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2015: L’année où le fascisme israélien a affiché ses couleurs sans vergogne (Haaretz)

par Gideon Levy 3 Janvier 2016, 17:49 Israël Fascisme Colonialisme Palestine Sionisme 2015

2015: L’année où le fascisme israélien a affiché ses couleurs sans vergogne
Par Gideon Levy
Publié le 31 décembre 2015 sur Haaretz


Traduction : Jean-Marie Flémal
Lu sur Pour la Palestine

Ce fut une année au cours de laquelle il n’y eut même pas un semblant de pourparlers de paix ni de processus diplomatique. Mais c’est probablement une bonne chose : On en avait plus qu’assez des devinettes !

2015: L’année où le fascisme israélien a affiché ses couleurs sans vergogne (Haaretz)

Des Palestiniens regardent une maison qui a été démolie par l’armée israélienne, dans le camp de réfugiés de Qalandia, à la périphérie de la ville cisjordanienne de Ramallah, le 16 novembre 2015 (AP)

Jeudi soir a scellé la fin d’une année plutôt exécrable. Il n’y a même pas eu de guerres orientées sur le changement, qui auraient laissé Israël se débrouiller avec soi-même. Il est des moments où le fait de déclencher une guerre propre, dans le style particulièrement entretenu et affectionné par Israël, semblerait la meilleure chose qui puisse arriver. Devoir traiter avec soi-même ne fait aucun bien à Israël. Quand il ne peut se retrancher derrière son habituelle « guerre inévitable », toutes ses plaies et cicatrices ressortent de façon bien plus visible.

Selon l’Indice 2015 de la Démocratie, publié le mois dernier par l’Institut israélien de la démocratie, les Israéliens marquent des points. Telle fut la réponse des trois quarts d’entre eux, mieux encore que les deux tiers qui s’étaient dit très contents en 2014.

Qu’est-ce qui s’est amélioré, cette année ? Le top-modèle Bar Refaeli s’est mariée (et s’est fait arrêter) ; la chanteuse et musicienne Ninet Tayeb (et le présentateur des infos Yonit Levi) ont eu des bébés ; 80% des Israéliens croient que la situation du pays est bonne ; 88% des Juifs estiment que ça baigne.

Mais voyez ce qu’il en a été du côté arabe : 32% seulement éprouvent des affinités avec l’État, alors qu’ils étaient encore 59% l’année d’avant – la dégringolade la plus importante et la plus embarrassante de l’année. Mais qui tient les comptes et qui s’en soucie ?

Ce qui importe, c’est que 86% des Juifs affirment qu’ils sont sionistes, que 61% appuient la déclaration de loyauté comme condition au droit de vote, que 60% (avec davantage de jeunes que de personnes plus âgées) croient que l’État devrait être autorisé à contrôler l’utilisation d’Internet par les citoyens et qu’une majorité croit que les organisations des droits de l’homme sont une grave nuisance.

Selon la numérologie, ce fut une année particulière – 67 ans après la fondation de l’État en 1948 ; 48 ans après l’occupation qui a débuté en 1967. Ils sont nombreux à se poser la question : cela va-t-il durer 50 années de plus ? L’occupation va-t-elle durer 50 années de plus ? Il n’existe pas d’autre pays dans lequel on se pose ce genre de questions.

Jusqu’à présent, 24 Israéliens et 128 Palestiniens ont été tués dans l’actuelle mini-Intifada. L’équilibre démographique est préservé : plus de cinq Palestiniens ont été tués pour chaque Juif, bien que la croissance soit nettement moindre par rapport aux précédents succès. Cent Palestiniens tués pour un Israélien, lors de l’opérationPlomb durci ; 37 Palestiniens pour un Israélien, lors de l’opération Bordure protectrice. Mais jamais auparavant il n’y avait eu d’ordre officiel de tuer, comme ce fut le cas cette année.

Ce fut une année au cours de laquelle il n’y eut même pas un semblant de pourparlers de paix ni de processus diplomatique. Mais c’est probablement une bonne chose : On en avait plus qu’assez des devinettes ! Ce fut également l’année qui vit les États-Unis donner à Israël carte blanche pour agir comme bon lui semblerait – et peut-être plus encore que toute autre année. Les manifestations les plus houleuses ont été celles des gens d’origine éthiopienne, et les parents des « sardines » (les enfants des classes surpeuplées) ont également fait entendre leurs voix. Telle fut la limite supérieure des protestations en Israël même.

Les élections de mars ont donné le gouvernement le plus à droite de l’histoire et une Knesset la plus nationaliste de tous les temps et qui légifère en ce sens. Ce fut une année absolument libérée du moindre semblant de honte. Il n’est plus nécessaire d’expliquer pourquoi les organisations de gauche doivent être ultra-transparentes, au contraire des groupes d’extrême droite; ni pourquoi, en des temps où seule la droite est violente, c’est la gauche qui se fait taxer de trahison.

Ce fut l’année qui annonça le début d’un fascisme israélien désormais dénué du moindre faux semblant. On ne pouvait pas en dire autant auparavant. Mais, un an après l’opération Bordure protectrice, une année au cours de laquelle les citoyens ont eu peur de protester, le fruit a mûri. La bataille pour le régime a été abandonnée sans même combattre. L’affaire bat toujours son plein, mais les résultats sont connus ; il ne reste plus personne pour arrêter la descente.

Les Israéliens ont été préoccupés par un tas de choses, cette année, depuis l’affaire des bouteilles cautionnées mettant en cause Sara Netanyahou, jusqu’au suicide de l’ancien officier supérieur de la police, Ephraim Bracha.

Des trente articles les plus lus sur le site Internet de Haaretz en hébreu, pas un seul n’avait trait à l’occupation ou aux fissures dans la démocratie israélienne. C’est autre chose que la belle histoire récente du garçonnet juif qui s’en était pris à une conductrice de bus arabe (« T’as un couteau ? ») ; pour finir, le gamin lui avait fait un gros câlin : un véritable dénouement hollywoodien !

Bel épilogue pour une sale année. Et la prochaine s’annonce encore pire…

Gideon Levy

Publié le 31 décembre 2015 sur Haaretz
Traduction : Jean-Marie Flémal

Gideon Levy est un chroniqueur et membre du comité de rédaction du journal Haaretz.
Il a rejoin
t Haaretz en 1982 et a passé quatre ans comme vice-rédacteur en chef du journal. Il a obtenu le prix Euro-Med Journalist en 2008, le prix Leipzig Freedom en 2001, le prix Israeli Journalists’ Union en 1997, et le prix de l’Association of Human Rights in Israel en 1996. Il est l’auteur du livre The Punishment of Gaza, qui a été traduit en français : Gaza, articles pour Haaretz, 2006-2009, La Fabrique, 2009
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