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De Paris à Raqqa : lecture géopolitique profane (Araprism)

par Adlene MOHAMMEDI 20 Janvier 2016, 13:06 France Syrie Raqqa

Article publié le 13 décembre 2015 dans l’hebdomadaire économique algérien Crésus. « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. », Karl Marx. « Puisque le monde nous est donné inintelligible, il faut le rendre d’une certaine façon encore plus inintelligible. », Jean Baudrillard.

Des attentats parisiens du 13 novembre dernier à la situation explosive au Moyen-Orient, la tentation de monter sur ses grands chevaux civilisationnels et religieux est grande. Pourtant, tout nous pousse à leur préférer ce que nous appelons une lecture géopolitique profane qu’il convient tout d’abord d’introduire. « Géopolitique » n’exprime ici ni la volonté de tout essentialiser en expliquant la politique par la géographie –travers qui hante la discipline depuis ses débuts – ni cet adjectif galvaudé que l’on utilise pour tout ce qui se rapporte à une question internationale. Nous qualifions ici de géopolitique une analyse qui s’attelle à prendre en compte la dimension territoriale des événements. Quant à l’adjectif « profane », nous nous permettons de l’emprunter à Georges Corm [1] qui lui-même l’a emprunté à Lotfallah Soliman, auteur de Pour une histoire profane de la Palestine [2]. Echapper à la fois au sacré et au viscéral, tel est notre objectif.

Frontières, ironie et paradoxes

Les pires tragédies peuvent se parer de cocasseries insoupçonnées. Tandis que le monde avait les yeux rivés sur l’effondrement des frontières du Levant, c’est bien de l’absence de frontières européennes qu’ont le plus bénéficié les responsables des massacres parisiens. Clin d’œil morbide, comme si le réseau ne se jouait pas seulement de la frontière syro-irakienne prétendument issue des accords Sykes-Picot [3], mais aussi de la frontière franco-belge. Comme si le réseau se baladait avec autant de facilité de Mossoul à Raqqa que de Bruxelles à Paris. La visée de « l’État islamique » est en réalité double : offrir à un réseau transnational un ancrage territorial tout en faisant prévaloir sur des territoires la logique du réseau. Détenir solidement Raqqa tout en œuvrant pour que le lien de citoyens français avec leur territoire soit le plus fragile possible.

La question des frontières a été très vite évoquée par le président français lui-même, et en quelques jours, nous avons pu constater un véritable glissement sémantique : de l’évocation erronée d’une « fermeture » des frontières nationales le soir des attentats au rétablissement des contrôles, puis à un discours promouvant plutôt le renforcement des frontières européennes. Signe évident d’une méfiance bien installée à l’égard de la frontière nationale, apanage d’un camp politique bien déterminé. Dans Éloge des frontières, Régis Debray a joliment tenté de réhabiliter cette notion si souvent associée au repli : « La frontière rend égales (tant soit peu) des puissances inégales [...] Le fort est fluide. Le faible n’a pour lui que son bercail, une religion imprenable, un dédale inoccupable, rizières, montagnes, delta [...] Le prédateur déteste le rempart ; la proie aime bien. Le fort domine les airs, ce qui le conduit d’ailleurs à surestimer ses forces. Résistants, guérilleros et ″terroristes″ n’ont ni hélicoptères ni drones ni satellites d’observation. Ce n’est pas le ciel leur cousin, mais le sous-sol. » [4]. Bien vu, sommes-nous tentés de dire, à ceci près que le faible sait parfois être fluide, que même le terroriste peut avoir pour cousin le ciel et que le besoin de bercail se fait aussi sentir chez le fort.

