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Le nouveau découpage impérialiste du Moyen-Orient (wsws)

par Joseph Kishore 8 Décembre 2015, 10:23 Impérialisme Moyen Orient Decoupage USA

Le nouveau découpage impérialiste du Moyen-Orient (wsws)
Le nouveau découpage impérialiste du Moyen-Orient
Par Joseph Kishore
wsws

Les événements de la semaine passée entreront dans l’histoire comme un des jalons majeurs du développement de l’impérialisme au 21ème siècle. Suite à l’intensification par la France, le mois dernier, de sa campagne de bombardements en Syrie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont intensifié eux aussi, en l’espace de quelques jours, leur engagement militaire en Syrie.

Le prétexte de ces opérations sont les attentats terroristes du 13 novembre à Paris et l’horrible fusillade qui s’est déroulée depuis à San Bernardino, en Californie. Les raisons présentées à l’opinion publique pour expliquer la rapide escalade de la guerre en Syrie n’ont cependant pas grand-chose à voir avec le débat stratégique en cours aux plus hauts échelons de l’armée et des services de renseignement.

Aussi tragique que soit le meurtre de 130 personnes à Paris et de 14 personnes à San Bernardino, il ne peut expliquer l’escalade militaire soudaine et brutale opérée au Moyen-Orient par les principales puissances impérialistes. Il faut se souvenir qu’en 1915, après le torpillage du RMS Lusitania qui causa la perte de 1.198 vies humaines, les Etats-Unis s’étaient abstenus d’entrer dans la Première Guerre mondiale. A cette époque, la classe dirigeante américaine était encore partagée quant à l’opportunité d’intervenir dans la Grande guerre.

La force motrice essentielle de la guerre en Syrie est la même que celle qui a poussé au découpage du Moyen-Orient dans son ensemble: les intérêts du capital financier international. Les principales puissances impérialistes savent que si elles veulent avoir leur mot à dire dans le partage du butin, elles doivent aussi avoir réalisé leur part de meurtre.

Cette course à la guerre au Moyen-Orient est profondément impopulaire, ce qui explique la précipitation et la frénésie avec lesquelles on s’est servi des récents attentats et le climat de peur créé par les médias pour imposer des actes le plus vite possible. Considérez les événements de la semaine dernière:

Mardi dernier, le gouvernement Obama annonçait vouloir déployer un nouveau contingent de forces spéciales théoriquement dirigé contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie (EI ou Isis). Lors d’une conférence de presse le même jour, Obama a répété que tout règlement de la guerre en Syrie devait inclure l’éloignement du président Bachar al-Assad, un allié clé de la Russie.

Mercredi, le parlement britannique votait le soutien à une action militaire en Syrie après que le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn eut ouvert la voie à une guerre en acceptant un « vote libre » des députés de son parti. Immédiatement, le même soir, des avions de combat britanniques décollaient pour bombarder des cibles en Syrie alors que le premier ministre David Cameron attaquait tout opposant à la guerre comme « sympathisant des terroristes. »

Vendredi, le Bundestag allemand votait en toute hâte et quasiment sans discussion la participation à la guerre en Syrie. L’approbation de la guerre par le parlement suivait de près une décision du gouvernement, en début de semaine, d’envoyer dans la région 1.200 soldats, six avions Tornado et un navire de guerre.

Puis, ce week-end, les médias et l’establishment américains ont décidé d’exploiter la tuerie de San Bernardino pour pousser à une extension de la guerre. Les candidats présidentiels républicains firent des déclarations belliqueuses, insistant pour dire que les Etats-Unis étaient confrontés à « la prochaine guerre mondiale » (Chris Christie, gouverneur du New Jersey), que « la nation [avait] besoin d’un président de guerre » (Ted Cruz, sénateur du Texas), qu’« ils nous ont déclaré la guerre et que « nous devons leur déclarer la guerre » (Jeb Bush, ex-gouverneur de Floride).

