Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Escalade du conflit Chine/USA après le survol des îles Spratleys par des B-52 (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 26 Décembre 2015, 21:10 Iles Spratleys Chine USA Conflit B-52

Escalade dans le conflit qui opposent Chine et Etats-Unis, lié aux velléités territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale.

Alors que la vente de frégates US à Taïwan a provoqué d’ores et déjà il y a quelques jours à peine l’ire de Pékin, le ministère chinois de la Défense a dénoncé samedi une grave provocation militaire US après le survol la semaine dernière par deux bombardiers américains B-52 d’une zone de la mer de Chine méridionale.

« Le 10 décembre au matin, deux bombardiers américains B-52 sont entrés sans autorisation dans l’espace aérien des îles chinoises Nansha et des eaux territoriales adjacentes », a ainsi annoncé le ministère, faisant référence au nom chinois des îles Spratleys. « Ce comportement (représente) une grave provocation militaire, qui complique la situation générale en mer de Chine méridionale et qui contribue même à la militarisation de la région », a par ailleurs affirmé le ministère.

Vendredi, le Wall Street Journal, citant des responsables du Pentagone, avait indiqué pour sa part que lors d’une mission de deux B-52 la semaine dernière, l’un des deux appareils s’était approché à moins de deux milles marins d’un îlot artificiel construit par la Chine sur un récif des Spratleys. Le quotidien avait précisé que l’avion avait dévié de sa route, sans en avoir l’intention, ajoutant de mauvaises conditions météorologiques avaient pu être à l’origine de l’incident.

Le Pentagone a affirmé quant à lui samedi enquêter sur le dossier. « Les Chinois nous ont fait part de leur préoccupation au sujet de la trajectoire de vol d’une récente mission d’entraînement. Nous nous renseignons à ce sujet », a ainsi déclaré le porte-parole du ministère américain de la Défense, Mark Wright. Ajoutant que cette mission n’impliquait une quelconque intention de voler à moins de douze milles nautiques de toute installation.

Washington a provoqué l’ire de Pékin à plusieurs reprises ces derniers mois en envoyant un destroyer puis un bombardier B-52 à proximité d’îlots artificiels des Spratleys contrôlés par la Chine. De leur côté, des forces navales chinoises – incluant des navires de guerre, sous-marins, systèmes de détection et de commandement aéroporté ainsi que des avions de chasse – ont été déployées cette semaine en mer de Chine méridionale pour des exercices de combat.

En mai dernier, les Etats-Unis avaient affirmé qu’ils continueraient à envoyer des navires et avions militaires dans les zones disputées de mer de Chine méridionale, appelant parallèlement à l’arrêt immédiat des opérations d’aménagement de Pékin dans ces eaux. Le réel enjeu du dossier ? Selon le ministère américain de l’Énergie, jusqu’à 5,4 milliards de barils de pétrole et jusqu’à 55 100 milliards de mètres cubes de gaz pourraient être extraits dans la région de Reed Bank de l’archipel …

S’exprimant lors d’une conférence à Singapour réunissant de hauts responsables militaires, y compris des représentants chinois, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter avait alors estimé que « la Chine n’était pas en phase avec les règles et les normes internationales » avec ses «constructions d’îles semi-artificielles dans l’archipel des Spratleys.
Rappelons que cet archipel de plus de 100 îlots, récifs et atolls, situé à mi-chemin entre le Vietnam et les Philippines, est l’une des zones les plus disputées en raison de son importance militaire stratégique. La Chine y effectue de gigantesques opérations de remblaiement, transformant des récifs coralliens en ports et en infrastructures diverses.

En vue d’obtenir un « règlement pacifique de tous les différends », Ashton Carter avait demandé en mai dernier « l’arrêt immédiat et durable des travaux de remblaiement par tous ceux qui revendiquent la souveraineté sur l’archipel ». Ajoutant que les Etats-Unis s’opposaient également à toute militarisation supplémentaire de la zone et indiquant que les soldats américains continueraient à évoluer en mer de Chine méridionale.

