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Centrafrique : Le Drian prône la fin de l’opération militaire Sangaris, mais quid de la présence économique ? (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 1 Février 2016, 21:44 Centrafrique Sangaris Le Drian Armée française Françafrique Diamants Pétrole France

Centrafrique : Le Drian prône la fin de l’opération militaire Sangaris, mais quid de la présence économique ? (Blog Finance)

« La France souhaite mettre fin à son opération militaire Sangaris en Centrafrique en 2016 ». C’est en effet ce qu’a déclaré dimanche le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, s’exprimant lors du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro. Précisant que l’objectif était que « l’opération Sangaris en tant que telle, opération militaire, s’arrête ».

« Je souhaite que cela soit fait au cours de l’année 2016 et qu’il reste sur le territoire de Centrafrique de petites unités comme c’était le cas auparavant », a par ailleurs déclaré le ministre. Ajoutant que les effectifs militaires français, qui s’élèvent à l’heure actuelle à 900 personnes – après avoir atteint jusqu’à 2.500 hommes au début de l’opération fin 2013/début 2014 – seraient alors ramenés à environ 300 soldats.

Jean-Yves Le Drian a par ailleurs émis l’espoir que l’Union européenne s’engage à former l’armée centrafricaine, lors d’une réunion informelle des ministres européens de la Défense les 3 et 4 février à Amsterdam.

A cette occasion, Jean-Yves Le Drian a tenu à rappeler « le processus démocratique » en cours en Centrafrique et l’élection prochaine d’un président, le second tour de la présidentielle étant prévu le 14 février prochain. Le ministre a par ailleurs affirmé que la mission des Nations-Unies, la Minusca, devrait dés lors voir croître son rôle en vue d’assurer la sécurité sur le territoire et la sécurité du nouveau pouvoir politique.

« J’ai souhaité – et je pense que j’aurai satisfaction cette semaine – qu’il y ait aussi, comme nous l’avons fait au Mali, une mission de formation de l’UE pour reconstituer l’armée de la République centrafricaine, en faire une véritable armée », a-t-il par ailleurs déclaré. Ajoutant espéré pouvoir obtenir cela de ses collègues dans quelques jours.

Reste que si la France pourrait ainsi être beaucoup moins présente en Centrafrique militairement parlant …. il n’en demeure pas moins qu’elle espère bien y préserver sa présence économique et financière, voire la faire multiplier.

Car si, on nous relaye ici ou là la mauvaise conduite des militaires français sur le territoire centrafricain – en tenant compte parfois de témoignages émis par des personnes très influençables que sont des enfants dont les parents sont pour le moins exsangues – dérapages qui pourraient justifier l’éloignement de la puissance française loin de ce territoire doté d’importantes richesses, nous nous devons de rappeler, ne serait-ce qu’en mémoire à Camille Lepage - journaliste photographe assassinée en mai 2014 pour avoir peut-être voulu approcher de trop près la vérité, que la République centrafricaine est dotée de sérieux atouts en terme de matières premières. Encore une fois, la bataille pourrait ne pas être celle qu’on croit, ou plutôt celle qu’on voudrait bien nous faire croire …. et pourrait se rapprocher d’une lutte entre puissances locales, multi-nationales et autres intérêts financiers en vue d’obtenir la suprématie sur les ressources en diamant, uranium et au pétrole dont est doté le pays.

Centrafrique : Le Drian prône la fin de l’opération militaire Sangaris, mais quid de la présence économique ? (Blog Finance)

Rappelons ainsi qu’en 2014, la France et le géant pétrolier Total y livraient une bataille sans relâche avec la Chine en vue d’obtenir la suprématie sur les ressources pétrolières du pays. Selon des estimations, près de deux milliards de barils de pétrole seraient présents dans le pays, au nord, près de la frontière avec le Tchad.

Selon un article en date de juin 2015 de afriquenewsinfo.net, depuis 2008, les chinois ont mené une série de prospections pétrolières sur toutes l’étendue du territoire, la France ayant exercé jusque là des pressions sur les différents régimes pour empêcher que des travaux de prospection de ce type puissent être initiés.