Sur cette question de la frontière européenne que l’on oppose à la frontière nationale, notre hypothèse est à contre-courant. Le 16 novembre dernier, dans son discours devant le Parlement réuni en Congrès, le Président Hollande a exprimé sa préférence dans ces termes : « Et si l’Europe ne contrôle pas ses frontières extérieures, alors –et nous le voyons aujourd’hui sous nos yeux – c’est le retour aux frontières nationales, quand ce ne sont pas les murs, les barbelés qui sont annoncés. » La frontière nationale apparaît ici comme une régression, un danger. Intuitivement, il est vrai que l’idée d’une frontière européenne est associée à une solidarité européenne là où la frontière nationale est le plus souvent associée aux égoïsmes nationaux. Toujours cette idée de repli. Nous opposons deux objections à ce schéma si répandu. La première concerne la manière d’appréhender la frontière : elle n’est un outil de repli que si l’on décide d’en faire un outil de repli. Elle n’est pas synonyme de repli. Comme le dit très bien Régis Debray, la frontière n’est pas le mur : elle permet d’aller vers l’autre – et de faire que l’autre demeure autre –, là où le mur se veut imperméable. La seconde concerne les non-dits de la promotion de la frontière européenne : elle est la frontière inégalitaire par excellence. Si elle a la préférence d’une certaine gauche libérale, européiste ou internationaliste, elle est pourtant le rempart de la « civilisation européenne », et non le simple outil technique que les frontières nationales ont longtemps été. Que l’on ne s’y trompe pas : les murs et les barbelés érigés par certains États sont l’extension de la frontière européenne et non simplement une expression de la frontière nationale. Ils ne visent que les éléments extra-européens, au même titre que la frontière européenne.

Terrorisme, symboles et urgence

La tragédie du 13 novembre a fait remonter à la surface un concept mou qui connaît pourtant quelques expressions : le fameux « Occident ». Entre universalisme et singularité, la France a toujours eu une certaine difficulté à se vivre comme une nation proprement « occidentale ». De New York à Londres, au-delà de l’émotion sincère exprimée, l’impression qu’un membre éminent de la grande famille occidentale a été touché était inévitable. Cette idée que « notre mode de vie » a été visé. Ce « nous » qui excluait forcément d’autres victimes et, plus étrangement encore, les coupables, eux-mêmes issus de ce même « Occident ». Même les algorithmes ne s’y sont pas trompés : des applications inédites furent réservées à la France (sur Facebook, de la notification de survie à la photo aux couleurs du drapeau national redécouvert pour l’occasion). Cela ne pouvait que rappeler l’atmosphère au lendemain du 11 septembre 2001, quand nous étions « tous américains ».

L’analogie avec le 11 septembre ne s’arrête pas là. Rappelons-nous les propos de Jean Baudrillard qui, plus d’une décennie plus tard, conservent une actualité saisissante : « Ainsi donc, ici, tout se joue sur la mort, non seulement par l’irruption brutale de la mort en direct, en temps réel mais par l’irruption d’une mort bien plus que réelle : symbolique et sacrificielle – c’est-à-dire l’événement absolu et sans appel. Tel est l’esprit du terrorisme. Ne jamais attaquer le système en termes de rapports de forces [...] Mais déplacer la lutte dans la sphère symbolique, où la règle est celle du défi, de la réversion, de la surenchère. Telle qu’à la mort il ne puisse être répondu que par une mort égale ou supérieure. Défier le système par un don auquel il ne peut pas répondre sinon par sa propre mort et son propre effondrement [...] C’est pourquoi toute la puissance visible ne peut rien contre la mort infime, mais symbolique, de quelques individus. Il faut se rendre à l’évidence qu’est né un terrorisme nouveau, une forme d’action nouvelle qui joue le jeu et s’approprie les règles du jeu pour mieux le perturber. Non seulement ces gens-là ne luttent pas à armes égales, puisqu’ils mettent en jeu leur propre mort, à laquelle il n’y a pas de réponse possible (« ce sont des lâches »), mais ils se sont approprié toutes les armes de la puissance dominante. L’argent et la spéculation boursière, les technologies informatiques et aéronautiques, la dimension spectaculaire et les réseaux médiatiques : ils ont tout assimilé de la modernité et de la mondialité, sans changer de cap, qui est de la détruire. » [5]

