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Erdogan envahit l'Irak pour s'accaparer les champs pétrolifères autour de Mossoul (Moon of Alabama)

par Moon of Alabama 9 Décembre 2015, 17:12 Turquie Irak Mossoul Impérialisme


Le je-veux-être-sultan Erdogan n'a pas obtenu ce qu'il cherchait en Syrie, où il avait prévu de capturer et d'annexer Alep. Les Russes ont empêché cela. Il va maintenant vers sa cible secondaire, Mossoul en Irak, que de nombreux Turcs voient comme une partie historique de leur pays.

À la fin de la Première Guerre mondiale en octobre 1918, après la signature de l'armistice de Moudros, les forces britanniques ont occupé Mossoul. Après la guerre, la ville et la région environnante sont devenues une partie de l'Administration du territoire ennemi occupé (1918 à 1920), et peu de temps après l'Irak mandataire (1920-1932). Ce mandat a été contesté par la Turquie, qui a continué à réclamer la région au motif qu'elle était sous contrôle ottoman lors de la signature de l'Armistice. Dans le Traité de Lausanne, le différend sur Mossoul a été laissé à une résolution future de la Société des Nations. La souveraineté de l'Irak sur Mossoul a été confirmée par la Société des Nations suite à un accord entre la Turquie et la Grande-Bretagne en 1926. L'ancien vilayet ottoman de Mossoul est devenu finalement Ninive Province de l'Irak, mais Mossoul est restée la capitale provinciale. Mossoul, deuxième plus grande ville d'Irak avec environ un million d'habitants, est actuellement occupée par État islamique.

Le vendredi une colonne de quelque 1 200 soldats turcs avec une vingtaine de chars et d'artillerie lourde a emménagé dans un camp près de Mossoul. Le camp était l'un des quatre lieux où la Turquie formait les Kurdes irakiens sunnites et quelques Arabes pour combattre État islamique. Ces petits camps au nord de la région kurde existent depuis les années 1990. Ils ont d'abord été mis en place pour combattre le PKK. Plus tard, la présence turque a été justifiée pour contrôler le cessez-le feu, à la fin de la guerre interne kurde, entre les forces du PDK fidèles au clan Barzani et les forces de l'UPK du clan Talabani. Les bases ont été effectivement utilisées pour surveiller les mouvements des forces du PKK qui lutte pour l'indépendance kurde en Turquie.

La base près de Mossoul est nouvelle et serait seulement une petite base pour l'entraînement aux armes légères. Mais les chars et l'artillerie sont autre chose que des mitraillettes AK-47 ordinaires. La Turquie dit qu'elle va augmenter à plus de deux mille le nombre de soldats.

Si Mossoul arrivait à se débarrasser de État islamique, la présence des armes lourdes turques permettrait à la Turquie d'appuyer sa revendication sur la ville, à moins que le gouvernement irakien n'utilise tout son pouvoir pour lutter contre cette affirmation. Si la ville reste aux mains de État islamique, la Turquie passera un accord avec lui et agira comme son protecteur. Il bénéficiera du pétrole autour de Mossoul qui sera transféré par le nord de l'Irak à la Turquie et, à partir de là, vendu sur les marchés mondiaux. En bref : ceci est une tentative pour mettre la main sur les champs de pétrole du nord de l'Irak.

Tel est le plan, mais il est risqué. La Turquie n'a pas demandé la permission d'envahir l'Irak et n'a pas informé le gouvernement irakien.

Les Turcs prétendent qu'ils ont été invités par les Kurdes :

«La Turquie aura une base militaire permanente dans la région Bashiqa de Mossoul car les forces turques chargées de la formation des Kurdes Peshmergas ont été renforcées» a rapporté Hürriyet. L'accord concernant la base a été signé entre le Gouvernement régional du Kurdistan (ARK) par le président Massoud Barzani et le ministre des Affaires étrangères turc, Feridun Sinirlioglu, lors de la visite de ce dernier au nord de l'Irak le 4 novembre.

Il y a deux problèmes avec cela. Premièrement, Massoud Barzani n'est plus président de l'ARK. Son mandat est terminé et le parlement a refusé de le prolonger. Deuxièmement, Mossoul et sa région Bashiqa ne font pas partie de l'ARK. Barzani conclut une entente à ce sujet comme s'il passait un accord concernant Paris.

Le gouvernement et tous les grands partis irakiens voient l'invasion turque comme un acte hostilecontre leur pays. Abadi a exigé le retrait immédiat des forces turques, mais il est peu probable que la Turquie obéisse. Certains hommes politiques irakiens ont appelé à l'envoi immédiat de l'armée de l'air irakienne pour bombarder les Turcs près de Mossoul. Ce serait sans doute la meilleure solution en ce moment, mais le Premier ministre Abadi, installé par les États-Unis, est trop timide pour exécuter ces frappes. L'idée à Bagdad est que la Turquie pourra être expulsée quand État islamique sera vaincu. Mais cette réflexion donne à la Turquie une raison de plus de conserver État islamique en vie et de l'utiliser à ses propres fins. Le cancer doit être stoppé maintenant tant qu'il est encore faible.

Le Kurdistan de Massoud Barzani est tellement failli qu'il a même confisqué des comptes bancaires étrangers pour payer certaines factures. C'est peut être la raison pour laquelle Barzani a accepté l'affaire maintenant. Mais les racines sont plus profondes. Barzani vend illégalement à la Turquie le pétrole qui appartient au gouvernement irakien. La famille Barzani occupe non seulement le bureau présidentiel à l'ARK, mais aussi la position de Premier ministre et les services secrets locaux. Elle gère les affaires du pétrole et reçoit une grosse part sur tout le reste. Du côté turc, l'affaire du pétrole est traitée dans la famille du président Erdogan. Son gendre, maintenant ministre de l'Énergie, avait le droit exclusif de transporter le pétrole kurde par la Turquie. Le fils de M. Erdogan contrôle la compagnie maritime qui transporte le pétrole par voie maritime, le plus souvent vers Israël. Le pétrole sous le contrôle de État islamique en Irak suit exactement le même itinéraire. Ce sont des entreprises qui génèrent des centaines de millions de dollars par an.

Il est probable que les États-Unis soient derrière cette nouvelle foucade de la Turquie, et ils ne feront rien à ce sujet. La meilleure chose que l'Irak pourrait faire maintenant est de demander aux Russes leur soutien militaire actif. Les Turcs ont insisté sur leur souveraineté quand ils ont pris en embuscade un jet russe qui a frôlé sa frontière, mais n'avait pas l'intention de nuire à la Turquie. L'Irak devrait également insister sur sa souveraineté, demander à la Russie de l'aider et mettre les Turcs dehors immédiatement. Plus il attend, plus le risque est grand de voir la Turquie finir par posséder Mossoul.

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