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Le chef du Pentagone présente son plan d’escalade de la guerre en Irak et en Syrie (WSWS)

par Patrick Martin 16 Janvier 2016, 13:14 Irak Syrie Guerre Pentagone Impérialisme USA

Dans un discours aux soldats de la 101e Division aéroportée sur le point d’être déployée en Irak, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a fait un compte rendu des plus détaillés des plans du Pentagone pour intensifier la guerre contre l'Etat islamique (EI) au cours de l’année à venir.

Il a en particulier nommé les deux plus grandes zones urbaines contrôlées par l’EI, Mossoul dans le nord de l'Irak, troisième plus grande ville du pays, et Raqqa, la capitale de fait de l’EI, dans l'est de la Syrie, comme les principales cibles, pour la prochaine période, d’opérations coordonnées aériennes, terrestres et spéciales.

Les remarques de Carter mercredi s’appuyaient clairement sur l’argumentaire de la campagne anti-EI du gouvernement Obama présenté par le président dans son discours sur l’état de l’Union mardi. Carter a cité le discours d'Obama et dit aux soldats, « Comme l’a dit le président, nous devons, nous pouvons et nous allons infliger une défaite durable à l’EI ».

Il a révélé que 200 membres des forces d’opérations spéciales qu’il avait envoyés en Irak le mois dernier étaient maintenant sur ​​le terrain et engagés dans des actions secrètes contre l’EI. Ceci n’inclut pas les 50 membres des opérations spéciales collaborant actuellement dans le nord-ouest de la Syrie avec des forces insurgées, en particulier le PYD kurde.

Cette « Force expéditionnaire de ciblage spécialisée » va « commencer la chasse aux combattants et aux chefs de l’EI, les tuer ou les capturer où qu’ils soient, eux et d’autres cibles clés ». La différence ici avec du combat réel est purement sémantique et vise à maintenir la prétention d'Obama à avoir mis fin à la guerre lancée en Irak par George W. Bush.

Quelque 500 soldats du quartier général de la 101e division aéroportée se joindront aux combats en Irak fin février. 1.300 soldats supplémentaires de l'équipe de combat de la 2e brigade vont se déployer en Irak à la fin du printemps pour former l'armée irakienne et les peshmergas kurdes.

Carter a décrit trois objectifs militaires pour la guerre américaine contre l'EI: «Un, détruire la tumeur-mère de l’EI en Irak et en Syrie en démolissant ses deux centres de pouvoir à Mossoul et Raqqa. Deux, combattre l’apparition de métastases de la tumeur EI dans le monde entier et trois, protéger la patrie ».

Il a passé la plupart de son temps à élaborer sur le premier objectif, disant aux soldats rassemblés, « Permettez-moi de vous montrer la direction que nous prenons cette année et là où vous irez ».

« La tumeur-mère de l’EI dispose de deux centres -- Raqqa en Syrie et Mossoul en Irak. L’EI a utilisé son contrôle de ces villes et des territoires adjacents pour former une base de pouvoir dont il tire des ressources financières considérables, de la main-d'oeuvre et un rayonnement idéologique. Elles constituent le centre de gravité politique, économique et idéologique de l’EI ».

« Voilà pourquoi la carte de notre plan de campagne comporte de grandes flèches pointant vers Mossoul et Raqqa. Nous allons commencer par provoquer l'effondrement du contrôle de l’EI sur ces deux villes, puis lancer des opérations d'élimination à travers d'autres territoires détenus par l’EI en Irak et en Syrie ».

On considère largement Mossoul comme susceptible d’être le champ de bataille le plus sanglant, car les forces de l’EI ont eu 18 mois pour se retrancher dans cette ville de deux millions d’habitants. Elles l’ont capturée en juin 2014 après une offensive éclair qui a mis les troupes irakiennes en déroute. « Atteindre et reprendre Mossoul ne sera pas facile et ce ne sera pas rapide», a dit Carter. « Il y aura beaucoup d'engagements entre les deux ».