Ce tableau rappelait déjà le caractère inepte de la « guerre contre le terrorisme » menée par les Américains. Comme si la guerre contre un mode d’action avait un sens, comme si la guerre contre un réseau était possible, comme si la guerre contre la subversion, les symboles et la surenchère était à la portée des armées régulières. Face aux symboles, une guerre symbolique nous a été proposée : en réponse à des actes perpétrés par des citoyens européens originaires d’Alsace, d’Île-de-France et de Belgique, le réflexe fut de bombarder en Syrie des positions de « l’État islamique ». Comme « on ne peut pas ne rien faire », il était impératif de « punir » l’ennemi dans sa tanière lointaine. Faire la guerre à un réseau en bombardant un territoire, telle est l’aporie dans laquelle nous enferme la sacro-sainte « guerre contre le terrorisme » dont le succès demeure intact bien que ses résultats ne fussent jamais démontrés. Mais si le terrorisme est un mode d’action difficile à saisir, c’est aussi une arme rhétorique dont les dirigeants savent se saisir. A la solidarité occidentale pouvait ainsi s’ajouter la solidarité antiterroriste, incluant cette fois des adversaires sur d’autres fronts (la Russie). Nous ne pouvions trouver ici pire exemple que la comparaison volontairement grossière faite par le Premier ministre israélien entre le terrorisme aveugle subi à Paris et la lutte des Palestiniens. Entre un réseau transnational et une jeunesse désespérée dont l’obsession est territoriale.

Interrogé quelques jours après les événements par Frédéric Taddeï, Régis Debray a exprimé un certain agacement à propos de l’usage du mot « guerre » : « Plus la guerre recule dans les faits, plus elle avance dans les discours ». Et c’est précisément parce que les Français ne connaissent plus la guerre qu’à la figure du héros s’est substituée celle de la victime. Au-delà de tous les commentaires suscités par le recours à l’état d’urgence, initialement prévu pour faire face à la guerre d’indépendance algérienne, notons que le mot « guerre » est privilégié aujourd’hui alors même que la France en guerre en 1955 préférait l’expression pudique d’ « événements d’Algérie ». Tout le paradoxe est là : éviter le mot face à une armée de libération luttant pour un territoire ; chérir le mot face à un obscur réseau qui recrute auprès de citoyens français de toutes origines et sur l’ensemble du territoire national. Cela cache en réalité une incapacité à saisir le réseau que certaines propositions confirment. De l’idée de centres de rétention pour les fameux fichés « S » [6], à savoir les personnes qui constituent une menace pour la sécurité publique ou la sûreté de l’État indépendamment de toute condamnation, à celle de déchéance de nationalité pour des binationaux nés français. Outre les problèmes d’ordre juridique [7], ces idées servent en réalité à donner l’illusion d’une identification possible du groupe concerné. Il en est de même de la question de l’islam et de sa pratique. Des exégètes improvisés – d’Eric Zemmour à Michel Onfray – nous ont doctement expliqué que la différence entre l’islamisme radical et l’islam était en fait une différence de degré et non une différence de nature. De cette violence se réclamant de l’islam Olivier Roy [8] a offert une analyse résumée dans cette précieuse formule : « il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité ». Sans céder au « cela n’a rien à voir avec l’islam », il rappelle que la religion – mal connue – vient simplement nourrir une forme de nihilisme chez des enfants d’immigrés aussi bien que chez de nombreux convertis. Il est ainsi tentant d’inverser le slogan nihiliste que l’on retrouve dans une forme plus longue dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis ». A ce nihilisme de la société moderne succèderait un nihilisme postmoderne au cri de ralliement à la fois semblable et différent : « Parce que Dieu existe, tout est permis ».

Mais si préférer « l’islamisation de la radicalité » à la « radicalisation de l’islam » permet d’échapper à la multiplication des débats sur la religion – à laquelle il semble difficile d’échapper de toute façon, cela porte le risque d’une méfiance exacerbée à l’égard de toutes les formes de radicalité. C’est ce que rappelait le philosophe Slavoj Zizek quelques mois après le 11 septembre 2001 [9]. En utilisant le concept lacanien de « point de capiton », il évoquait l’usage de la notion d’ « ennemi » comme unificateur d’oppositions multiples. Cette idée d’une menace multiforme, d’une « terreur » englobant islamistes radicaux et militants dits d’extrême gauche. L’utilisation de l’état d’urgence pour réprimer toute manifestation en marge de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) a été justement dénoncée comme une manœuvre sécuritaire destinée à museler toute voix discordante. Comme si la « République » – ce mot surutilisé sans la moindre consistance – n’avait trouvé pour pallier tous ses échecs que « l’ordre républicain ». Quand le système vacille à une élection, il invoque une douce variante : « le front républicain ». Le sérieux semble ainsi avoir déserté la politique, et « l’islamisation de la radicalité » exprime aussi à certains égards la volonté d’aller chercher ce sérieux ailleurs.

