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Alep, l’offensive qui peut faire basculer le conflit (L'Humanité)

par Pierre Barbancey 12 Février 2016, 21:38 Alep Syrie Conflit Russie USA Basculement

Des réfugies syriens, à Azaz, au nord d’Alep, à la frontière Turco-Syrienne.

Photo : Kerem Kocalar/Andalu agency/Imageforum

La grande ville du Nord syrien est quasiment encerclée par l’armée loyaliste, soutenue par l’aviation russe. Les groupes islamistes subissent des revers. Les forces kurdes ont pris une base.

La bataille d’Alep est maintenant engagée. L’offensive, lancée par l’armée syrienne, soutenue par l’aviation russe, est cruciale pour Damas. D’abord parce que reprendre la deuxième ville du pays, symbole de la mosaïque syrienne, est un enjeu pour qui veut contrôler ce qu’il est convenu d’appeler « la Syrie utile », c’est-à-dire les zones où sont concentrées les richesses économiques. Pour le pouvoir en place, reprendre Alep, c’est trouver une nouvelle stature dans le cadre de possibles négociations qui devraient reprendre le 25 février, à Genève, si l’on en croit l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura. Mais rien n’est moins sûr. Cette position de force amènera-t-elle Damas à négocier ou, au contraire, le président Bachar Al Assad va-t-il camper sur ses positions face à une opposition très plurielle et dont une partie est entre les mains de l’Arabie saoudite ?

Erdogan s’appuie sur la complaisance européenne

Il est vrai qu’il est difficile de comprendre ce qui se passe exactement sur le terrain. Les agences de presse occidentales continuent à parler d’une « opposition modérée » pour la coalition de Riyad tout en faisant l’impasse sur la Coalition démocratique syrienne (CDS), qui comprend les forces laïques et les Kurdes du Rojava, écartés des dernières discussions de Genève. Il apparaît également évident que l’Armée syrienne libre (ASL), bras armé de cette « opposition modérée », ne représente plus grand-chose sur le terrain, tant les objectifs politiques sont diffus. Et, surtout, ce sont principalement les groupes islamistes qui tiennent le haut du pavé, dans des alliances diverses. Ainsi, autour de la ville de Lattaquié, le gros des troupes opposées au pouvoir central est dominé par le Front al-Nosra, qui n’est rien d’autre que la branche syrienne d’al-Qaida. Faut-il considérer ce groupe comme une « opposition modérée » ? Et on pourrait multiplier les exemples. D’autant que les affrontements qui ont eu lieu il y a un an entre ces groupes et l’organisation dite de l’« État islamique » (Daech) concernaient plus des questions de prédominance que de divergences politiques, les uns et les autres prônant l’instauration de la charia et une « Syrie pour les musulmans ».

Les forces kurdes YPG/YPJ en savent quelque chose, elles qui ont combattu seules Daech (si l’on excepte un petit bataillon de l’ASL qui se trouvait à Kobané) et dont les représentants politiques se sont trouvés exclus des récentes discussions de Genève. Or, profitant de l’offensive lancée sur Alep, les forces kurdes desserrent l’étau qui se refermait sur elles au Rojava (la route est directe entre Kobané et Alep). La ville kurde d’Afrin est assiégée par les groupes islamistes depuis des mois et la Turquie menace de bombarder si les combattants kurdes — aidés par des groupes rebelles arabes avec lesquels ils ont créé les Forces démocratiques syriennes (FDS, liées au CDS) — marchent vers l’ouest pour libérer cette ville. Les FDS viennent de chasser les combattants islamistes de la base aérienne et de la ville de Minnigh, située au nord d’Alep. Mais Erdogan tonne toujours, s’appuyant sur la complaisance européenne et le drame humanitaire en cours : des dizaines de milliers de civils fuient les zones de combat. « Nos camions et nos avions n’attendront pas en vain », a lancé le président turc, alors que ses chars nettoient les villes kurdes de Turquie, à Cizre, Silopi ou Diyarbakir.

Les rapports de forces qui s’installent dépendent évidemment des acteurs régionaux et internationaux. La Russie s’est dite prête à discuter d’un cessez-le-feu alors qu’en France et en Europe des voix guerrières soutiennent la volonté saoudienne d’intervenir au sol et fustigent l’attitude de Washington, coupable de laisser faire.

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