Carter a parlé de l’histoire de la 101e division aéroportée qui avait capturé Mossoul pendant l'invasion américaine de l'Irak en 2003, mais il a dit que la répétition d'une telle attaque serait contre-productive. « Je sais que la 101e a pris Mossoul autrefois et vous pourriez le refaire », a-t-il dit. « Nous pourrions déployer de nombreuses brigades sur le terrain et arriver en force, mais cela deviendrait probablement notre combat et seulement notre combat ». Un tel effort « américaniserait le conflit, permettant à l’EI d'appeler ceci une occupation étrangère », a-t-il averti.

Bien qu'il ne l’ait pas mentionné, une telle invasion terrestre à grande échelle par des troupes de combat américaines entraînerait des dizaines de milliers de morts et des pertes massives non seulement dans la population irakienne, qui serait la principale victime, mais encore chez les soldats américains. Un tel résultat enflammerait davantage le Moyen-Orient contre l'impérialisme américain et attiserait le sentiment anti-guerre aux Etats-Unis.

Plus problématique encore, a poursuivi Carter, seraient les efforts pour tenir des villes comme Mossoul et Raqqa si elles étaient vaincues par une force d'invasion plutôt que par des alliés locaux de Washington, tels que les forces kurdes et troupes gouvernementales irakiennes.

Le chef du Pentagone a catégoriquement rejeté tout retrait de Syrie et d'Irak ou une politique de non-intervention de la part de Washington. Une telle politique « abdiquerait le leadership fort et mondial défendu par les Etats-Unis ».

Au lieu de cela, a-t-il expliqué, « nous allons permettre à des forces locales motivées et une coalition internationale au plan de campagne clair, avec le leadership américain et toutes nos capacités impressionnantes de frappes aériennes, forces spéciales, outils informatiques, renseignement, équipement, mobilité et logistique; de formation, conseil et assistance de la part de ceux sur le terrain, dont vous, de réussir ».

Comme ce langage l’indique, l'impérialisme américain contrôlera la bataille tout en utilisant des forces locales qui soutiendront le gros des combats et des pertes.

Carter a informé les soldats qu'il attendait que le Congrès américain et les alliés étrangers fournissent assistance et ressources pour l'intensification du conflit en Syrie et en Irak. Il a exigé que le Congrès finance entièrement une demande budgétaire en attente pour la guerre en Syrie. Et il a annoncé qu'il se rendrait à Paris pour une réunion le 20 janvier avec les ministres de la Défense des six autres puissances impérialistes jouant un rôle secondaire dans la guerre au sol et dans l'air, la France, l’Australie, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé jeudi que des avions de combat français avaient bombardé une cible de communication de l’EI près de Mossoul. « Nous avons frappé sept fois depuis lundi, » a-t-il dit en parlant des bombardements français tant en Irak qu’en Syrie.

Un autre allié clé des États-Unis dans la guerre contre l’EI est la Jordanie, dont le roi Abdallah était en visite à Washington les trois premiers jours de cette semaine. Ses discussions les plus importantes eurent lieu au Pentagone lundi, où il a rencontré Carter pour discuter des combats dans le pays voisin.

Il est significatif qu’il ait indiqué que la guerre allait être menée à un « rythme accéléré ». L’EI peut être vaincu « assez rapidement », a-t-il dit dans une interview sur CNN. « Espérons que », a-t-il ajouté, « la partie militaire sera à court terme. Le moyen terme sera l’affaire du renseignement et de la sécurité. A long terme il s’agira de l’idéologie et de l’éducation ».

Depuis, des militants de l’EI ont organisé deux attaques terroristes dévastatrices contre des quartiers chiites en Irak lundi, tuant plus de 40 personnes. Des hommes armés ont attaqué une galerie commerciale dans l'est de Bagdad lundi soir, appuyés par plusieurs kamikazes. Dix-sept personnes sont mortes, en plus des assaillants. Quelques heures plus tard, près de 24 personnes ont été tuées dans deux attentats à la bombe à Muqdadiya, une ville au nord-est de Bagdad, dans la province de Diyala. Un engin explosif improvisé y a tué plusieurs personnes, et une voiture kamikaze chargée d’explosifs a été lancée dans la foule qui réagissait au premier attentat.

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