Or, « les chinois découvrent d’inestimables gisements pétroliers, gaziers, mais aussi du coltan, du cuivre, du phosphate », toujours selon afriquenewsinfo. Mieux encore, le pétrole centrafricain aurait pour particularité d’être de très bonne qualité, mais surtout d’être facilement accessible, contrairement à ce qu’aurait toujours laissé entendre Total.

Ainsi, le pétrole centrafricain serait le plus compétitif qui soit en terme de rapport qualité prix, revenant en terme de coût de production à moins de 14 USD livré Douala, un des montants les moins élevé du monde, faisant du pétrole centrafricain une réelle opportunité pour les producteurs d’obtenir des marges confortables. En janvier 2013, le potentiel en terme de réserve était quant à lui estimé à plus de 70 milliards de barils, un chiffre alors supérieur à la production du Nigéria.

- Mali / Centrafique et uranium:même motif, même punition ?

S’agissant de l’uranium, si Manuel Valls a récemment avoué que la présence militaire française au Mali était intimement lié aux ressources du pays en cette matière première indispensable pour faire fonctionner à plein régime les centrales nucléaires occidentales – chose que nous avions laissé entendre depuis fort longtemps ici-même – il n’a certes pas encore abordé le cas de la Centrafique … Mais on peut raisonnablement penser que le « modèle » français pourrait s’appliquer dans toutes les régions du monde ….

Pour rappel, c’est en automne 2011 que le géant nucléaire français Areva annonçait le report « d’un à deux ans » de la mise en exploitation de la mine de Bakouma, dans le sud-est du pays, acquise en 2007 à la faveur du rachat de la société canadienne Uramin.

- La Centrafique : un pays où la guerre du diamant fait rage ….

Les diamants centrafricains ont quant à eux fait leur retour sur le marché international en 2015. Le gouvernement a en effet obtenu une levée partielle de l’embargo sur ses pierres précieuses. La filière reste toutefois sous surveillance en raison du trafic illégal des diamants de la guerre qui se poursuit.

Rappelons à cet égard que les experts classent le diamant centrafricain parmi les cinq premiers au monde, de nombreux Centrafricains maudissant cette richesse qu’ils considèrent comme responsable de leur malheur.

Les mines de diamants ont été au cœur des affrontements qui opposent depuis plus de deux ans les milices Seleka (musulmans) et les anti-balaka (chrétiens). Deux groupes armés rivaux qui ont mis le pays à feu et à sang.

En vue d’empêcher que l’argent issu du trafic du diamant ne serve à alimenter les violences, les inspecteurs du processus de Kimberley avaient suspendu la vente du diamant centrafricain sur les marchés mondiaux. En juin 2015, ils ont autorisé le gouvernement centrafricain à vendre à l’étranger les diamants produits dans les zones de l’Ouest, considérées comme zones vertes placées sous son contrôle. La mesure ne concerne pas les diamants des autres régions du pays.

Si cette levée partielle de l’embargo va certes permettre d’assurer quelques recettes d’exportation au gouvernement, elle ne représente toutefois qu’une goutte d’eau par rapport aux sommes générées par les réseaux d’exportation illégale.

En novembre 2014, l’ONU estimait à 140.000 carats les diamants exportés illégalement depuis l’entrée en vigueur des sanctions imposées à Bangui en mai 2013. soit l’équivalent de 24 millions de dollars en 18 mois. «Plus la suspension persiste, plus les vautours sont en train de s’installer en Centrafrique pour détourner nos ressources», déplorait alors Victorien Koyandakpa, exportateur de diamant basé à Bangui.

Rappelons enfin que l’industrie du diamant fournit normalement 51% des recettes d’exportation de la Centrafrique.

Sources : AFP, Géopolis, afriquenewsinfo.net

Elisabeth Studer – 31 janvier 2016 – www.leblogfinance.com

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