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L’état actuel de l’armée arabe syrienne (Réseau international)

par Réseau international 4 Mars 2016, 19:52 Syrie Armée arabe syrienne Russie Terrorisme USA Turquie Arabie Saoudite

L’armée arabe syrienne qui a dû faire face durant les quatre premières années de guerre à un afflux considérable de mercenaires étrangers, mal entraînés, mais bien armés, alors qu’elle n’avait pas pu entretenir son matériel depuis 2005, est de retour. Grâce à la formation par l’Iran de miliciens et l’apport de matériels modernes russes, elle est désormais capable de regagner le terrain perdu. Depuis deux mois, elle ne cesse de progresser.

Après cinq mois de frappes aériennes des 70 avions russes en Syrie, de nombreux analystes militaires se demandent pourquoi l’armée arabe syrienne a été incapable de ne récupérer qu’une faible partie du territoire occupé par les jihadistes. Ils font une comparaison, totalement inappropriée, avec l’armée US qui a réussi à occuper l’Irak en 42 jours, à l’aide de 1 800 avions de combat et 380 000 soldats.

Quelles sont les causes de la faible capacité de combat de l’armée arabe syrienne ?

Au cours des cinq années de guerre, les frontières avec la Turquie, la Jordanie et Israël ont été les lieux de passage de 100 à 250 000 mercenaires islamistes (recrutés et formés par l’Arabie Saoudite, le Qatar, les États-Unis et la Turquie) qui ont ouvert plusieurs fronts, obligeant les unités de l’armée arabe syrienne à se disperser en petits groupes à travers le pays. Dans un premier temps, l’action des islamistes a consisté à mener des attaques surprises qui visaient les casernes de l’armée arabe syrienne et les sièges de la police. La réaction de l’armée arabe syrienne a été retardée et maladroite, n’utilisant que des troupes de la 104ème brigade de la Garde républicaine et de la 4ème division mécanisée. Le succès de la première phase des attaques dites « rebelles » s’est étendu en cascade, en raison notamment de la parfaite connaissance des vulnérabilités de l’armée arabe syrienne. Leur planification a été prise en charge par les instructeurs militaires des Forces spéciales de la Turquie (les Bordo Bereliler, c’est-à-dire les « Bérets Bordeaux ») et d’Arabie Saoudite.

Au cours des trois premières années de la guerre, l’armée arabe syrienne, qui s’était préparée à une guerre classique contre ses voisins, mais pas à une guerre asymétrique, n’a prouvé d’aucun sens tactique élémentaire, adoptant des dispositifs inadéquats sans espaces entre eux, sans feu de couverture entre les éléments des dispositifs, sans techniques d’identification ami-ennemi, etc. L’armée arabe syrienne ne disposait pas d’avions de reconnaissance sans pilote (drone), ni d’images satellitaires contrairement aux jihadistes qui avaient accès aux informations de l’Otan. En outre, les jihadistes disposaient de matériel de construction importé au préalable, comme des foreuses, pour percer rapidement des tunnels, tandis que l’armée arabe syrienne n’avait aucun moyen pour les détecter. Des opérations ont été menées, surprenant les troupes syriennes, incapables de réagir face aux masses infiltrées par les terroristes, pour l’occupation de nombreuses bases et des entrepôts d’armes et de munitions. Par conséquent, l’armée arabe syrienne ne pouvait même pas assurer les mesures élémentaires de combat (et de prévention), et prévoir à l’avance la meilleure façon d’être en mesure de planifier la guerre.

Une amélioration des procédures tactiques des groupes d’assaut de l’armée arabe syrienne, ainsi que leur exploitation réussie, ayant eu pour résultat des manœuvres très rapides, a été obtenue grâce aux avions sans pilote de reconnaissance Shahed-129 fournis par l’Iran.

La Russie a soutenu dès le début le gouvernement syrien, politiquement et diplomatiquement, avec de sporadiques livraisons d’armes et des cours de formation, mais à l’automne 2015, l’aide russe a été faite « à la carte », augmentant de façon exponentielle. L’armée arabe syrienne a rapidement maitrisé ces nouvelles armes.

La période durant laquelle, l’armée arabe syrienne sacrifiait son territoire et cherchait exclusivement à protéger sa population civile des jihadistes est désormais terminée.

