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Guerre à la terreur : histoire d’une faillite (Courrier.ch)

par Guy Mettan 1 Décembre 2015, 08:34 USA Guerre Irak Syrie Terrorisme

Proclamée voici 14 ans par Georges W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la guerre à la terreur vient d’entrer dans une nouvelle phase avec les proclamations bellicistes de François Hollande qui sont suivi le bain de sang parisien. La France est en train de tomber dans le même piège que les Etats-Unis : plus de bombes à l’extérieur, plus de lois répressives à l’intérieur, moins de libertés, moins de démocratie, et surtout moins d’intelligence.

Seul point positif, les Français ont enfin viré leur cuti et se sont rapprochés du seul allié qui combat sérieusement les terroristes salafistes de Daech, à savoir la Russie de Poutine, et désormais, la Syrie d’Assad. Mais qui se souvient de l’exemple du regretté Helmut Schmidt, qui, à la fin des années 1970, était venu à bout de la Rote Armee Fraktion en refusant de restreindre les libertés publiques et en réaffirmant les fondements de la démocratie contre ceux qui voulaient l’abattre ?

Et qui, dans l’avalanche “d’émotions” qui a submergé les médias, s’est jamais posé la question du pourquoi ? Du vrai pourquoi, et pas du pourquoi qui reste à la surface de l’événement et surfe sur l’écume de l’émotion. La réponse est facile : cette question est tabou, et aucun média français (ni européen) ne se l’est sérieusement posée, parce qu’elle met à nu non seulement les incohérences mais la duplicité et la stratégie suicidaire pratiquées par les Etats occidentaux depuis trente ans. On se focalise sur les banlieues, les mosquées, la déréliction spirituelle et l’attrait de la communauté pour les jeunes, ou on profite de l’occasion pour faire monter la mayonnaise islamophobe, tout en épargnant les vrais responsables.

Le terrorisme islamiste est dû à deux grands facteurs. Le premier est d’ordre civilisationnel et remonte à la fin des années 1970, quand les régimes laïcs arabes ont fait la preuve de leur incapacité à développer leurs nations, à les rendre plus justes, moins inégalitaires et plus démocratiques. Face à cet échec, massivement provoqué par un Occident soucieux de faire main basse sur les ressources pétrolières et de se créer des alliés fidèles en soutenant des régimes à la fois corrompus et tyranniques, l’islam est peu à peu apparu, pour les jeunes générations en plein essor démographique, comme un recours et une alternative crédible, la violence des uns ne faisant que refléter celle des autres dans une transition impossible vers plus de liberté et d’autonomie.

Le deuxième facteur est l’instrumentalisation de cette frustration par les acteurs locaux et internationaux à des fins de pouvoir et de contrôle géopolitique. La répression aveugle des Frères musulmans pendant des décennies ne les a pas amenés à la modération. Et les milliards de dollars que l’Arabie saoudite déverse depuis 1973 sur l’Afrique sahélienne, la Bosnie, le Caucase et l’Asie pour y construire des mosquées et y promouvoir l’islam le plus réactionnaire est une tendance lourde qui remonte à quarante ans…

Boko Haram et le Mali ne devraient surprendre personne quand on sait qu’on brûlait déjà des églises et des chrétiens dans le nord du Nigeria il y a vingt ans ! Tout cela avec la bénédiction de l’Occident qui voyait dans la religion un opium capable d’endormir les peuples et de leur faire oublier les vapeurs délétères de la mondialisation et de ses multinationales les plus prédatrices.

De son côté, l’Occident a instrumentalisé les extrémistes islamistes dès les origines. En Afghanistan d’abord, quand les Etats-Unis les ont armés et utilisés pour combatte les Soviétiques, puis en Bosnie et en Tchétchénie contre les Serbes et les Russes, en Irak pour financer les attentats contre le nouveau gouvernement chiite, en Syrie contre Assad (dont il apparait désormais de plus en plus clairement que les premières manifestations en 2011, à Daraa, ont été attisées de l’extérieur en vue de renverser le régime, comme lors des manifestations de Maidan à Kiev). Je me souviendrai toujours de cette visite à Bagdad le 10 mars 2013, jour anniversaire de l’invasion américaine en Irak en 2003, marqué par 16 attentats et 58 morts. Une vraie industrie.

Comment s’étonner dès lors que la lutte contre Daech a, jusqu’ici, relevé de la tartufferie ? Quand ceux qui sont censés combattre l’Etat islamique le financent et le protègent, Turcs, Qataris, Saoudiens, avec la complicité d’Etats occidentaux qui les cajolent afin de leur vendre des avions F-18 ou Rafale, peut-on penser que la « guerre à la terreur » soit sérieuse ?

Si l’on veut vaincre le terrorisme, il va falloir surveiller les imams des banlieues parisiennes, c’est sûr. Mais il faudra aussi faire le ménage chez ceux qui soufflent dans leurs voiles à partir de l’Elysée, de la Maison Blanche, de Raydh ou d’Ankara...

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