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Le budget du Pentagone : Un plan pour la Troisième Guerre mondiale (WSWS)

par Bill Van Auken 5 Février 2016, 16:28 USA Guerre mondiale Budget Russie Chine shton Carter

Le discours du ministre américain de la Défense Ashton Carter mardi donnant un aperçu du budget du Pentagone pour l’année fiscale 2017 a énoncé les préparatifs avancés de Washington en vue d’affrontements militaires avec la deuxième et la troisième puissances nucléaires de la planète, la Russie et la Chine.

Prononcé à l’Economic Club de Washington, un public admiratif dont les sponsors comprennent les principaux fabricants d’armes Boeing et Northrop Grumman ainsi que des géants financiers comme Bank of America et Goldman Sachs, le discours du secrétaire à la défense a présenté une déclaration éhontée des intentions de Washington à affirmer son hégémonie sur les marchés et les ressources de la planète par tous les moyens nécessaires, même si cela nécessite un holocauste nucléaire.

La présentation faite par Carter, un technocrate de longue date du complexe militaro-industriel de l’Amérique, fournit une justification puissante des avertissements donnés par le Comité international de la Quatrième Internationale et le World Socialist Web Site que l’approfondissement de la crise du capitalisme américain et mondial créée un risque réel et croissant d’une troisième guerre mondiale.

La plus forte augmentation proposée dans le budget du Pentagone est le quadruplement du financement pour le renforcement militaire américain contre la Russie en Europe, qui devrait passer de 800 millions à 3,4 milliards de dollars. En plus des 65 000 soldats que Washington maintient déjà sur le continent européen, l’augmentation du financement va payer la présence ininterrompue par rotation de troupes de brigades de combat blindées entières dans les républiques baltes, aux portes de la Russie, ainsi que dans d’autres pays de l’Europe orientale.

Cette proposition représente une violation flagrante et provocante des accords conclus avec Moscou, suite à la dissolution par la bureaucratie stalinienne de l’Union soviétique, de ne pas stationner un grand nombre de troupes de l’OTAN sur les frontières de la Russie.

En outre, de grandes quantités de matériel militaire, y compris des chars, de l’artillerie, des véhicules de combat d’infanterie et d’autres armes, doivent être stockées à une distance de frappe rapprochée contre la Russie pour permettre l’intervention rapide des brigades de combat américaines supplémentaires venant d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie vers la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie.

Le président Barack Obama a publié un communiqué mardi qui déclare que l’augmentation de 400 pour cent du financement pour encercler la Russie « permettra aux États-Unis de renforcer notre position militaire robuste en Europe et d’améliorer notre capacité à appliquer nos engagements de l’Article 5 aux membres de l’OTAN. » En invoquant l’article 5, qui engage l’OTAN à défendre militairement tout membre contre une attaque, Obama réitérait la promesse qu’il a faite en 2014 selon laquelle les États-Unis mettraient « des troupes sur le terrain » pour défendre les républiques baltes, ce qui fait de leurs régimes droitiers et fanatiquement anti-russes le fil de déclenchement d’une guerre qui aurait des conséquences incalculables.

L’autre axe majeur du discours de Carter et du projet de budget lui-même est l’accumulation de la pression militaire des États-Unis contre la Chine sous la bannière du « pivot vers l’Asie », avec un accent particulier sur la modernisation de la flotte de guerre américaine pour des affrontements en Mer de Chine méridionale.

Carter n’a pas mâché ses mots sur les objectifs de Washington, qui sont l’utilisation de la force militaire pour maintenir l’hégémonie américaine en Asie et réprimer toute menace à sa position dominante provenant de la puissance économique croissante de la Chine, en soumettant la Chine aux intérêts économiques et stratégiques des États-Unis et en la réduisant à l’état de semi-colonie de l’impérialisme américain.

Les États-Unis, a déclaré le secrétaire à la Défense, agiraient pour « maintenir la stabilité dans la région dont nous sommes le garant depuis 70 ans », avertissant la Chine que « perturber le contexte militaire là où vit la moitié de l’humanité et où a lieu la moitié de toute l’activité économique n’est pas une bonne idée. »

Washington, a-t-il poursuivi, effectue son renforcement militaire afin de pouvoir « imposer des coûts inacceptables à un agresseur de pointe qui soit le dissuaderaient d’agir d’une façon provocatrice soit le lui feraient regretter profondément au cas ou il le ferait. »

Utilisant le langage de la guerre totale, Carter a ajouté : « Dans ce contexte, la Russie et la Chine sont nos concurrents les plus inquiétants ».

