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La perplexité et la division marquent la réunion du G20 (WSWS)

par Nick Beams 29 Février 2016, 14:37 G20 Economie Division

Les ministres des Finances et banquiers centraux du groupe des pays du G-20, qui représentent plus de 80 pour cent de l’économie mondiale, se réunissent les 26 et 27 février à Shanghai, en Chine, dans la pire perspective de développement de l’économie depuis le lendemain de la crise financière de 2008.

La réunion a lieu sur fond de crainte que toute stimulation économique apparente due au régime de taux d’intérêt ultra-bas et d’assouplissement quantitatif par lequel les banques centrales ont injecté plus de 5 billions de dollars dans le système financier mondial, a fait son temps et que la propagation de taux d’intérêt négatifs rend la situation encore pire.

Lors de la préparation du sommet une série d’institutions économiques ont donc appelé à un changement de politique. L’accent est mis sur les dépenses gouvernementales pour des projets d’infrastructure afin de compenser le manque d’investissement. Celui-ci est, dans toutes les grandes économies, bien en dessous du niveau d’avant 2008.

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a souligné la nécessité de telles mesures la semaine dernière. Le Fonds monétaire international (FMI) l’a rejoint mercredi; il a appelé dans une note d’information pour la réunion du G-20 à « une action multilatérale audacieuse » pour stimuler la croissance et contenir les risques.

Dans son résumé de la situation générale, le FMI a déclaré: « la reprise mondiale s’est affaiblie de nouveau dans un contexte d’essor des turbulences financières et de baisse des prix des actifs. » L’activité économique avait ralenti vers la fin de 2015 et l’évaluation des actifs à risque fortement baissé, ce qui augmentait la probabilité d’un nouvel assombrissement de la perspective. Le FMI n’a pas revu à la baisse son estimation pour la croissance mondiale mais a indiqué qu’il en sera probablement question à sa réunion d’avril.

Il s’est dit préoccupé de ce qu’il a appelé « la transition de la Chine à une croissance plus équilibrée » -- une référence au ralentissement de l’économie chinoise – et a pointé « des signes de détresse » dans d’autres grandes économies de marché émergentes, surtout en raison de la baisse des prix des matières primaires.

« Ces développements, » a-t-il dit, indiquent « des risques accrus de déraillement de la reprise » face à une économie mondiale « fortement vulnérable aux chocs négatifs. » Pour contrer ces dangers, le G-20 devait selon lui « agir maintenant », mettre en œuvre des stratégies de croissance et planifier des programmes de demande coordonnés pour stimuler les investissements publics.

Plus sombre encore fut l’analyse présentée mercredi dans un article de Martin Wolf, le principal commentateur économique du Financial Times. Il a d’abord constaté que « l’économie mondiale ralentis[sait], de manière à la fois structurelle et cyclique. » C'est-à-dire qu’en sus d’un ralentissement du cycle économique, il y a aussi des processus à long terme qui réduisent la croissance économique.

Il a ensuite cité le rapport de l’OCDE qui souligne que l’économie mondiale croît au rythme le plus bas depuis cinq ans et dit : « Il y a derrière cela une réalité toute simple: la surabondance de l’épargne mondiale – la tendance de l’épargne désirée d’augmenter plus que l’investissement désiré – continue de croître et donc le ‘syndrome chronique de l’insuffisance de la demande’ s’aggrave. » Autrement dit, aucune stimulation financière si grande soit-elle ne stimulera l’investissement dans l’économie réelle.

En fait, malgré l’affirmation que l’argent bon marché donnerait une impulsion à la croissance, son véritable objectif fut dès le début de consolider la position des spéculateurs et des banques qui ont amené l’économie mondiale au bord de l’effondrement en 2008 et de leur permettre de poursuivre la vaste opération de pillage par laquelle furent transféré, au dépens de la classe ouvrière, des milliards de dollars dans les mains des élites financières au pouvoir.

Aujourd’hui, on réalise de plus en plus que ce recours massif à la planche à billets n’a rien fait pour stimuler la croissance mondiale et qu’il n’a fait qu’alimenter la montée du parasitisme socialement destructeur et de la spéculation, créant les conditions d’une nouvelle crise financière dont les conséquences seraient encore plus graves que celle de 2008-2009.