Égarements géopolitiques

Sur la question géopolitique à proprement parler, il convient de commencer par déconstruire un mythe : celui de « l’importation » sur le sol européen d’un conflit lointain. Ce sont bien des interventions américaines et européennes qui ont largement contribué à cette situation. Ce sont bien des « djihadistes » européens qui se rendent en Syrie, et non des « djihadistes » syriens qui menacent les territoires américains et européens. Bien que son rôle dévastateur fût concédé, l’ampleur des dommages causés par l’invasion américano-britannique en Irak en 2003 est en réalité incommensurable. « L’État islamique » que nous déplorons aujourd’hui est le fruit de cette intervention au moins à trois niveaux : l’invasion elle-même et le rôle des geôles américaines ; le rôle joué par les officiers de l’armée de Saddam Hussein que l’occupant a démantelée ; la perception négative par certaines populations sunnites d’une nouvelle armée irakienne – aussi confessionnelle que la précédente, mais chiite cette fois. Comme l’explique très bien Pierre-Jean Luizard, ce drame irakien était perceptible avant le drame syrien : nous avions déjà une armée irakienne qui n’avait rien d’une armée nationale. Une armée incapable d’accéder à un territoire kurde autonome –et de facto souverain– et dont le comportement dans certaines zones était assimilable à celui d’une armée d’occupation [10].

Au chaos irakien est venu s’ajouter le chaos syrien. Rien n’est plus favorable à un réseau que la rencontre entre deux chaos territoriaux. Si tout a commencé en Syrie par des soulèvements, la machine préparant à la guerre civile était activée dès les premiers mois. Si le comportement du régime syrien n’a rien d’exemplaire, et ce depuis des décennies, lui faire porter toute la responsabilité du chaos serait à la fois grotesque et erroné. Les gros tableaux civilisationnels (tantôt sunnites versus chiites, tantôt civilisation versus barbarie) nous semblent insatisfaisants. Nous leur avons préféré une lecture proprement géopolitique. Nous considérons que la région pâtit avant tout d’un conflit entre deux logiques servies à des degrés divers par plusieurs acteurs : une logique territoriale (priorité au territoire) et une logique réticulaire (priorité au réseau). Si cette opposition n’explique pas tout, elle nous semble néanmoins structurante. Le très grand enthousiasme manifesté par le Qatar et la Turquie à l’égard des soulèvements dans le monde arabe, notamment en Syrie, traduit en réalité leur proximité avec le réseau des Frères musulmans. Ce sont d’ailleurs ces deux pays qui ont apporté aux Frères musulmans égyptiens le soutien le plus solide et le plus revendiqué. Mettre tous « les pays du golfe » dans un même sac idéologique est de ce point de vue abusif. Si l’Arabie saoudite a largement contribué à la fois idéologiquement et financièrement à la diffusion de l’islam radical, sa méfiance à l’égard du réseau des Frères musulmans et sa préférence pour l’ordre territorial étaient perceptibles dans le soutien apporté au coup d’État d’al-Sissi en Égypte. Son hostilité au régime syrien était donc celle d’une puissance régionale désireuse de rompre définitivement une alliance solide entre Damas et Téhéran depuis 1979. Enfin, Londres, Paris et Washington voulaient saisir l’occasion pour neutraliser la Syrie en tant qu’acteur régional, un allié intransigeant de l’Iran et un soutien efficace du Hezbollah libanais. Cet amoncellement d’ambitions, concrétisées par un foisonnement d’armes, auxquelles s’est ajouté un appel transnational au « djihad », a fait de la Syrie un champ de ruines. La réponse syrienne toute trouvée était celle de la « guerre contre le terrorisme ».

