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Haaretz révèle comment le contribuable U.S. finance les colonies et le terrorisme israélien (Pour la Palestine)

par Luc Delval 10 Décembre 2015, 09:44 Israël USA Colonialisme Collaboration Sionisme Financement Terrorisme

Le Président des États-Unis affirme haut et clair que la prolifération des colonies israéliennes en Cisjordanie constitue « un obstacle à la paix ». Mais cela n’empêche que dans le même temps la législation fiscale étatsunienne a – selon une enquête du quotidien israélien Haaretz, dans un article signé par Uri Blau – permis à des fondations privée U.S. de “financer somptueusement” ces mêmes colonies, à hauteur de plus de 220 millions de dollars U.S. en cinq ans, et pour cela de bénéficier d’une exemption fiscale !

«Des donateurs privées étatsuniens financent massivement les colonies israéliennes en utilisant un réseau d’organisations sans but lucratif exemptées d’impôts, qui ont canalisé plus de 220 millions de dollars US vers les communautés juives de Cisjordanie pour la seule période de 2009 à 2013», affirme le quotidien israélien.

Ces fonds sont utilisés à des fins aussi diverses que l’acquisition d’appareils de conditionnement d’air ou le soutien financier aux familles des Juifs condamnés pour des actes de terrorisme, et proviennent de donations déductibles des impôts faites à une cinquantaine de groupes basés aux États-Unis.

Grâce à leur statut d’organisation “nonprofit” (sans but lucratif), ces organisations ne sont pas taxées sur leurs revenus et les donations qu’elles encaissent sont déductibles des impôts des donateurs, ce qui signifie que le gouvernement U.S. encourage ces dons et soutient indirectement le mouvement israélien de colonisation de la Palestine, alors qu’au cours des 48 dernières années toutes les administrations Étatsuniennes successives ont toujours affirmé y être opposées.

L’enquête de Haaretz révèle aussi qu’alors que la droite israélienne critique fréquemment violemment les organisations de gauche parce qu’elles reçoivent des fonds de l’étranger, et qu’elle a multiplié les tentatives pour interdire ce type de financements, alors les groupes qui soutiennent les colons bénéficient également de largesses financières venant de l’étranger. Alors que les ONG classées “à gauche” [1] et les organisations de défense des droits humains sont souvent financées par des institutions et des gouvernements, les groupes qui militent pour la colonisation juive de la Cisjordanie bénéficient principalement des largesses de donateurs privés, dont les dons transitent par des organisations sans but lucratif.

Les législations en vigueur tant aux États-Unis qu’en Israël n’étant pas très exigeantes en matière de transparence, dit Haaretz, il est difficile de collecter des informations détaillées sur les donateurs, mais certains de ces “bienfaiteurs” sont connus, et parmi eux on trouve un certain nombre de ceux qui financent les campagnes électorales de Benjamin Netanyahou, qui sont aussi dans certains cas des contributeurs aux campagnes du parti Républicain aux États-Unis.

Haaretz promet des révélations plus détaillées à ce propos dans les quelques semaines à venir.

Une aide juridique aux terroristes israéliens

Haaretz affirme que son enquête, qui s’est étendue sur un an, a notamment porté sur l’analyse exhaustive de milliers de documents comme des déclarations fiscales et des documents officiels de douzaines d’organisations sans but lucratif étatsuniennes et israéliennes. Cela a permis de mettre en évidence qu’au moins 50 organisations réparties dans l’ensemble des États-Unis sont impliquées dans la collecte de fonds pour les colonies et leurs activités dans les territoires occupés.

Leurs revenus entre 2009 et 2013 – dernière année pour laquelle des données plus ou moins complètes existent – se sont montés à 281 millions de dollars, provenant en majorité de dons et dans une moindre mesure des revenus de leurs investissements en capital. Près de 80% de ces revenus (environ 224 millions de dollars) ont été transférés dans les territoires occupés par Israël, sous forme de subventions, majoritairement par le canal d’associations israéliennes sans but lucratif. Pour la seule année 2013, ces organisations ont récolté 73 millions de dollars, et ont attribué des subventions pour 54 millions de dollars. Les données partielles disponibles pour l’année 2014 donnent à penser que le montant sera plus important encore pour cette année-là.

L’enquête de Haaretz montre qu’une partie des fonds a été utilisée pour fournir une aide juridique à des Juifs accusés ou condamnés pour terrorisme et pour soutenir leurs familles, à travers une association israélienne appelée Honenu.

Le rapport annuel de cette association, déposé auprès des autorités israéliennes, montre que l’an dernier Honenu a reçu 155.000 dollars US – 20% du total de ses ressources – depuis les États-Unis. Parmi ceux qui ont bénéficié du soutien financier de Honenu en 2013 figure la famille de Ami Popper, l’assassin de sept travailleurs palestiniens en 1990, et des membres du groupe Bat Avin Underground, qui a tenté de faire exploser une bombe dans une école pour filles de Jérusalem-Est en 2002.

Dans le passé, selon Haaretz, Honenu a également collecté des fonds au profit de Ygal Amir, condamné à la détention à perpétuité pour l’assassinat du Premier Ministre Yitzhak Rabin. L’association affirme «être une organisation légale» et avoir «toujours agi dans le cadre de la loi et en accord avec ses statuts», notamment en fournissant de l’aide à «des milliers de suspects, parmi lesquels des officiers de police israéliens, des soldats et des civils».

