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Une Autorité palestinienne corrompue, vouée corps et âme à l’occupant (Middle East Monitor)

par Asa Winstanley 7 Février 2016, 05:18 Israël Palestine Autorite palestinienne Tirailleurs Colonialisme Collaboration Corruption

Une Autorité palestinienne corrompue, vouée corps et âme à l’occupant
Par Asa Winstanley
Article originel : The PA's "One Gun" belongs to Israel

Middle Eats Monitor
Traduction Jean Cartier pour Info-Palestine.eu
Octobre 2015 - Les milices de l’Autorité de Ramallah répriment une manifestation - Photo : The Times

Octobre 2015 - Les milices de l’Autorité de Ramallah répriment une manifestation - Photo : The Times

En décembre, Defense News, la revue professionnelle de l’industrie d’armement US, a publié une interview révélatrice avec deux gros bonnets de l’Autorité palestinienne.

Il s’agissait de Saeb Erekat, le négociateur de l’OLP et le général de division Majid Faraj.

Le chef du bureau israélien du magazine qui a mené les entretiens, les a décrits comme étant « les deux conseillers au plus haut niveau » de Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne. Abbas a maintenant 80 ans, n’a pas de successeur clairement défini et a déclaré qu’il ne se représenterait plus aux élections à la présidence de l’AP.

En fait, Abbas n’a gagné qu’une seule élection, il y a longtemps, en 2005. De nouvelles élections auraient dû prendre place depuis des années mais ont été bloquées à chaque fois. En 2006, Hamas, le mouvement de résistance islamique en Palestine, a gagné les élections au conseil législatif de l’AP. Après des mois de guerre civile entre les forces loyales à Abbas, et le gouvernement élu, sous la direction du Hamas, Abbas été renversé par un putsch en Cisjordanie.

Le Hamas a devancé un coup similaire à Gaza et a chassé les milices loyales à Mohammed Dahlan, lequel était soutenu par la CIA, Israël et d’autres forces occidentales qui ont tenté d’abolir les résultats d’une élection authentiquement démocratique.

Il y a eu depuis des degrés variables de division entre le Hamas dans la bande de Gaza et les forces du Fatah en Cisjordanie. Divers « accords d’unité » sont apparus puis disparus sans être mis en œuvre.

La réalité est que les élections de l’AP ont toujours servi de vitrine, afin que l’Ouest puisse dire qu’il soutenait les forces démocratiques dans la région. Quand les processus démocratiques n’allaient pas dans le sens souhaité par la puissance impériale et ses alliés, les résultats pouvaient être annulés.

Le rôle principal de l’AP a toujours eu pour but de protéger Israël de la protestation populaire et de sa résistance à l’occupation illégale de la Cisjordanie et de Gaza. C’est pourquoi les postes budgétaires les plus importants sont ceux de la police et des militaires, avec un montant de plus de 36% du budget total [Un milliard par an est versé par l’UE, ndlr]. Ce qui dépasse de loin les budgets consacrés à la santé, l’éducation ou l’agriculture. Ce pourcentage du budget total dépasse ceux du Royaume-Uni (10%), de l’Inde (16%), d’Israël (20%) et même des USA (23%).

L’AP sert de tampon entre Israël et la population palestinienne. Ce qui signifie qu’Israël peut, dans une certaine mesure, corrompre un secteur de l’élite de la population afin que cela renforce l’occupation. C’est de l’escroquerie coloniale classique.

En janvier 2011, les « Palestine Papers » ont été obtenus par Al Jazeera. C’étaient des documents du service de négociation de l’OLP, révélés par un ancien membre désenchanté de ce service. L’un de ces documents montrait Erekat décrivant sans ambages à une délégation du Département d’État US, la nature brutale et violente de l’AP. « Nous avons dû tuer des Palestiniens afin d’établir une seule autorité, une Armée unique ».

Defense News décrit cela en des termes dithyrambiques, comme étant « la politique essentielle » de l’AP. On adule Erekat comme un « animal politique érudit et éduqué à l’Ouest ». Le général Faraj est décrit en des termes plus modestes mais est toujours considéré comme l’un des deux (avec Erekat) « successeurs en puissance » d’Abbas.

Ceci montre combien l’établissement politique, militaire et médiatique de l’Ouest se soucie de la démocratie. Un sondage récent des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie montre qu’Erekat ne représenterait que 3% des voix s’il devait présenter sa candidature la présidence de l’AP. En fait, le candidat gagnant viendrait probablement du Hamas : l’ancien premier ministre de l’AP Ismaïl Haniyeh gagnerait dans une élection contre Abbas à 51% contre 41%.

En général, l’AP est très impopulaire parmi la population palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (sans mentionner la majorité des Palestiniens vivant en exil, surtout les réfugiés). Le même sondage révèle que 65% veulent qu’Abbas démissionne, tandis que 78% jugent que les institutions de l’AP sont corrompues.

Erekat admet même dans l’interview que l’AP et l’ « Armée unique » sont impopulaires, et protègent en fait Israël d’organisations de résistance palestiniennes comme le Hamas. (Le sondage montre aussi que la plupart des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza soutiennent la résistance armée et que 66% sont en faveur d’une révolte armée. Enfin, 64% veulent la fin de la « coordination sécuritaire » avec Israël : L’Arme unique de l’AP.)

Pour détourner l’attention des réalités de l’impopularité de l’AP, Erekat et Faraj se vantent de la façon dont ils ont protégé Israël de la résistance palestinienne (armée ou non) au cours de la révolte populaire actuelle contre l’occupation israélienne. Faraj « insiste que depuis octobre, les services de renseignement et de sécurité ont bloqué 200 attaques contre les Israéliens, confisqué des armes et arrêté une centaine de Palestiniens.

Leur autre tactique consiste à répandre des rumeurs alarmistes à propos du soi-disant État islamique et comment la chute de l’AP mènerait censément à son essor dans la vacance de pouvoir ainsi créée. Faraj prétend que « Daesh est à nos frontières ; ils sont ici avec leur idéologie et ils cherchent une bonne plateforme pour établir leur base…Les experts savent qu’en cas d’effondrement, chacun va souffrir…Il faut que Ramallah, Amman et Tel-Aviv leur restent inviolables. »

Ceci élude encore deux réalités capitales : comme dans l’ensemble du monde arabe, l’ « État islamique » est largement impopulaire parmi les Palestiniens (88% dans ce sondage y sont opposés et disent qu’il ne représente pas le vrai Islam », deuxièmement, il y a d’autres forces politiques et de résistance palestiniennes, beaucoup plus populaires, capables de combattre à la fois Israël et l’État islamique. Le Hamas, par exemple, a eu un succès considérable dans son combat contre eux à Gaza.

Bien que des gens aient prédit la chute de l’AP depuis des années, celle-ci s’est montrée coriace.

Néanmoins, dans ce contexte il est difficile de croire que les choses vont éternellement durer ainsi : quelque chose doit changer.

Asa Winstanley | 29 janvier 2016

Asa Winstanley est un journaliste indépendant basé à Londres qui séjourne régulièrement dans les TPO. Son premier livre “Corporate Complicity in Israel’s Occupation” est publié chez Pluto Press.

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