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Divisions au grand-jour au sein du Parti socialiste français sur l’état d’urgence (WSWS)

par Alex Lantier 1 Mars 2016, 11:08 Etat d'urgence P.S. France Division

Avec la montée de tensions en Europe et de la colère populaire à propos des politiques d’austérité draconiennes que Paris impose sous l’état d’urgence, une guerre a éclaté entre des factions au sein du Parti socialiste (PS) au pouvoir. Jeudi dernier, la maire de Lille et candidate à la nomination présidentielle pour le PS en 2012 Martine Aubry a publié une tribune d’une page entière dans Le Monde, cosignée par un certain nombre de législateurs PS et Daniel Cohn-Bendit du Parti vert allemand, critiquant les politiques du président François Hollande.

Aubry a marqué son soutien à la ligne générale de la politique réactionnaire du PS. Elle a passé sous silence les guerres en cours menées par l’OTAN, a dit qu’elle « approuve l’état d’urgence », et a insisté sur le fait que, sur les questions sociales et du travail, le PS doit imposer « de grandes réformes ». Au contraire, sa tribune affirme que c’est « un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche, s’il n’est pas mis un coup d’arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés ».

Elle a critiqué la réforme prévue du Code de travail Hollande, sa proposition de déchéance de la nationalité française pour les personnes reconnues coupables de diverses infractions, et a dénoncé les critiques du Premier ministre Manuel Valls de la politique des réfugiés allemande lors de la récente Conférence de sécurité de Munich. Là, Valls avait appelé à une politique des réfugiés plus restrictive et a fait des ouvertures à Moscou.

Les critiques d’Aubry, qui surviennent dans un contexte de colère chez les jeunes et les travailleurs contre l’état d’urgence et la réforme du Code du travail permettant aux entreprises de négocier des changements draconiens dans les conventions collectives avec les syndicats et d’accélérer les licenciements de masse – ont conduit à un recul limité du gouvernement PS.

Le ministre de l’économie Emmanuel Macron a promis de continuer à négocier certains aspects de la réforme du Code du travail avec les syndicats : « Nous sommes à un moment du quinquennat où on ne peut pas tout brutaliser, car ce serait prendre le risque de refermer les débats pour longtemps sans avoir réglé les problèmes ».

L’importance de la lettre d’Aubry ne se trouve pas, cependant, dans toutes les modifications mineures que les syndicats négocient sur la réforme du Code du travail avec laquelle ils ont déjà marqué leur accord – leur principe de base étant leur droit de négocier des contrats qui violent le Code du travail. Au contraire, sa lettre fait remarquer l’escalade des divisions géostratégiques à l’intérieur de l’Europe, et en particulier la peur de Aubry que Hollande ne fasse éclater le PS, qui depuis sa fondation, peu après la grève générale 1968, a été l’un des principaux partis de gouvernement en France.

Sur l’attaque de Valls contre Berlin, Aubry a rejoint un certain nombre de commentateurs qui ont dit que sa considération apparente d’un axe franco-russe visant l’Allemagne sur la question des réfugiés, faisant écho à la structure de l’alliance qui s’était développée en Europe avant la Première Guerre mondiale, était une grave erreur. Écrivant dans le Guardian, peu après la Conférence de sécurité de Munich, l’ancienne rédactrice en chef du Monde Natalie Nougayrède a déclaré : « Paris ferait bien de reconstruire des ponts avec Berlin – et rapidement. Merkel a gardé le silence sur cet épisode lamentable, mais ne pensez pas que le dommage n’est pas réel. »

Aubry a fait écho à ces propos, déclarant : « La semaine dernière, ce fut la meurtrissure de l’indécent discours de Munich, à propos des réfugiés. Se revendiquer d’une liberté de ton n’autorise pas tout. Non, Angela Merkel n’est pas naïve, Monsieur le premier ministre. […] La mission de la France n’est pas de dresser des murs, mais de construire des ponts ».