Une des plus importantes organisations Étatsuniennes impliquées dans le financement des communauté juives en Cisjordanie est le “Hebron Fund”, basé à Brooklyn. Il a transféré 5,7 millions de dollars aux colons juifs de Hébron entre 2009 et 2014. Une grande partie de ces fonds a été consacrée à la création de parcs, de plaines de jeux, de bibliothèques, ce qui correspond à l’objet social du fonds qui est «l’amélioration de la vie quotidienne des résidents juifs de Hébron». Car évidemment il va sans dire que les parcs, plaines de jeux et bibliothèques sont strictement réservés aux quelques centaines de colons Juifs extrémistes (souvent d’origine Étatsunienne) établis dans la ville sous la protection de l’armée d’occupation, qui fait régner la terreur parmi les 130.000 habitants palestiniens.

Mais les fonds du “Hebron Fund” ont aussi servi à verser un salaire mensuel à Menachem Livni, qui était le dirigeant de l’organisation “Renewal of the Jewish Community in Hebron” [Renouveau de la Communauté juive à Hébron] entre 2010 et 2012. Livni, ancien leader du groupe “Jewish Underground” qui agissait dans les territoires occupés dans les années 1980, est un meurtrier condamné par la Justice israélienne pour le meurtre de trois étudiants palestiniens. Il avait également gravement blessé deux maires palestiniens et un membre de la police des frontières israélienne.

Un autre donateur important est le “Center Fund of Israel”, dont les activités sont gérées au départ des bureaux d’une entreprise du secteur du textile installée dans le quartier de Manhattan où se trouvent de nombreuses compagnies du secteur du vêtement, et dont les frères Marcus sont les propriétaires.

Les revenus du fond ont excédé les 19 millions de dollars en 2013 – une augmentation de 3 millions de $ par rapport à l’année précédente.

Parmi les institutions bénéficiaires des largesse du “Center Fund of Israel” on trouve la “Od Yosef Chai yeshiva” [2], qui se trouve dans la colonie de Yitzhar, en Cisjordanie occupée. Les dirigeants de cette yeshiva, les rabbins Yitzhak Shapira etYosef Elitzur sont les auteurs de la “Torat Hamelech” (Torah du Roi), un livre dans lequel ils détaillent les circonstances dans lesquelles il est selon eux légitime de tuer des non-Juifs.

Les deux rabbins ont à l’époque été interrogés par la police israélienne et accusés d’incitation au racisme, mais ils n’ont pas fait l’objet de poursuites. L’année dernière, à la suite d’attaques violentes contre l’armée israélienne, la police des frontières a pris le contrôle de la yeshiva pendant plusieurs mois, rapporte Haaretz.

Le quotidien rappelle aussi qu’en dépit de l’apport massif de liquidités dont bénéficient les colonies juives dans les territoires occupés, ce sont les contribuables israéliens qui demeurent les plus grands bailleurs de fonds de la colonisation. Tout ce qui a trait à la sécurité, à la construction d’infrastructures (séparées de celles dont les Palestiniens ont l’usage), à l’enseignement, la culture, la vie religieuse,… est financé par l’impôt des Israéliens, soit directement soit par le biais des municipalités, des conseils régionaux, etc…

L’argent provenant des États-Unis est davantage destiné à financer «le luxe ajouté» : les institutions d’éducation au judaïsme, l’amélioration du standard de vie (comme par ex. le conditionnement d’air dans le réfectoire de l’école Ohr Menachem à Kiryat Arba), les activités de loisirs (l’aménagement d’une promenade entre les différentes parties de la colonie d’Etzion), et aussi l’acquisition d’immeubles situés à Jérusalem-Est afin de poursuivre chaque jour un peu plus la colonisation de la partie orientale de la ville ou de renforcer la présence juive dans les lieux symbolique (comme par ex. l’acquisition d’immeubles à proximité du Tombeau de Rachel, près de Bethléem).

La Maison Blanche en plein déni

Interrogée par Haaretz, la Maison Blanche a fait valoir que la politique des États-Unis à propos des colonies israéliennes dans les territoires occupés est intangible : depuis 1967, que les Démocrates ou les Républicains soient au pouvoir, ils ne soutiennent pas les implantations au-delà des “frontières de 1967”. Comme les précédentes, “l’administration Obama n’a jamais défendu ou soutenu aucune activité relative aux colonies. Elle ne soutient aucune activité de nature à les légitimer.”

Pourtant, l’enquête de Haaretz démontre que les États-Unis soutiennent tacitement, par le biais d’exemptions fiscales, la croissance des colonies juives en Cisjordanie, un processus que par ailleurs leur gouvernement dit fermement condamner.

Traduction et adaptation par Luc Delval | 7 décembre 2015

[1] le classement des ONG selon un clivage gauche/droite doit être considérablement relativisé. On lira à ce propos avec énormément de profit l’étude de Julien Salingue «La Palestine des ONG – Entre résistance et collaboration», qui vient de paraître aux Éditions La Fabrique (ISBN : 9782358720755 – 12 €) – NDLR
[2] yeshiva : centre d’étude de la Torah et du Talmud

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