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La conférence menée par l’Autriche ferme la route des Balkans pour les réfugiés et divise l’Europe (WSWS)

par Martin Kreickenbaum 27 Février 2016, 15:51 UE Autriche Migrants Refugies Schengen Fermeture

Une conférence des pays des Balkans de l’Ouest organisée par le gouvernement autrichien a pris fin avec la décision de fermer dans les faits les frontières pour les réfugiés sur la fameuse «route des Balkans», bloquant leur entrée à la Macédoine depuis la Grèce. Le mouvement va déclencher une crise humanitaire en Grèce et intensifier les tensions dans toute l’Europe.

Dans un geste sans précédent au sein de l’Union européenne (UE), le gouvernement grec a rappelé son ambassadeur de Vienne pour protester contre la conférence.

Sous le titre «La gestion des migrations ensemble», les ministres des membres de l’UE, la Bulgarie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche, se sont réunis à Vienne avec leurs collègues des pays des Balkans, la Macédoine, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro et la Serbie. Ni les représentants de la Commission européenne ni les ministres des États sur les deux extrémités de la route des Balkans, la Grèce et l’Allemagne, n’ont été invités.

Dans la conférence de presse ultérieure, les participants à la conférence ont vivement critiqué la politique d’asile de l’UE. Ils ont prétendu que l’UE avait soutenu l’ouverture des frontières et une politique de «laisser passer» les réfugiés, tout en propageant une solution nationale de fermeture des frontières.

Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, a déclaré à la chaîne de télévision allemande, ARD, que «ceux qui ont fait campagne pour l’ouverture des frontières [n’avaient] certainement pas résolu la crise des réfugiés, mais l’ont certainement intensifié». Cette critique visait manifestement les gouvernements allemand et grec.

L’Autriche «était submergée», Kurz a continué, et les pays des Balkans ne pouvaient pas être abandonnés pour faire face à la situation des réfugiés eux-mêmes. «Par conséquent, il s’agit maintenant de mettre fin au passage vers le nord», a-t-il conclu.

Le ministre autrichien de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, a ajouté: «Le flux des migrants par la route des Balkans doit être massivement réduit. Nous voulons une réaction en chaîne de la raison.»

Cette réaction en chaîne de la dissuasion inhumaine des réfugiés a été lancée par le gouvernement autrichien la semaine dernière quand il a annoncé son intention d’accepter seulement 80 demandes d’asile par jour et de permettre à seulement 3.200 réfugiés par jour de voyager à travers le pays en chemin vers l’Allemagne et d’autres États du nord de l'Europe.

L’annonce autrichienne était un prétexte bienvenu pour les pays des Balkans de fermer immédiatement leurs frontières et seulement laisser passer des réfugiés syriens et irakiens ayant des documents de voyage valides déjà immatriculés en Grèce. Lundi, alors que des centaines d’Afghans bloqués au poste-frontière macédonien de Gevgelija protestaient contre la décision, le gouvernement macédonien a temporairement fermé la frontière complètement. Par la suite, des milliers de réfugiés se sont rassemblés sur le côté grec de la frontière, campant à l'extérieur.

Bien que la frontière ait été rouverte le mardi, ce ne fut que pour les réfugiés en provenance d’Irak et de Syrie. En conséquence, des centaines de réfugiés, principalement en provenance d’Afghanistan, sont actuellement bloqués sur la route des Balkans. Plus de 600 personnes en Serbie et plus de 700 en Macédoine ne peuvent ni poursuivre leur voyage ni revenir. En même temps, le gouvernement grec a commencé à transporter brutalement les réfugiés en troupeau dans les bus loin de la frontière macédonienne dans des camps établis à la hâte près de Thessalonique et d’Athènes.

Selon le journal britannique The Guardian, Médecins Sans Frontières (MSF) a rapporté que la police grecque «a battu à coups de pied des réfugiés afghans, y compris des femmes et des enfants, quand ils ont refusé de prendre l’autobus qui devait les emmener à Athènes».