Si Ahston Carter a certes reconnu que d’autres pays avaient développé des avant-postes dans la zone, à des échelles diverses, le Vietnam à hauteur de 48 avant-postes, les Philippines de huit, la Malaisie de cinq et Taïwan un, le gouvernement américain estime que la Chine est «allé beaucoup plus loin et beaucoup plus vite que n’importe quel autre ». Lors des 18 derniers mois, «la Chine a aménagé plus de 800 hectares, soit plus que tous les autres réunis et plus que dans toute l’histoire de la région », avait-t-il affirmé en mai dernier.

S’exprimant à la suite, un responsable militaire chinois avait toutefois estimé que ses critiques étaient infondées et non constructives. « La liberté de navigation en mer de Chine méridionale n’est pas du tout un problème car cette liberté n’a jamais été affectée, a ainsi déclaré le colonel Zhao Xiaozhuo de l’Académie de science militaire. Selon lui, « les activités de la Chine sont légitimes, raisonnables et justifiées ».

A la mi-mai, différents médias internationaux avaient indiqué que le Pentagone étudiait la possibilité d’envoyer l’aviation et la flotte américaines dans la région des îles Spratleys, revendiquées par Pékin en mer de Chine méridionale. Le Wall Street Journal avait indiqué pour sa part que le secrétaire à la Défense Ashton Carter avait ordonné à ses subordonnés qu’ils examinent la possibilité d’effectuer des vols de surveillance de l’aviation américaine au-dessus des îles Spratleys, et d’envoyer dans cette région de navires de guerre américains. Le quotidien avait alors relevé qu’une telle démarche, si elle était approuvée par la Maison blanche, signalerait que les USA ne reconnaissent pas les revendications territoriales de la Chine sur la zone de 12 miles d’îles artificielles construites par la Chine près de l’archipel des Spratleys.

- Pétrole et gaz : les réels enjeux du dossier

Escalade du conflit Chine/USA après le survol des îles Spratleys par des B-52 (Blog Finance)

Le réel enjeu du dossier ? Selon le ministère américain de l’Énergie, jusqu’à 5,4 milliards de barils de pétrole et jusqu’à 55 100 milliards de mètres cubes de gaz pourraient être extraits dans la région de Reed Bank de l’archipel …

L’Energy Information Administration estime également que la mer de Chine méridionale (SCS) détient environ 11 milliards de barils (BBL) de pétrole et 190 billions de pieds cubes (TCF ) de gaz naturel.
Cette estimation grimpe même à 22 milliards de barils de pétrole et 290 billions de pieds cubes de gaz naturel, selon une étude du US Geological Survey. La Société chinoise National Offshore Oil ( CNOOC ) est peut-être le plus optimiste, considérant que les ressources estimées de pétrole et de gaz de la zone pourraient s’élever au total espectivement à 125 BBL et 500 TCF.

- Une voie maritime cruciale pour la sécurité énergétique de l’Asie

Même si les recherches d’hydrocarbures dans la zone des Spratleys s’avéraient infructueuse, il n’en demeure pas moins que ces territoires revêtent une importance géo-stratégique notable. En effet, plus de la moitié du commerce maritime mondial transite par la mer de Chine méridionale, la voie maritime la plus achalandée du monde passant même juste à côté des Spratleys.

Cela signifie en clair des milliards de barils de pétrole par an et des centaines de milliards de pieds cubes de gaz naturel liquéfié (GNL ou LNG). Contrôler ce flux équivaut à contrôler la sécurité énergétique de l’Asie.
Environ 14 millions de barils de pétrole brut et plus de la moitié du commerce mondial de GNL transitent quotidiennement par la mer de Chine méridionale. Au total, 5,3 trillions de dollars empruntent chaque année cette route commerciale. En contrôlant pas moins de 80 % de la zone, la Chine pourrait bientôt être en mesure d’imposer sa volonté sur la structure des échanges mondiaux.

Sources : AFP, WSJ, Sputniknews, Forbes,oilprice.com

Elisabeth Studer – 19 décembre 2015 – www.leblogfinance.com

Haut de page