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Espagne: Podemos tente de démobiliser l'opposition populaire à la guerre (WSWS)

par Alejandro Lopez et Paul Mitchell 16 Décembre 2015, 08:12 Espagne Podemos Impérialisme Syrie Guerre OTAN USA CIA

Suite aux attentats terroristes de Paris du 13 novembre, une soixantaine de partis staliniens et de la pseudo-gauche, des syndicats, et 102 personnes ont publié un manifeste intitulé «Pas en notre nom».

La plupart des signataires sont membres de Podemos, le parti de la pseudo-gauche mené par Pablo Iglesias, même si ce n'est pas indiqué dans le manifeste. Le parti n'a pas signé le document en son propre nom afin de ne pas compromettre ses relations avec la politique officielle espagnole et sa relation avec le Parti socialiste (PSOE) qui est pro-impérialiste et proguerre. Podemos pourrait se trouver dans un gouvernement de coalition avec le PSOE après les élections générales qui auront lieu le 20 décembre.

Le manifeste faisait appel à la population espagnole pour qu'elle se rassemble le 28 novembre à Madrid et dans d'autres villes et «condamner les attentats terroristes à Paris et au Liban et rejeter les bombardements contre la population civile en Syrie et les atteintes à la démocratie inefficaces au nom de la sécurité, ainsi que la politique étrangère militariste initiée par Bush, Blair et Aznar [les anciens chefs d'État des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'Espagne]».

Le manifeste n'a aucun rapport à la lutte contre la guerre, et encore moins au «début d'un mouvement possible contre les interventions impérialistes et les guerres, dans les rues et dans les milieux de travail», comme le déclare le groupe de la pseudo-gauche Clase contra Clase.

Le manifeste omet toute mention de la politique étrangère impérialiste du gouvernement actuel du Parti populaire (PP) et des appels à la guerre du PSOE. Il ignore les véritables origines de l'État islamique (EI) provenant de l'appui de groupes islamistes par les États-Unis et ses alliés pour renverser le régime syrien. Il légitime le discours de la «guerre contre le terrorisme», affirmant que «Si la réponse à une telle barbarie entraîne la suspension des droits, le recul des libertés, et nous enfermer dans nos maisons, la victoire du terrorisme sera complète.»

Dans les faits, les attaques islamistes en Europe et aux États-Unis ont offert un prétexte pour la gigantesque escalade des pouvoirs d'État policiers au pays, qui vise non pas le terrorisme, mais la menace posée par les travailleurs, appauvris par les mesures d'austérité.

Le manifeste ne fait aucune mention du pacte anti-djihadiste que le PP et le PSOE ont signé à la suite des attaques contre Charlie Hebdo à Paris en janvier dernier, auquel s'est ensuite joint le nouveau Parti des citoyens. Le pacte a été suivi d'atteintes additionnelles aux droits démocratiques, incluant le renforcement du Code pénal, des lois d'état d'urgence et encore plus de mesures de surveillance.

La faillite de la perspective des organisateurs et leur incapacité de mobiliser leurs propres membres (le syndicat CCOO a plus d'un million de membres, et Podemos en a 385.000) ont fait que seulement quelques milliers de manifestants ont participé dans la capitale, et quelques centaines ailleurs.

Le faible taux de participation aux manifestations ne reflète pas une diminution de l'opposition à la guerre parmi les travailleurs et les jeunes. La campagne de guerre n'est aucunement populaire. Le dernier sondage du journal El Mundo indique que malgré la propagande incessante et l'atmosphère hystérique attisée par les médias, 53 pour cent de la population sont hostiles à une attaque en Syrie alors que seulement 35 pour cent l'appuient.

Ce qui a pris place est la démobilisation intentionnelle des millions de personnes qui avaient participé au mouvement «Non à la guerre» de 2003 pour manifester contre la guerre en Irak menée par les États-Unis et appuyée par le gouvernement PP de José Maria Aznar. Plus de 90 pour cent de la population sont opposés à la guerre et des millions de personnes ont manifesté dans la rue.

En mars 2004, Aznar a perdu l'élection générale trois jours après que des terroristes d'Al-Qaïda ont tué 191 personnes dans une série d'attentats à la bombe dans des trains. Le PSOE, qui s'était opposé à la guerre, reflétant les critiques de la subordination d'Aznar aux États-Unis de la part de sections de la classe dirigeante espagnole, fut le bénéficiaire accidentel des sentiments antiguerres et remporta l'élection.

Une fois au gouvernement, le PSOE s'est retiré d'Irak, mais a rapidement augmenté le nombre de troupes en Afghanistan, envoyé plus de troupes dans des missions en Afrique et au Moyen-Orient et en 2011 a participé à la guerre en Libye. La majorité des partis de la pseudo-gauche qui s'opposaient à la guerre en Irak ont emboîté le pas et sont devenus une nouvelle base sociale pour l'impérialisme et la promotion d'interventions sous la bannière cynique des «droits de l'homme».

En Libye, ces partis, et beaucoup d'entre ceux qui ont signé le manifeste, comme le «juge et activiste des droits de l'homme» Gerardo Pisarello (en réalité, le maire adjoint de Barcelone dans Plateforme commune, qui inclut Podemos), a défendu et encouragé la campagne de bombardement de l'OTAN et qualifié les forces interposées de l'OTAN de «révolutionnaires». La Libye a souffert 30.000 morts, une destruction généralisée et une guerre civile qui continue.

Aujourd'hui, l'élite dirigeante de l'Espagne est déterminée à ne pas être exclue de la division et de la nouvelle colonisation du monde qui prend place. Elle tente en particulier de renforcer son influence et protéger ses intérêts dans ses anciennes possessions coloniales, incluant en Amérique latine et en Afrique, où elle effectue un «pivot vers le sud» agressif. Des soldats espagnols participent présentement à 10 missions aériennes, terrestres, et navales sur le sol africain.

Une des principales inquiétudes de l'élite dirigeante en Espagne, ainsi que de ses rivaux impérialistes, est comment contrer l'opposition à la guerre et au militarisme. C'est là le rôle critique que joue Podemos. Il demande à l'Espagne de demeurer à l'intérieur de l'OTAN et a récemment recruté le chef d'état-major de la Défense Julio Rodriguez Fernandez pour qu'il se présente aux élections du 20 décembre au nom du parti. Podemos décrit Rodriguez, qui a mené les forces espagnoles en Libye, en Afghanistan et au Liban, comme un «défenseur de la démocratie au sein de l'armée» et un défenseur du principe selon lequel «les armes devraient être un dernier recours».

Cette semaine, le porte-parole de Podemos pour les Affaires étrangères, Pablo Bustinduy, critiquait l'absence de l'Espagne dans les nouveaux développements en Amérique latine, incluant les négociations de paix avec les guérillas FARC en Colombie et la «normalisation» des discussions entre Cuba et les États-Unis. Bustinduy a déclaré que l'Espagne avait une «position privilégiée» et une «capacité d'interlocuteur», alors «pourquoi ne jouons-nous pas un rôle plus actif dans les pourparlers et la collaboration avec eux?»

Cela est un phénomène international. Des tendances similaires tentent d'utiliser leurs apparences de «gauche», «anti-austérité» et «antiguerre et les mettre au service de la bourgeoisie pour promouvoir les intérêts de sections privilégiées d'universitaires «de gauche», de fonctionnaires syndicaux, de parlementaires et professionnels auxquelles ils appartiennent.

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