MSF a également observé que les réfugiés bloqués à la frontière n’avaient «reçu aucune information sur la poursuite de leur voyage et qu'une aide humanitaire très limitée, voire aucune. Ils ont été exposés à la violence et des agressions sans protection.» Dans une déclaration, MSF a écrit: «Nous avons décrit à plusieurs reprises les conséquences humanitaires de cet effet de domino, mais les gouvernements européens continuent d’inventer de nouveaux critères arbitraires dans le seul but de réduire la circulation des personnes à tout prix et au mépris total des besoins humanitaires. L’incapacité totale des gouvernements européens à trouver une solution commune et humaine ne produit que le chaos, l’arbitraire et la discrimination.»

Gemma Gillie, porte-parole de Médecins Sans Frontières, a ajouté que, si la fermeture des frontières était maintenue, «la capacité de la Grèce d’accueillir atteindra sa limite dans les huit jours». Bien que seulement quelques réfugiés arrivent à l’extrémité ouest de la route des Balkans – en Slovénie, aucun réfugié n’a été enregistré lundi, et en Allemagne seulement 103 mardi – le mouvement des réfugiés fuyant au-delà de la mer d’Égée se poursuit sans relâche.

Bien que ce soit l’hiver, entre 2.000 et 4.000 réfugiés continuent d’arriver sur les îles grecques par jour. Plus de la moitié d’entre eux sont Syriens, et 1 sur 5 provient de l’Afghanistan, pour qui leur voyage s’arrête là.

Bien que le UNHCR rapporte que plus de 70 pour cent des réfugiés afghans déclarent qu’ils fuient la guerre et la violence et que 70 pour cent de ces réfugiés ont été admis dans l’UE l’année dernière, ils sont maintenant décrits comme des «migrants économiques» qui se voient refuser tous les droits de venir en Europe et d'y demander protection.

Selon les statistiques de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 102.457 réfugiés sont arrivés en Grèce depuis le début de l’année, tandis que 321 n’ont pas survécu au voyage à travers une mer d’Égée glacée. Toutefois, la Grèce ne peut accommoder que quelques milliers de personnes en quête de protection. Des camps énormes, prévus pour abriter plus de 50.000 personnes, sont encore en construction. Un grand pourcentage de réfugiés se trouvent ainsi sans-abri dans les rues d’Athènes et sans aucune aide ou soins médicaux.

Toutefois, la Grèce a été vivement critiquée dans la déclaration de la conférence des Balkans occidentaux à Vienne. La déclaration affirme qu’il est nécessaire «pour revenir à un état de choses dans lequel tous les États Schengen se conforment à la réglementation de Schengen et refusent l’entrée à ceux des pays tiers aux frontières extérieures s'ils ne répondent pas aux critères d’entrée ou n’ont pas déposé une demande d’asile même s'ils pouvaient le faire».

Pour sa part, le gouvernement grec a réagi très sévèrement pour ne pas avoir été inclus dans la conférence, la décrivant comme une réunion «hostile». Le premier ministre Alexis Tsipras a menacé que son gouvernement pourrait bloquer les décisions de l’Union européenne si la fermeture des frontières n’était pas interrompue. Le ministre de la Migration, Ioannis Mouzalas, a déclaré: «La Grèce n’acceptera pas de devenir le Liban de l’Europe.» Au Liban, où la population est de 4 millions, plus de 1 million de réfugiés en provenance de Syrie vivent dans des camps temporaires.

Puis le jeudi, le ministre des Affaires étrangères Nikos Kotzias a rappelé l’ambassadeur de la Grèce de Vienne. Kotzias a justifié son geste en disant que seulement de cette façon «les relations amicales entre les États et les populations de Grèce et d'Autriche pourront être maintenues». Ceci est un double langage diplomatique pour reconnaître que les relations entre les deux États sont glaciales.