Reflétant la perplexité croissante des cercles dirigeants sur la politique économique, Wolf dit: « Il n’existe pas de solution simple pour les déséquilibres économiques mondiaux d’aujourd’hui, il n’y a que des palliatifs. » Étant donné que les soins « palliatifs » sont le plus souvent associés à une personne souffrant d’une maladie incurable, placée dans un hospice sans perspective de guérison, c’est là une appréciation révélatrice de l’état du capitalisme mondial.

Mettant en garde contre l’effet d’un nouvel assouplissement quantitatif qui serait de baisser les taux de change chaque pays cherchant à augmenter ses exportations, une politique qui allait « inévitablement exploser, » il a insisté pour dire que la seule alternative était la politique budgétaire; à savoir l’augmentation des dépenses gouvernementales pour stimuler la demande. Cela signifiait une rupture avec ce qu’il a appelé la « folle » obsession de l’austérité.

En réalité, les actions des décideurs mondiaux viennent de la folie de l’ordre social actuel, basé sur le système de profit et la division du monde en États-nations rivaux et antagonistes. En effet, alors même que le FMI et l’OCDE appellent à la coopération économique internationale, toutes les puissances mondiales, États-Unis en tête, augmentent fortement leurs dépenses militaires en préparation d’un conflit militaire mondial avec leurs rivaux.

C’est la raison pour laquelle les appels du FMI et d’autres organismes à une politique coordonnée resteront lettre morte dans la mesure où chacune des grandes puissances poursuit ses propres intérêts tout en insistant pour dire que la crise mondiale est la responsabilité des concurrents.

Le ton a été donné par le secrétaire américain au Trésor Jack Lew. Il a écarté une intervention d’urgence du G-20 et appelé la Chine à faire plus pour stimuler la consommation intérieure et les pays d’Europe ayant un excédent, notamment l’Allemagne, à prendre des mesures de relance budgétaire.

« Les derniers mois ont clairement montré que la faiblesse de la demande était un problème global qui ne peut être résolu en attendant simplement que les États-Unis fassent quelque chose, » a-t-il dit. Les économies réelles faisaient mieux que les marchés financiers ne le pensaient. « Ce n’est pas un moment de crise. Ne vous attendez pas à une réponse de crise dans une situation de non-crise ».

Toutes les autres grandes puissances regardent elles aussi leurs propres intérêts. L’élite dirigeante allemande est vigoureusement opposée à la relance budgétaire en Europe et fait valoir que de telles exigences des États-Unis conduiraient à un affaiblissement de son système financier et renforceraient la position des banques américaines contre leurs rivales allemandes.

Un responsable japonais a averti que si les marchés financiers avaient besoin de « quelque chose de rafraîchissant, » il y avait peu de chances d’un accord mondial et « pas de solution miracle. » Le gouvernement japonais aimerait voir plus de relance, mais dans le reste du monde, pas au Japon où le ratio dette-produit intérieur brut est parmi les plus élevés du monde. La Chine aussi aimerait voir plus de relance, mais est restreinte sur le plan domestique par des dettes croissantes et l’instabilité de son système financier. Et ainsi de suite.

Le programme de l’austérité n’est pas dû, comme le prétendent les réformateurs du capitalisme mondial, à un défaut de pensée des élites dirigeantes. C’est une politique de classe imposée dans l’intérêt de forces sociales déterminées. Dirigée par les élites industrielles et financières au pouvoir, elle vise à affaiblir, comme un des mécanismes centraux d’augmentation des profits, la position de la classe ouvrière par le chômage, les baisses de salaires et l’attaque des conditions sociales.

Quel que soit le résultat immédiat de la réunion du G-20 et quelles que soient les annonces de mesures venues de Shanghai, ce programme sera intensifié dans la période à venir alors que la crise du système capitaliste mondial s’approfondit et que les divisions entre grandes puissances s’accroissent.

(Article paru d’abord en anglais le 26 février 2016)

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