Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Washington « a étouffé un rapport critique sur le trafic d’êtres humains à Oman » (Middle East Eye)

par MEE 21 Décembre 2015, 18:49 Oman sultan Qabus John Kerry trafic d'êtres humains

Des sources diplomatiques indiquent que le département d’État américain a refusé de rétrograder Oman dans un rapport interne sur le trafic d’êtres humains.

Washington « a étouffé un rapport critique sur le trafic d’êtres humains à Oman » (Middle East Eye)

Des diplomates américains ont déclaré à Reuters que de hauts conseillers du secrétaire d’État John Kerry avaient délibérément ignoré des avertissements contre le pays et empêché son classement à un niveau inférieur dans le rapport annuel sur le trafic d’êtres humains de cette année.

En avril, des représentants du bureau des affaires proche-orientales du département d’État avaient accepté de déclasser Oman du « niveau 2 » à un statut connu sous le nom de « liste de surveillance du niveau 2 », qui se situe au niveau précédant celui susceptible de provoquer des sanctions états-uniennes.

Cependant, selon les sources de Reuters, les États-Unis auraient mis en suspens la publication de l’intégralité du rapport de 382 pages en juin dernier, citant Oman comme le seul objet du retard.

Quand le rapport a finalement été publié fin juillet, Oman avait maintenu son classement original au niveau 2.

Moyen-Orient et Afrique du Nord (niveau 1, niveau 2, liste de surveillance du niveau 2, niveau 3)

Moyen-Orient et Afrique du Nord (niveau 1, niveau 2, liste de surveillance du niveau 2, niveau 3)

Mark Lagon, ambassadeur itinérant du rapport annuel sur le trafic d’êtres humains de 2007 à 2009 et désormais président de l’ONG de défense des droits de l’homme Freedom House, a indiqué à Reuters qu’il « n’avait pas connaissance de cas similaires par le passé ».

Une source diplomatique occidentale a affirmé à Reuters qu’elle pensait que Kerry « protégeait Oman » sur les questions de trafics d’êtres humains.

« John Kerry a de bonnes relations personnelles avec [le ministre des Affaires étrangères omanais] Youssef al-Alawi et est bien disposé à l’égard d’Oman. Donc il ne veut pas voir le pays se faire déclasser. »

Un représentant du département d’État a déclaré à Reuters que ce dernier « sout[enait] l’intégrité du processus ».

Oman est considéré comme un médiateur crucial au Moyen-Orient, servant souvent d’intermédiaire entre les États-Unis et les pays du Golfe et l’Iran.

L’accord sur le nucléaire conclu entre les pays du P5+1 et l’Iran en juillet dernier a été rendu possible en grande partie grâce aux discussions tenues dans le secret entre Washington et Téhéran, lesquelles ont débuté à Oman en 2012.

Toutefois, le système hautement centralisé du pays – dans lequel l’entièreté du pouvoir est détenue par le sultan Qabus – a souvent fait l’objet de critiques pour son traitement des travailleurs émigrés et son incapacité à répondre aux préoccupations relatives au trafic d’êtres humains.

Bien qu’il maintienne Oman dans la catégorie 2, le rapport final du département d’État sur le trafic d’êtres humains critique la monarchie.

« Oman est une destination et un pays de transit pour des hommes et des femmes, principalement en provenance d’Asie du Sud et d’Afrique de l’Est, qui se retrouvent victimes de travail forcé et, dans une moindre mesure, de trafic sexuel », peut-on y lire.

« La plupart des migrants voyagent de façon volontaire et légale à Oman avec l’espoir de trouver un emploi comme domestique ou employé dans les secteurs de la construction, de l’agriculture et des services ; or certains sont par la suite victimes de travail forcé. Des représentants syndicaux du pays font état de travailleurs demandant de l’aide pour des cas de durée de travail excessive, confiscation de passeport et maltraitances physiques et mentales. »

Ahmed al-Mukhaini, analyste et ancien assistant du secrétaire général du conseil de la Choura d’Oman, l’assemblée consultative nationale, a déclaré à Reuters que la répression du trafic demeurait une question de basse priorité pour le gouvernement omanais.

« Nous n’avons pas la capacité pour traiter les demandes d’assistance », a-t-il soutenu.

Traduction de l’anglais (original).

Haut de page