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Kerry tient l’opposition pour responsable de la poursuite des bombardements en Syrie (MEE)

par Dania Akkad 9 Février 2016, 09:03 Syrie "Opposition" Rebelles Kerry Geneve Pourparlers

Kerry tient l’opposition pour responsable de la poursuite des bombardements en Syrie (MEE)

Kerry aurait dit à des travailleuses humanitaires syriennes en marge de la conférence des donateurs que « l’opposition sera décimée » et de s’attendre à trois mois de bombardements

Le secrétaire d’État américain John Kerry a déclaré à des travailleuses humanitaires syriennes, quelques heures après l’effondrement des négociations de paix de Genève, que le pays devait s’attendre à trois mois encore de bombardements qui « décimeront » l’opposition.

Des sources ont rapporté que lors d’une conversation en marge de la conférence des donateurs pour la Syrie à Londres, Kerry a accusé l’opposition syrienne de quitter la table des négociations et d’ouvrir la voie à une offensive conjointe du gouvernement syrien et de la Russie sur Alep.

« Il a dit : ‘’Ne me blâmez pas – c’est la faute de votre opposition », a confié à Middle East Eye l’une des travailleuses humanitaires, qui a requis l’anonymat afin de protéger son organisation.

Alors que des dizaines de milliers de personnes ont fui les bombardements d’Alep par les gouvernements syrien et russe, John Kerry a déclaré aux journalistes vendredi que la Russie et l’Iran, autre allié de la Syrie, lui ont dit être prêts pour un cessez-le-feu en Syrie.

Il a ajouté qu’il saurait « si ces parties sont sérieuses » après une réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (17 pays dont les États-Unis et la Russie) qui doit avoir lieu à Munich cette semaine.

Toutefois, Kerry a laissé les travailleuses humanitaires avec la nette impression que les États-Unis abandonnent les efforts entrepris pour soutenir les combattants rebelles.

Les négociations de Genève sous l’égide de l’ONU ont été suspendues en début de semaine dernière après que les délégués du gouvernement et de l’opposition ont refusé de se rencontrer. Les délégués de l’opposition ont déclaré que tous les bombardements devaient cesser avant que les négociations puissent commencer, tandis que le gouvernement a affirmé que les rebelles n’étaient « pas sérieux » au sujet de cette initiative de paix.

Les messages contradictoires de Kerry après l’effondrement du processus de Genève mettent davantage de pression sur la Turquie et l’Arabie saoudite, a indiqué une source turque haut-placée à MEE vendredi.

Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoğlu, a prévenu lors de la conférence des donateurs jeudi que des dizaines de milliers de personnes se dirigeaient vers la frontière turque depuis Alep. Le même jour, l’Arabie saoudite a dit qu’elle pourrait envoyer des troupes dans le cadre d’une force multinationale pour lutter contre le groupe État islamique (EI).

Toutes deux sont très inquiètes face à l’effondrement potentiel de l’Armée syrienne libre de l’opposition reconnue par les Américains, selon la source turque.

Deux travailleuses humanitaires syriennes ont rapporté avoir approché Kerry lors d’un cocktail à la conférence des donateurs et lui avoir dit qu’il n’avait pas fait assez pour protéger les civils syriens. Il a alors rétorqué qu’elles devaient en vouloir à l’opposition.

« Il a dit que, dans le fond, c’était l’opposition qui ne voulait pas négocier et qui ne voulait pas d’un cessez-le-feu, et que c’était eux [les délégués de l’opposition] qui avaient quitté [les pourparlers] », a indiqué la seconde travailleuse humanitaire à MEE dans une conversation séparée et également sous couvert d’anonymat.

Kerry lui aurait dit : « Que voulez-vous que je fasse ? Déclarer la guerre à la Russie ? Est-ce ce que vous voulez ? ».

Les deux travailleuses humanitaires ont rapporté que Kerry leur avait dit qu’il prévoyait trois mois de bombardements au cours desquels « l’opposition sera décimée ».

La seconde travailleuse humanitaire a précisé que Kerry semblait tout au plus prêt à organiser le parachutage d’aide aux villes syriennes assiégées, ce dont il aurait discuté avec la Russie.

« Il a dit qu’ils étaient proches et qu’ils en discutaient avec les Russes », a-t-elle rapporté.

Voies semi-officielles entre les États-Unis et la Syrie

Une troisième source de MEE qui affirme avoir servi d’agent de liaison entre les gouvernements syrien et américain au cours des six derniers mois a indiqué qu’en octobre Kerry avait fait passer le message au président syrien Bachar al-Assad que les États-Unis ne voulaient pas son départ.

Au lieu de cela, selon cette source, Kerry aurait insisté sur le fait qu’Assad devait cesser d’utiliser les bombes barils qui terrifient les populations civiles.

La source a également soutenu que Kerry avait dit que si Assad arrêtait les bombes barils, Kerry pourrait « convaincre » l’opinion publique.

Toujours selon cette source, Assad aurait répondu à Kerry que, en contrepartie, les États-Unis devaient « cesser de soutenir les rebelles ».

Les propos de Kerry à Assad font suite à une série de remises en question de la politique américaine après l’échec de son programme visant à former et équiper les combattants rebelles syriens.

Le programme s’est terminé par un fiasco en août dernier lorsqu’un groupe de combattants tout juste formés, la Division 30 entraînée et armée par les États-Unis, a été découvert et appréhendé par l’ennemi juste après avoir pénétré en Syrie.

Un mois plus tard, un autre groupe de combattants a été capturé par le Front al-Nosra et ses armes auraient été remises à al-Qaïda en Syrie.

Un rapport publié dans la London Review of Books par Seymour Hersh affirme que le programme de formation a été saboté par des généraux au sein du Pentagone qui ne croyaient pas qu’il fonctionnerait et qui ont fourni à Assad des informations sur les mouvements de troupes.

Plus récemment, Kerry a été critiqué pour avoir fait pression sur l’opposition afin que celle-ci participe aux négociations de Genève. Il aurait dit à ses membres qu’ils perdraient le soutien des États-Unis s’ils n’y participaient pas.

Néanmoins, l’administration américaine a aussi été écorchée par la critique pour avoir accepté qu’Assad reste à la tête de la Syrie. C’est une décision qui, pour certains experts, a affaibli l’effet de levier des États-Unis vis-à-vis de la Russie et créé des tensions avec leurs alliés de l’Armée syrienne libre qui jurent que ce point est non-négociable.

Lorsque MEE a interrogé le Département d’État sur les assertions des travailleuses humanitaires et les allégations de l’agent de liaison, celui-ci a renvoyé MEE aux déclarations de Kerry de vendredi dernier et à la conférence de presse donnée le même jour par le Département d’État, sans répondre précisément au moment de la publication de cet article.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

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