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Curieux silences sur le rôle d'Al-Qaida en Syrie. Paris et Washington se gardent d'expliquer leur bienveillance à l'égard du Front Al-Nosra, enfant chéri de Ben Laden. (Canard enchaîné)

par Claude Angeli 3 Décembre 2015, 06:21 Al-Nosra Al-Quaïda Terrorisme Collaboration France USA Syrie Articles de Sam La Touch

Curieux silences sur le rôle d'Al-Qaida en Syrie. Paris et Washington se gardent d'expliquer leur bienveillance à l'égard du Front Al-Nosra, enfant chéri de Ben Laden. (Canard enchaîné)
Curieux silences sur le rôle d'Al-Qaida en Syrie.
Paris et Washington se gardent d'expliquer leur bienveillance à l'égard du Front Al-Nosra, enfant chéri de Ben Laden.
Par Claude Angeli
Le Canard enchaîné, mercredi 2 décembre 2015

Voilà environ trois mois, ce n'était pas Daech qui menaçait de planter les drapeaux de son Etat islamique à Damas, mais une autre organisation terroriste, le Front Al-Nosra, filiale reconnue d'Al-Qaida. A l'époque, Hollande et Fabius ne semblaient guère s'inquiéter de voir ces admirateurs de Ben Laden s'installer dans la capitale syrienne, plutôt que les "rebelles modérés" de l'ASL, dont ils vantaient souvent les mérites. La détestation de Bachar vaudrait-elle un brin de charia ?

Mohammed al-Joulani s'il promet d'épargner ses ennemis - à condition qu'ils se repentent -, n'a pourtant jamais fait mystère de ses intentions. Le 27 mai, par exemple, Al Jazeera, la célèbre chaîne du Qatar, lui avait amicalement permis d'exposer son programme pendant une heure. En voici un résumé succint : fidélité à l'enseignement de Ben Laden, application de la charia, promesse de respecter les minorités religieuses en particulier et les Occidentaux en général.

L'aurait-on cru sur parole à l'Elysée, au Quai d'Orsay et à la Maison Blanche ? Impossible, pourtant, à Paris comme à Washington, on a toujours apprécié les deux qualités de ces fidèles d'Al-Qaida : ils affrontent à la fois Bachar et Daech.
D'où cet ordre donné, l'an dernier, aux pilotes américains de ne jamais bombarder ces braves gens. Ordre encore valable aujourd'hui. Quant aux Rafale et aux Mirage français, ils ont appliqué la même consigne : aucun envoi de missiles sur les positions de ces "terroristes acceptables", dixit un vieux routier du Moyen-Orient.

Financement en toute amitié

Comme rien n'est jamais simple dans cet Orient compliqué, Washington et Paris se gardent bien d'avouer les raisons de cette curieuse mansuétude. De même, Hollande et Obama évitent de reprocher à trois Etats amis - Turquie, Arabie saoudite et Qatar - le soutien financier et politique qu'ils continuent d'apporter à ces fanatiques.

Précision nécessaire : le comportement, fort discutable, de ces alliés et clients des Etats-Unis et de la France n'est pas une révélation. Il est depuis longtemps mentionné dans les médias ("Le Figaro", "Le Canard", "Le Monde", "L'Humanité", etc.) et par des experts tels Gilles Kepel ou Gérard Chaliand. Mais, et c'est là une des limites du présumé pouvoir de la presse, aucun dirigeant politique français ou américain de premier plan n'a encore été interrogé sur cette complaisance à l'égard d'Al-Qaïda.

Ironie de l'histoire : quand le Front Al-Nosra et ses associés Ahrar al-Sham et Jaysh al-Islam, autres terroristes bon teint, se sont trop approchés de Damas et de Lattaquié, Poutine a compris que Bachar était vraiment en danger. Dès lors, il ne s'est plus contenté d'équiper l'armée de son protégé : il a volé à son secours. Avec blindés, forces spéciales, missiles de croisière et bombardements quotidiens.

Ce que Paris et Washington lui ont vertement reproché... avant d'être contraints d'admettre sa présence et de composer avec lui.

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