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Face au procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé-Goudé à la CPI (Cameroon Voice)

par Christian Velpry 12 Février 2016, 21:47 CPI Laurent Gbagbo Ble Goude Françafrique néocolonialisme Côte d'Ivoire Proces

Les nuls qui gouvernent l'Afrique n'ont décidément pas raté l'occasion de rappeler, par leur total aplatissement, qu'ils sont nuls.

Ce qui donne le vertige, ce n'est pas la malhonnêteté de la Cour Pénale Internationale, de ses magistrats, de leurs astuces de procédure et autres turlupinades judiciaires, car on ne pouvait réellement rien espérer de moins indigne, même avec les efforts — remarquables du reste — de la défense.

Non, ce qui donne le vertige, c'est, alors que les peuples africains, la jeunesse notamment, ont les yeux tournés vers cette monstruosité, de constater que les dirigeants de l'Afrique, eux, n'ont rien à en dire, qu'ils se contentent, réunis à l'UA, de quelques communiqués de contenu évanescent, et qu'ils laissent donc le maître colonial opérer ce qu'il veut, comme il veut.

Les nuls qui gouvernent l'Afrique n'ont décidément pas raté l'occasion de rappeler, par leur total aplatissement, qu'ils sont nuls.

Après la capture, dans les conditions que l'on sait, du Président Laurent Gbagbo, son remplacement opéré par la France, laquelle a installé « son » Alassane Dramane Ouattara sur un siège où il ne lui appartenait pas de s'asseoir, après l'emprisonnement de Gbagbo dans les geôles des « Comzones », puis son transfert à la CPI, tout était suffisamment clair. Toute l'Afrique savait le « motif urgent » qui avait pressé les dirigeants français à mettre le Président Gbagbo « à l'ombre », et lancer parallèlement la chasse à l'homme visant le chef de la Libye, Mouammar Kadhafi (/ Gaddafi), et l'ignoble assassinat de ce dernier. On le sait : le Libyen était sur le point d'aider l'Ivoirien à lancer, dans son pays, une nouvelle monnaie, qui aurait remplacé le franc « cfa » (colonies françaises d'Afrique).

Si cela s'était fait, le choc se serait aussitôt communiqué à tous les pays de la zone franc, à commencer par la CEDEAO, et c'était l'écroulement d'un outil de prédation fort utile, ressenti comme indispensable par le pouvoir français, et fort « juteux ».

Si les autres potentats africains pouvaient à bon droit observer qu'il était difficile de monter une opération juridique ou militaire pour délivrer leur collègue Laurent Gbagbo des pattes du système lié à la France et à ses alliés atlantiques, qui dominent le Conseil de Sécurité de l'ONU et la CPI, ils pouvaient, en revanche, faire l'analyse des motifs ayant conduit la France à produire ces actes d'éclatante injustice et comprendre que le bon moyen de défendre, non point tellement la personne de Gbagbo que l'esprit qui l'anime, c'était de s'attaquer directement à la tâche de poursuivre, dans le même sens que lui, la libération de leurs pays, et de préparer la sortie du système du franc cfa et la mise en place de nouveaux systèmes monétaires.

Or c'est bien ce que ces nuls n'ont en aucune façon envisagé de faire. Ils restent de petits profiteurs, qui, pour profiter, se sont faits les gentils valets de la puissance ex-et-toujours coloniale ; laquelle se permet même de les étriller ou seulement de les agacer, de temps à autre, en faisant semblant de vouloir leur faire rendre les « biens mal acquis ». On les voit alors se rebiffer, essayant de se grandir en prenant des poses, alors que ce ne sont que des nabots indignes. Quel spectacle, quelle désolation ! Il reste qu'un et un seul a osé commencer à se lancer dans cette libération monétaire et financière, et qu'il a été arrêté de vive force alors qu'il était sur le point de réussir, et c'est Laurent Gbagbo. Apparemment, jusqu'ici, il n'y a pas la relève ; et la jeunesse africaine pourra encore attendre longtemps que « ça change ». Il va falloir que, dans ses rangs, se lèvent des hommes nouveaux, des penseurs et hommes d'action courageux pour qu'enfin cette première étape de la sortie du franc cfa se produise.

Mais, pour l'instant, comme le montre le spectacle de ce grand silence des soi-disant « chefs », il est inutile de regarder vers les capitales de l'Afrique — et pas plus Pretoria que les autres, du reste — : rien ne bouge. C'est sans doute de « la glèbe profonde », çà et là, que jailliront de vrais lutteurs, destinés à conduire l'Afrique vers un destin meilleur.

On les attend.

La France, aidée de ses alliés, peut bien faire croupir en prison Gbagbo, et son second, Blé-Goudé, ce n'est pas cela qui empêchera son déclin. On peut même dire qu'elle se trouve engagée, par son jeu aussi imprudent que malhonnête, à faire apparaître ce spectacle aussi clair qu'un feu d'artifice : un chef honnête, prudent et tourné vers l'avenir est emprisonné, et les autres, en liberté, ne sont que des pantins. Il n'y avait sans doute pas de moyen de montrer ça plus clairement qu'en faisant ce procès sur fond de non réaction, de total aplatissement de la classe politique africaine d'aujourd'hui. Au moins, devant ça, les jeunes Africains et Africaines ne peuvent plus ignorer dans quoi ils sont, ni dans quel état politique se trouve le continent.

A eux de prendre la main dès qu'ils y seront prêts. Ce procès est la meilleure invite et la plus claire qu'on pouvait leur faire. Et bien sûr, chacun peut lire dans ce papier l'hommage que je rends à l'homme exemplaire que j'ai nommé, et les souhaits que je forme, en dépit de tout espoir, pour sa libération, ainsi que pour celle de Charles Blé-Goudé, homme jeune qu'il est épouvantable de voir moisir à l'ombre.

Christian Velpry

Citoyen français

Africain de cœur

Paris, le 8 février 2016

le 11 février 2016, face sans doute à l'agitation des esprits induite par le procès à la CPI, l'émotif ancien président français Nicolas Sarkozy n'a pu résister à la pression de ses « mauvais souvenirs » de 2011 et a de nouveau avoué les motifs aussi réels que non officiels de l'intervention de la France en Côte d'Ivoire et en Libye.

Il s'est écrié :

«Pas question de laisser les anciennes colonies françaises d'Afrique avoir leurs propres monnaies !»

Dans la suite de son interview, il explique, apparemment sans la moindre gêne, que si la France consentait à une telle mesure, son revenu s'effondrerait tellement qu'elle se retrouverait au mieux à la 20e place des économies mondiales.

Christian Velpry

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