Dans cette équation inextricable, Moscou – au même titre que Téhéran, le Hezbollah et d’autres groupes armés – a constitué pour Damas un partenaire solide et efficace. La Russie, aussi bien au Conseil de sécurité des Nations unies – surtout après la déconvenue libyenne – que militairement, veut apparaître dans la région comme le garant de la logique territoriale. Le discours russe s’intéresse davantage à l’État – sa disparition laisse place aux autoroutes pour un « djihad » qu’elle a déjà subi en Afghanistan et sur son propre territoire – qu’au régime. Et c’est cette obsession de l’État qui étend sa définition du terrorisme à des groupes parfois hâtivement qualifiés de « modérés ». Il faut dire que l’émergence de « l’État islamique » élargit le spectre de la modération. C’est précisément à l’aune des deux logiques évoquées plus haut qu’il faut lire les actuelles tensions entre Moscou et Ankara. Non seulement la Turquie ne croit pas à la souveraineté de ses voisins irakien et syrien, mais elle ne considère pas non plus « l’État islamique » comme une cible plus urgente que le régime syrien. L’on serait tenté de dire que le seul terrorisme visible à l’œil turc est celui qui concerne directement son territoire, à savoir celui du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Toute la limite de la logique réticulaire.

Les combattants kurdes – et bien des nuances s’imposent à la formule – semblent jouir d’une image médiatique particulièrement bonne. Acteur à la fois territorial et non-étatique, leur « laïcité » et leur féminisme sont constamment loués par les commentateurs. Ils nous renvoient la bonne image du combattant, ce qui vient s’ajouter à leur témérité et à leur efficacité. Ils sont surtout l’illustration de l’aporie inhérente à la catégorie « terroriste » : si le gouvernement régional du Kurdistan de Massoud Barzani convient à la fois à Ankara et à ses partenaires « occidentaux », les combattants kurdes de Syrie si souvent salués sont affiliés au PKK, considéré comme terroriste par la Turquie, les États-Unis, l’Union européenne et quelques autres États. Tandis que Moscou semble jouir d’une certaine liberté dans la région, Londres, Paris et Washington se retrouvent embourbés dans une équation à plusieurs inconnues : combattre « l’État islamique » sans discuter avec Damas ; ne soutenir que les « bons » Kurdes afin de ménager Ankara ; discuter avec l’Iran en tenant compte des susceptibilités saoudienne et israélienne ...

Deux ans après la recherche d’une coalition visant le régime syrien, François Hollande promeut une « grande » coalition contre « l’État islamique ». Après l’échec d’il y a deux ans à la Chambre des Communes, Londres peut désormais répondre présent à l’appel de son allié. Bombarder la « barbarie », bombarder le résultat des échecs passés souvent inavoués, c’est l’unique projet proposé. Quand la « République » échoue, « l’ordre républicain » prétend corriger ; quand une politique étrangère détruit, les bombardements prétendent réparer.

Adlene Mohammedi

Doctorant en géopolitique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sur la politique arabe de la Russie ; membre du collectif Confluence (collectif de chercheurs en sciences humaines et sociales, lettres et arts).

[1] Georges Corm, Pour une lecture profane des conflits, Paris, La Découverte, 2012.

[2] Lotfallah Soliman, Pour une histoire profane de la Palestine, Paris, La Découverte, 1989.

[3] Accords franco-britanniques informels signés en 1916. Ils permettent aux deux puissances engagées dans la Première Guerre mondiale de se partager la région. Il faut toutefois noter que les frontières actuelles ne correspondent pas à ce que prévoyaient ces accords. Leur invocation est un abus de langage traduisant une volonté d’insister sur la dimension impérialiste de la création de nouveaux États issus du démembrement de l’Empire ottoman.

[4] Régis Debray, Éloge des frontières, Paris, Gallimard, 2010, p. 76.

[5] Jean Baudrillard, « L’esprit du terrorisme », Le Monde, 2 novembre 2001.

[6] Jean-Baptiste Jacquin et Laurent Borredon, « Le Conseil d’État sondé sur des centres de rétention pour les personnes fichées « S » », Le Monde, 9 décembre 2015.

[7] Voire de philosophie du droit. Deux personnes nées françaises subiraient ainsi deux peines différentes pour un même crime.

[8] Olivier Roy, « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste », Le Monde, 24 novembre 2015.

[9] Slavoj Zizek, “Are we in a war ? Do we have an enemy ?”, London Review of Books, vol. 24, n°10, mai 2002.

[10] Pierre-Jean Luizard, Le piège Daech, Paris, La Découverte, 2015.

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