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Le vrai-faux scoop du « Monde » sur les forces françaises en Libye (Mondafrique)

par Roumiana Ougartchinska 27 Février 2016, 09:21 Libye Occupation France "Le Monde" "Faux scoop" Le Drian Françafrique Operations secretes Impérialisme

La chroniqueuse Défense du « Monde », proche de l’armée française, confirme les informations libyennes sur la présence militaire tricolore en Libye

« Il faut agir discrètement », affirme un haut responsable de la défense française dans l’édition du Monde du 24 février qui révèle la « Guerre secrète de la France en Libye ». Coté discrétion, c’est tout sauf une opération réussie. Après les révélations du Monde, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a immédiatement lancé une « enquête pour compromission » du secret-défense. Ce qui n’a fait que confirmer l’existence d’une intervention française, révélée par le papier du « Monde ». De là à penser, que le ministère français de la Défense souhaitait faire connaitre son effort de guerre en Libye, il n’y a qu’un pas que notre site Mondafrique franchit allègrement

L’article du Monde constitue-t-il un véritable scoop? Depuis plus d’un mois, le net colportait une rumeur sur la présence de forces de sécurité française en Libye. Les « blogueurs spécialisés » en faisaient état. Plus précise, une chaine proche des autorités de Tripoli, « Lybian Panorma Chanel », a même publié, voici plusieurs jours, une image de ces soldats français sur le sol libyen, que Mondafrique a reproduit (voir notre capture d’écran plus haut).

« L’occupation française »au pilori

Dès le 14 février, l’annonce d’une présence française avait déjà été donnée par « libyaobserver.ly » , un site d’information basé à Tripoli et proche de la coalition islamiste Fajr Libya, qui a pris possession de la capitale par les armes en 2014. L’information était validée par le lieutenant Faraj Aquiem, présenté comme le chef de la Force spéciale de lutte contre le terrorisme, affiliée au général Haftar, ce chef des armées dépendant du gouvernement de Tobrouk, rival de celui de Tripoli.

Ainsi voit-on, de façon inédite, les partisans du gouvernement islamiste de Tripoli donner un témoignage, via leur chaine de télévision, à des militaires affiliés au gouvernement ennemi de Tobrouk, le tout pour dénoncer « l’occupation Française ». Ainsi l’union nationale qui est toujours reportée dans une Libye sans gouvernail ni unité, se fait cette fois sur le dos de la France, et en s’élevant contre la présence de cent quatre vingt soldats français sur la base aérienne de Benina, près de Benghazi dans l’Est du pays.

Cette base est contrôlée depuis plusieurs mois par l’Armée nationale sous les ordres de Haftar. Sur sa page Facebook, citée par Libyaobserver, le lieutenant tempête : « Ceux qui ont pris la responsabilité de faire venir ces soldats français en Libye devraient reconsidérer leur position ! »

Les Qataris en renfort

Le 23 février, la chaîne qatari Al Jazeera recycle les mêmes révélations. « Cent quatre vingt soldats français ont atterri à l’aéroport de Benina », annonce sans sourciller une avenante présentatrice au look CNN , avant d’interroger sur le plateau « l’expert en sécurité » Olivier Guitta qui se livre à une analyse en bonne et due forme de la stratégie de l’intervention française en Libye. « Le pays est pour les Français une menace bien plus importante que la Syrie », martèle le commentateur, patron du cabinet de conseil spécialisé dans le risque géopolitique GlobalStrat.

Qui est ce monsieur? Un ancien militaire ? Diplomate ? Pas du tout. Olvier Guitta est un ancien finacier qui a bifurqué vers la géopolitique en 2001 et dresse de soi un portrait renversant dans sa page de contributeur au Huffingtonpost. « Il a conseillé divers ministères au Royaume-Uni, Suède, Belgique, Emirats Arabes Unis, l’Union européenne, le Congrès des États-Unis, l’OTAN, ainsi que des candidats à l’élection présidentielle américaine, SOCOM et Europol… », peut-on y lire, entre autres. Sans oublier son poste de directeur du Henry Jackson Society de Londres. Le think tank néo-conservateurs transatlantique s’était notamment illustré en 2011 en publiant un plan pour une intervention en Sirye recommandant le déploiement du SAS britannique, les forces spéciales des Etats-Unis, de la Turquie et du Qatar en coordination avec les forces rebelles pour établir une « zone de sûreté en Syrie » – une « Benghazi syrienne ». Dans sa grande clairvoyance, la Henry Jackson Society affirmait alors que la Russie ne s’engagerait pas militairement en cas de conflit, la présence de ses navires de guerre n’étant qu’une « posture symbolique » visant à dissuader l’OTAN.

Sarkozy serait-il musulman?

Les affirmations de la journaliste de l’analyste de Al Jazeera du 23 février, étaient immédiatement reprises le jour même par Libya Panorama Channel, une télévision proche des Frères musulmans, qui portait le chiffre de soldats français présents sur la base de Benina à 180-200, sur fond d’images de militaires français…. au Mali. « Après l’implication des Émirats et de l’Égypte pour aider son allier en chute libre, Khalifa Haftar, l’Occident s’ingère sous prétexte de combattre l’État islamique » , distille une voix masculine en commentaire du reportage. Une tentative non dissimulée d’expliquer la prise de contrôle le jour même de Benghazi et de Ajdabya par l’armée régulière sous la direction du général honni.

Le lendemain, avec le renfort du « scoop » dans le quotidien Le Monde, confirmant la présence de forces spéciales françaises en Libye, les médias de Tripoli sous le contrôle de Belhadj, l’émir du GICL (Groupe combattant islamique de Libye), se déchaînaient contre l’invasion des koufar (infidèles). Il n’en fallait pas plus aux médias sociaux, où la parole des Libyens est encore, pour l’instant, libre, pour poser la question : Nicolas Sarkozi serait-il musulman pour que personne n’ait eu l’idée en 2011 de le traiter de koufar ?

« No Comment ! »

En attendant, dans l’Est de la Libye les officiers proche de l’État major se font discrets sur cette présence française. « No Comment ! » répond un proche du général Haftar. « Pas de troupes françaises en uniforme dans l’Est, confirme Hawas Kassa, commandant de l’aéroport de Tobrouk. Ce qui est la stricte vérité. « Les étrangers », signalés depuis une quinzaine de jours tantôt à Al Marj, le QG de Haftar, tanôt à Benina, ne seraient que quelques experts en civil. Et s’ils sont venus dans l’Est, c’est surtout dans la perspective d’encadrer la sécurisation du nouveau gouvernement d’union de Fayaz Sarraj, le Premier ministre promu par le plan de l’ONU, qui attend toujours son approbation par le Parlement de Tobrouk. Aucun appui à l’offensive sur Benghazi n’est en tous cas relevé. Bien au contraire, cette manœuvre victorieuse de Haftar a semble-t-il fortement irrité l’envoyé spécial de l’ONU, Martin Kobler, qui aurait vivement critiqué le 23 février à huis clos l’activisme militaire du général devant le Comité politique et de sécurité de l’Union européenne, selon Maghreb Confidentiel. Il est vrai que les images de la liesse des habitants de Benghazi, enfin débarrassés de l’emprise de groupes armés proches d’Al Qaïda et de Daech, n’étaient pas parvenues jusqu’à Bruxelles, pas plus qu’aux médias internationaux, occupés qu’ils étaient à commenter la « colère » du french minister Le Drian contre les révélations du Monde .

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