La majeure partie des commentaires d’Aubry cependant ont concerné la crainte que Hollande ne fasse des dommages irréparables à la social-démocratie européenne, et notamment au PS. En se fondant sur un état d’urgence durable, faisant appel aux opinions néo-fascistes, et en imposant une austérité profonde, le PS soulève devant des masses de la classe ouvrière la fraude absolue de son affirmation selon laquelle le PS aurait quelque chose à voir avec le socialisme.

Sans se référer au bilan de la politique de déchéance de nationalité des autorités fascistes françaises de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale contre les Juifs en France occupée, avant qu’ils soient déportés dans des camps de la mort à travers l’Europe, Aubry a critiqué le recours de Hollande à cette politique. Elle a indiqué qu’une section du PS, de ses alliés parlementaires, et même des partis ouvertement de droite ne sentaient pas qu’ils pourraient appuyer l’amendement constitutionnel proposé qui adoptait cette politique.

Elle a écrit : « Mis entre les mains de gouvernements futurs mal intentionnés, il ouvre la voie à toutes les dérives. Aller au Congrès de Versailles dans ces conditions serait une fêlure profonde pour la gauche et d’ailleurs aussi pour certains démocrates. Evitons-la. Substituons à cette déchéance de nationalité une peine de déchéance de citoyenneté ou d’indignité nationale inscrite dans la loi, frappant tous les terroristes quelle que soit leur origine. »

Elle a averti que la réforme du Code du travail avait provoqué « non plus de la déception, mais de la colère », et que la tentative du gouvernement Hollande de la présenter faussement comme une mesure de création d’emplois aurait l’effet inverse : « Les salariés vont subir un chantage permanent et les entreprises seront soumises à des distorsions de concurrence […] à qui fera-t-on croire qu’on favorisera ainsi l’emploi ? Réduire les protections des salariés face au licenciement conduira plus sûrement à davantage de licenciements ! »

Après avoir rédigé ce résumé assez dévastateur du rôle réactionnaire et perfide de son propre parti, Aubry a mis en garde : « Les valeurs, l’ambition sociale, les droits universels de l’homme, l’équilibre des pouvoirs, que restera-t-il des idéaux du socialisme lorsque l’on aura, jour après jour, sapé ses principes et ses fondements ? »

En fait, ce que les commentaires de Aubry montrent c’est que la conception du socialisme qui prédominait depuis des décennies dans les milieux officiels en France et une grande partie de l’Europe, c’est-à-dire des politiques restant dans le cadre du capitalisme menées par des politiciens bourgeois hostiles à la classe ouvrière, est une fraude et un mensonge. Le caractère le plus fondamental des forces politiques qui se sont réunies pour former le PS à la fin des années 1960 est ainsi exposé.

Le PS a réuni des personnalités de l’ancien Parti radical bourgeois lié au régime de Vichy, comme le premier président PS François Mitterrand ; des éléments sociaux-catholiques comme Jacques Delors le père d’Aubry ; des gens de l’ancienne section française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) social-démocrate discrédités par leur guerre en Algérie ; et une poignée de sociaux-démocrates et ex-trotskystes et anciens staliniens du Parti socialiste unifié (PSU).

Au fil des décennies où le PS exerçait le pouvoir en France et menait des politiques d’austérité et de guerre, ces forces ont tout fait pour discréditer la conception marxiste du socialisme, soutenue par le mouvement trotskyste comme le résultat de la lutte révolutionnaire pour l’égalité sociale menée par la classe ouvrière mondiale. Cependant, la plus profonde crise économique du capitalisme depuis la Grande Dépression des années 1930, et le virage du PS de plus en plus déchaîné vers la droite, où il cherche maintenant à raviver des politiques méprisables comme la déchéance de nationalité, ont miné l’ancien équilibre politique sur lequel le PS reposait.

Si Aubry craint que Hollande n’ait « miné » sa fausse conception du socialisme, c’est que les conditions se dessinent pour que les masses de travailleurs se tournent vers une lutte pour le socialisme et contre le capitalisme en opposition au PS et ses alliés politiques en France et à travers l’Europe.

(Article paru en anglais le 29 février 2016)

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