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L’impérialisme, la « guerre contre le terrorisme » et l’hystérie anti-musulmane (WSWS)

par André Damon 10 Décembre 2015, 15:11 Impérialisme Racisme Islamophobie Terrorisme

L’appel lancé par Donald Trump demandant qu’on empêche les musulmans de se rendre aux Etats-Unis personnifie la politique réactionnaire qui va main dans la main avec la course à la guerre.

Lundi, le milliardaire Donald Trump, candidat à la nomination présidentielle du Parti républicain, a exigé qu’à la suite des attentats terroristes de Paris et San Bernardino, on « ferme totalement et complètement les frontières pour les musulmans arrivant aux Etats-Unis ». Ce n’est là que la toute dernière d’une série de revendications violentes et fascisantes du favori à l’investiture républicaine.

Bien qu’allant plus loin que ceux d’autres membres de l’establishment politique américain, l’appel de Trump est à l’unisson des déclarations faites par d’autres politiciens. Le sénateur républicain Ted Cruz a réclamé le mois dernier une interdiction pour les réfugiés syriens musulmans mais pas chrétiens, et le gouverneur de la Louisiane Bobby Jindal a dit avoir ordonné à la police de surveiller les mosquées.

David Bowers, membre du Parti démocrate et maire de Roanoke, en Virginie, avait favorablement cité le mois dernier l’internement par les Etats-Unis de citoyens américains d’origine japonaise dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. « Il s’avère que le danger qui émane de l’EI pour l’Amérique est actuellement tout aussi réel et sérieux que l’était celui venu de nos ennemis d’antan, » a déclaré Bowers.

La résurgence de telles revendications réactionnaires n’est pas limitée aux Etats-Unis, elle a lieu aussi dans d’autres pays impérialistes. En Grande-Bretagne, le premier ministre David Cameron a qualifié les opposants à l’autorisation de la guerre en Syrie de « sympathisants terroristes. » En France, le Front National (FN) néofasciste de Marine Le Pen a obtenu un nombre important de voix aux élections régionales cette semaine dans le contexte d’une abrogation de fait des droits démocratiques par le gouvernement du président François Hollande et de la promotion d’une atmosphère de peur et d’hystérie après les attentats du 13 novembre à Paris.

Partout en Europe, on a systématiquement attisé le chauvinisme antimusulman en réaction à la crise des réfugiés en même temps que toutes les grandes puissances s’efforcent de justifier leurs projets d’expansion de la guerre en Syrie.

Aux Etats-Unis, les déclarations de Trump ont été accueillies avec une indignation hypocrite par des politiciens et personnalités des médias qui s’en disent choqués. De qui se moquent-ils? Les bêtises débitées par cet imbécile fascisant n’expriment que sous forme concentrée l’hystérie perpétuelle entendue tous les jours dans les médias. La différence entre Trump et quelqu’un comme Wolf Blitzer de CNN n’est qu’une question de degré. Il est le résultat d’un environnement politique malade.

Quant à Obama, il a pris dans son discours à la nation dimanche la pose d’un critique des appels républicains visant les musulmans. Mais le gouvernement Obama est responsable de la poursuite d’une politique impérialiste qui a ravagé des pays entiers du Moyen-Orient, tuant au moins un million de personnes, la plupart des musulmans.

Le déchaînement des forces de la réaction extrême est en fait une manifestation organique de la nature de l’impérialisme. Comme le soulignait Lénine, l’impérialisme est la « réaction politique sur toute la ligne. » Ecrivant pendant la Première Guerre mondiale, il explique, « La différence entre la bourgeoisie démocratique républicaine et la bourgeoisie monarchiste réactionnaire est effacée précisément parce qu’elles pourrissent toutes deux sur pied. » La putréfaction de la société capitaliste contemporaine – fondée sur le parasitisme, l’escroquerie financière, la guerre et le pillage – fait une fois de plus remonter à la surface l’ordure politique sous forme de démagogie raciste.

Toute l’expérience du 20ème siècle a montré que la guerre impérialiste s’accompagne toujours d’attaques contre les droits démocratiques et d’incitation à la xénophobie. L’engagement américain dans la Première Guerre mondiale, officiellement voulu par Woodrow Wilson en vue de rendre le monde sûr pour la démocratie, est allé de pair avec le lynchage des travailleurs et l’emprisonnement de dirigeants socialistes comme Eugene V. Debbs, suivis des rafles antisocialistes de Palmer.

La période avant et durant la Seconde Guerre mondiale a produit des horreurs indescriptibles, la montée du fascisme et la « solution finale » des nazis qui a causé le meurtre de 11 millions de personnes et l’extermination d’une large portion de la communauté juive. Aux Etats-Unis, le gouvernement de Franklin Roosevelt a supervisé l’internement des Américains d’origine japonaise et l’emprisonnement de membres influents du mouvement trotskyste en vertu du Smith Act.

La période de la guerre de Corée a été la grande époque de la chasse aux sorcières du McCarthysme organisée contre les socialistes dans les syndicats et l’industrie du spectacle. La guerre coloniale menée par la France en Algérie a conduit le pays au bord de la guerre civile; il y eut l’instauration de l’état d’urgence et le massacre de manifestants pacifiques. Durant la guerre du Vietnam, le FBI a massivement infiltré les organisations politiques aux Etats-Unis et supervisé l’assassinat de figures de l’opposition, dont celui de membres influents des Panthères noires.

Dans chaque guerre impérialiste, la classe dirigeante cherche à cultiver les sentiments les plus arriérés et les plus racistes. La « guerre contre le terrorisme » ayant causé la mort d’au moins un million de musulmans n’est pas différente; elle a créé un environnement où l’hystérie est inlassablement promue dans les médias.

On peut voir que la course à la guerre et les attaques contre les droits démocratiques ont de profondes racines dans le fait que la fin du gouvernement Bush n’a pas entraîné de changement de cap significatif. En fait, l’abrogation des droits démocratiques se poursuit sous Obama. Son apport particulier a été d’institutionnaliser le meurtre parrainé par l’Etat en tant que pilier essentiel de la politique étrangère américaine.

L’impotence politique de ce qui passe pour le libéralisme contemporain, comme celle des diverses organisations de la pseudo-gauche, est la conséquence du fait qu’ils sont tous profondément impliqués dans la promotion et la justification de la guerre et du militarisme.

Il n’y a pas de soutien populaire large ou profond pour les conceptions prônées par Trump et l’establishment politique en général, et ce en dépit du barrage constant de la propagande médiatique. Mais l’expression organisée des sentiments démocratiques et anti-impérialistes dépend d’une mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière sur la base d’un programme visant la source de la guerre et de la réaction politique: le système capitaliste.

(Article original paru le 9 décembre 2015)

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