Toutes ces propositions d’intensifier des affrontements militaires qui mènent à une catastrophe mondiale sont avancées sans même l’apparence d’un débat public, sans parler de l’appui du peuple américain, qui a démontré à maintes reprises son hostilité au militarisme et à la guerre. La poussée vers la Troisième Guerre mondiale se déroule en grande partie dans le dos de la population, avec les médias capitalistes et les deux principaux partis qui n’affichent aucun intérêt pour informer la population des implications effrayantes des préparatifs du Pentagone.

Quant à Obama, le président lauréat du prix Nobel de la paix, son rôle d’estampille pour l’appareil militaire et des renseignements des États-Unis a été brièvement indiqué dans les remarques de Carter mardi. Interrogé sur une possible nouvelle augmentation du nombre des troupes américaines déployées en Irak et en Syrie, où le financement des opérations militaires est également augmenté de 50 pour cent à 7,5 milliards de dollars, il l’a confirmée, ajoutant : « Chaque fois que le président [de l’état-major des armées] et moi avons demandé au président plus de moyens pour le faire, il a dit oui, et je pense que cela va continuer ».

Les dépenses massives pour les préparatifs de guerre doivent être payées par des attaques de plus en plus draconiennes sur le niveau de vie, l’emploi et les conditions sociales de larges masses de travailleurs. L’ampleur du détournement des ressources sociales vers le militarisme se voit dans la proposition du Pentagone d’augmenter ses dépenses de recherche et de développement pour la production d’armes nouvelles et plus meurtrières à près de 72 milliards de dollars. Ce montant dépasse à lui seul la totalité du budget fédéral américain de 2015 pour l’éducation, sans parler des milliers de milliards de plus qui doivent être dépensés pendant les années à venir pour les nouvelles générations de sous-marins nucléaires, de bombardiers et de missiles balistiques intercontinentaux.

En juillet 2014, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) a publié une déclaration intitulée « Le socialisme et la lutte contre la guerre impérialiste. » La déclaration expliquait la dynamique fondamentale de la poussée vers la guerre mondiale qui est reprise dans le discours de Carter et le projet de budget du Pentagone. Elle déclarait :

« Le risque d’une nouvelle guerre mondiale vient des contradictions fondamentales du système capitaliste – entre le développement d’une économie mondialisée et la division de celle-ci en États-nations antagonistes et dans lesquels se trouve ancrée la propriété privée des moyens de production. Cela trouve sa manifestation la plus aiguë dans la course de l’impérialisme américain à la domination de la région eurasienne, et en particulier des zones dont il a été exclu depuis des décennies par les révolutions russe et chinoise. À l’ouest, les États-Unis, alliés à l’Allemagne, ont orchestré un coup d’état fasciste pour placer l’Ukraine sous leur contrôle. Mais leurs ambitions ne s’arrêtent pas là. L’objectif final est de démembrer la Fédération de Russie, de la réduire à une série de semi-colonies pour ouvrir la voie au pillage de ses vastes ressources naturelles. À l’Est, le « pivot vers l’Asie » du gouvernement Obama vise à encercler la Chine et à la transformer en une semi-colonie. Dans ce cas, l’objectif est de s’assurer la domination du travail à bon marché qui est l’une des sources clefs du profit extrait de la classe ouvrière au niveau mondial, et qui est ce qui fait vivre toute l’économie capitaliste ».

Le CIQI poursuivait en expliquant que sans l’intervention révolutionnaire de la classe ouvrière internationale pour mettre fin au système capitaliste et instaurer le socialisme, les racines objectives de la poussée américaine pour la domination du monde rendent inévitable une guerre impérialiste mondiale. Il a souligné que les mêmes contradictions qui sont les forces motrices de la guerre fournissent aussi l’impulsion objective pour la révolution socialiste.

Pendant l’année et demie écoulée depuis que le CIQI a publié sa déclaration, ces contradictions n’ont fait que s’aiguiser, en intensifiant des guerres existantes et accroissant le risque de nouvelles guerres du Moyen-Orient à l’Europe de l’Est et à la Mer de Chine méridionale, tout en poussant la classe ouvrière dans des luttes de plus en plus âpres contre l’austérité et l’exploitation.

La question historique à laquelle est confrontée l’humanité est la nécessité que la classe ouvrière mène à bien la révolution socialiste mondiale avant que la classe dirigeante capitaliste n’aille au bout de sa descente vers une guerre qui la menace d’une extinction nucléaire. Cela rend d’une urgence extrême la tâche politique de la construction de la Quatrième Internationale, la direction révolutionnaire de la classe ouvrière mondiale.

(Article paru en anglais le 4 février 2016)

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