. Il y a une semaine, Left Unity (Unité de la gauche), lancé il y a deux ans comme alternative supposée au Parti travailliste, a déclaré à sa conférence qu’il ne présenterait plus de candidats contre le parti dirigé par Jeremy Corbyn. Samedi, la Stop the War Coalition (Coalition Halte à la guerre) a organisé une protestation contre le bombardement de la Syrie: le message principal de son président Andrew Murray fut d'inciter les députés travaillistes à «se tenir derrière Jeremy Corbyn ».

Toutes ces tendances sont coupables de désarmer la classe ouvrière et d’ouvrir la voie à la guerre.

La lutte contre la guerre ne peut ni passer par le Parti travailliste et ni se faire sous la direction de Corbyn. Il ne prendra pas de mesures contre son aile droite parce qu'il partage son programme pro-capitaliste. Il appelle la classe dirigeante à un changement de politique sur l’austérité et la guerre alors qu’elles sont le produit inévitable du système capitaliste à cette époque de crise aiguë.

La bourgeoisie a besoin de l'austérité parce que le maintien de sa richesse obscène demande une accélération de l'exploitation de la classe ouvrière et la destruction des infrastructures sociales dont dépendent des millions de gens. La guerre est le produit de la campagne menée par les puissances impérialistes pour prendre le contrôle du pétrole et d'autres ressources précieuses et essentielles au nom des super-riches.

Ce qui est nécessaire est la construction d'un nouveau mouvement de masse anti-guerre qui vise à mobiliser la classe ouvrière en Grande-Bretagne et ailleurs contre le système capitaliste et pour le socialisme. Il faut pour mener cette lutte construire le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste).

(Article paru en anglais le 1 décembre 2015)

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