Dans un discours Obama a défendu dimanche soir sa propre politique en Syrie face à ses critiques républicains. Il réitéra son opposition à un déploiement massif de forces au sol en Irak et en Syrie, favorisant une accélération des frappes aériennes, un financement de groupes en Syrie et l’utilisation de troupes des pays voisins. Saluant les décisions de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, Obama a déclaré, « Depuis les attentats de Paris, nos proches alliés… ont amplifié leur contribution à notre campagne militaire, ce qui nous aidera à accélérer nos efforts pour détruire l’EI. »

Alors qu’ils prônent la guerre, ni Obama ni aucune section de l’establishment politique ne sont capables de dire quoi que ce soit sur les véritables origines de l’EI, qui font voler en éclats le prétexte de la « guerre contre le terrorisme », le fondement de la politique étrangère américaine depuis 15 ans.

Dans une allocution, Obama a parlé dimanche de la croissance de l’EI « au milieu du chaos de la guerre en Irak, puis en Syrie, » comme si cela n’avait rien à voir avec la politique pratiquée par les Etats-Unis. En fait, les Etats-Unis et leurs alliés ont d’abord, illégalement, occupé et ravagé l’Irak, puis mis en place les groupes fondamentalistes islamistes en Syrie dont l’EI est devenu le fer de lance dans la guerre contre le président syrien Bachar al-Assad.

Les combattants de l’EI qui ont perpétré les attentats de Paris ont pu voyager librement entre l’Europe et la Syrie parce que des milliers de jeunes semblables allaient d’Europe en Syrie avec le soutien des autorités pour rejoindre la guerre contre Assad.

Quant à la fusillade de San Bernardino, les responsables ont mentionné le voyage effectué par ses deux auteurs en Arabie saoudite et leur relation avec des individus du Front al-Nosra pour justifier de la qualifier d’attentat terroriste. L’Arabie saoudite, le centre du financement et du soutien de groupes fondamentalistes islamistes partout au Moyen-Orient, est un allié clé des Etats-Unis dans la région et le Front al Nosra, lié à al Qaïda, est un allié de fait des Etats-Unis en Syrie.

Plutôt qu’une réaction aux récents attentats, les actes des puissances impérialistes sont la réalisation de projets et d’ambitions de longue date. En Grande-Bretagne, le vote de la semaine dernière révoquait celui de 2013 qui rejetait une participation à une guerre préparée et conduite par les Etats-Unis contre le régime Assad. L’élite dirigeante allemande réclame un rôle militaire bien plus actif afin de s’affirmer en tant que puissance dominante de l’Europe.

Aux Etats-Unis, avant l’attentat de San Bernardino, l’establishment politique et des médias demandait avec insistance un déploiement de troupes au sol et l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie.

Les puissances impérialistes, conduites par les Etats-Unis, sont engagées depuis un quart de siècle dans une guerre interminable axée sur le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Plus d’un million de personnes ont été tuées et des millions d’autres transformées en réfugiés. Après les guerres d’Afghanistan et d’Irak sous le gouvernement Bush, Obama a supervisé la guerre en Libye et les campagnes de changement de régime soutenues par la CIA en Ukraine et en Syrie. Les conséquences désastreuses de chaque opération ont préparé le terrain à l’expansion et à l’intensification de la guerre.

Ce qui est en train de se produire est un nouveau partage et une recolonisation du monde. Toutes les vieilles puissances se précipitent pour réclamer leur part. Bien qu’axé actuellement sur le Moyen-Orient riche en pétrole, le conflit en Syrie est en train de se développer en une guerre par procuration avec la Russie. De l’autre côté du continent eurasiatique, les Etats-Unis lancent en Mer de Chine méridionale des actions de plus en plus provocatrices contre la Chine.

La situation géopolitique actuelle est plus explosive qu’à n’importe quel moment depuis la veille de la Seconde Guerre mondiale. L’élite dirigeante, en proie à une crise économique et sociale insoluble et pour laquelle elle n’a pas de solution progressiste, considère de plus en plus la guerre et le pillage comme la seule réponse possible.

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