Dans l’Union européenne, la décision de l’Autriche de fermer les frontières a provoqué la critique et la frénésie. Dans son invitation à la réunion de jeudi des ministres de l’Intérieur de l’UE, le ministre néerlandais de l’Intérieur, Klaas Dijkhoff, et le commissaire européen pour la migration et l’intérieur, Dimitris Avramopoulos, ont soutenu qu’une solution européenne commune était nécessaire. Au même moment, ils travaillent sur un plan d’urgence pour faire face à l'aggravation de la crise humanitaire de façon à maintenir un semblant d’humanitarisme.

Dans les milieux diplomatiques à Bruxelles, on mentionne les conséquences beaucoup plus ouvertement. Le journal en ligne «euobserver» a cité un diplomate de l’UE disant: «Nous ne pouvons pas permettre à la Grèce de devenir un camp d’internement massif extérieur.» Il a ajouté que «le maintien de l’intégrité de la zone Schengen a été décisif». Une autre source «d’un État influent de l’UE», a déclaré dans le même journal en se référant au plan de sauvetage de 85 milliards d’euros pour les banques de la Grèce, «Nous ne voulons pas que 500.000 migrants déstabilisent le gouvernement grec et la Grèce elle-même. Nous ne reverrons jamais notre argent et l’ensemble de l’UE tomberait en morceaux.»

La réponse de l’UE, menée par l’Allemagne, consiste en la poursuite de la militarisation des frontières extérieures de l’UE. Cela inclut les instructions données à la flotte de l’OTAN dans la mer Égée pour retrouver les bateaux de réfugiés et les détourner des côtes grecques.

«Nous participerons aux efforts internationaux pour lutter contre le trafic de personnes et de migration illégale dans la mer Égée», a déclaré le secrétaire général de l’alliance militaire, Jens Stoltenberg, après une réunion du conseil de l’OTAN. Stoltenberg est resté silencieux sur le fait que les réfugiés ciblés cherchent à fuir les crimes horribles perpétrés par exactement les mêmes puissances impérialistes qui envoient maintenant des navires de guerre pour les empêcher de fuir.

Il y avait des différends jusqu’à la dernière minute entre les gouvernements grecs et turcs à propos des eaux territoriales où doivent opérer les navires. Dans un court délai, le gouvernement d’Ankara s'est retiré d'un accord qui devait accepter les réfugiés secourus en mer.

Toutefois, la ministre allemande de la Défense, Ursula Von der Leyen, a précisé que l’ensemble de l’opération de l’OTAN va réussir ou échouer sur la promesse de rapatrier les réfugiés en Turquie. Le cynisme des puissances européennes a été exprimé dans la déclaration de Von der Leyen: «L’alliance ne veut certainement pas s’impliquer dans une intervention en mer Égée qui rend la route égéenne vers la Grèce, et ainsi l’Union européenne, plus sûre.»

Cependant, l’histoire montre que les réfugiés ne seront pas dissuadés par la fermeture militaire des frontières. Ils trouveront des itinéraires plus dangereux et ils dépendront de plus en plus des passeurs sans scrupules, que l’UE et l’OTAN veulent prétendument combattre.

Les passeurs profiteront surtout de la fermeture des frontières dans les Balkans. Neue Zürcher Zeitung en Suisse a indiqué que «l’incertitude sur les régimes de frontières existants et futurs transforme la route des Balkans dans un violent chacun-pour-soi.»

Même en Hongrie, qui pensait qu’avec la construction d’une clôture massive et le déploiement de l’armée pouvoir bien s’isoler de l’extérieur, le nombre de réfugiés reçus a fortement augmenté. Pendant les trois premières semaines de février, 1.200 réfugiés ont été arrêtés pour «entrée illégale». Les réfugiés sont reconnus coupables dans une procédure judiciaire d’urgence, et, parce que l’expulsion vers la Serbie est rarement possible, ils sont détenus indéfiniment dans des camps d’internement.

(Article paru d’abord en anglais le 26 février 2016)

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