Les armes individuelles et l’équipement de protection

Dans un premier temps, l’armée arabe syrienne n’était équipée qu’avec des casques chinois QGF-02. Des soldats de la Garde républicaine et des Forces spéciales possédaient des gilets pare-balles TAT-BA-7. L’armement individuel se composait de fusils AK-47 automatiques (ou variante chinoise de type 56). L’absence d’appareils de vision nocturne et de jumelles avec des récepteurs d’intensification de la lumière résiduelle a constitué un sérieux handicap.

Bien que la Syrie ait opté en 2005 pour un projet d’équipement individuel moderne (« Soldat du futur »), jusqu’au début de la guerre, il n’avait pas été acheté compte tenu de l’embargo qui fit suite à la suspicion d’avoir organisé l’assassinat de Rafic Hariri. C’était un dispositif d’observation de nuit russe (Baighiş 6) et le fusil d’assaut AK-74M. Avec l’arrivée des instructeurs russes, la plupart des unités de l’armée arabe syrienne ont été équipées de gilets de protection balistique 6B45, de casques en Kevlar 6B7 et de fusils automatiques AK-74M ou AK-104 avec lunette de visée et lance-grenade GP-30. Les Russes ont équipé l’armée arabe syrienne d’équipements modernes de vision nocturne, de lance-grenades thermobariques AGS-17, de lance-grenades 6G30 (calibre 40 mm).

Les réservistes

Au cours des cinq années de guerre, l’armée arabe syrienne a subi de lourdes pertes, plus importantes que lors des guerres contre Israël, beaucoup de matériels militaires ont été détruits ou récupérés par les jihadistes et de nombreuses localités sont tombées sous leur contrôle. Cela s’est caractérisé, dans 75 % du territoire de la Syrie, par l’exécution cruelle de soldats capturés et de civils républicains. Par conséquent, le remplacement de ces pertes importantes par l’armée arabe syrienne (au moins 40 000 soldats soit 10 % des effectifs) s’est fait avec difficulté, plus difficilement que ce qui était prévu dans les plans de mobilisation en temps de paix. Craignant pour leur vie, 130 000 appelés sont insoumis au service militaire, de sorte qu’il ne reste plus que 270 000 hommes sous les drapeaux.

Dans ces circonstances, l’armée arabe syrienne a eu recours à la mise en place de sous-unités composées de volontaires plus âgés, la plupart du temps sur le principe de territorialité. Fondamentalement, dans les zones soumises à des attaques rebelles, il y avait des groupes de défense locale sans coordination avec les unités professionnalisées de l’armée, pauvrement armés, sans formation physique adéquate, sans entrainement au tir, sans commandants ayant été formés dans des écoles militaires avec un minimum de connaissances des principes à appliquer au combat. Ces groupes de défense locaux, animés que par l’enthousiasme patriotique ont subi des pertes significatives.

Avec le redressement de la situation et la transition vers l’armée offensive, l’armée arabe syrienne a introduit ces groupes de défense locale dans un programme intensif d’entraînement tactique, en se concentrant sur la guérilla urbaine avec tir réel, des marches, des notions de génie, de pyrotechnie. Un pont aérien a été organisé entre Damas et Téhéran de sorte que les volontaires syriens puissent être formés par les Bassijis iraniens, comme l’ont été et le sont toujours les combattants du Hezbollah. Pour la première fois, les Iraniens ont formé non seulement des chiites, mais surtout des sunnites et des chrétiens.

Opérations spéciales

Les Forces spéciales syriennes ont été formées et entraînés par l’armée égyptienne dans les années 60, d’après un programme de commandos britanniques destiné aux militaires des unités d’infanterie légère qui ont été brevetées comme parachutistes. L’armée arabe syrienne avait au début de la guerre civile six bataillons indépendants de Forces spéciales et un autre bataillon de parachutistes, en l’occurrence la 104ème Brigade de la Garde républicaine.

En mai 2014, un groupe de commando appelé les « Lions protecteurs » est créé, subordonné à la 4ème Division mécanisée opérant dans le nord de la Syrie. Au début de la guerre, l’équipement des unités des Forces spéciales syriennes était aussi inefficace que celui du reste de l’armée arabe syrienne, et les commandos syriens n’avaient plus d’expérience du combat urbain, anti-insurrectionnel, comme à Beyrouth en 1982. À cette époque, les unités de commandos syriens étaient équipées de lance-grenades anti-char RPG-7, de systèmes de missiles antichars 9K111 Fagot et Milan-1, qui avaient causé d’énormes ravages aux blindés israéliens.

La situation s’est améliorée avec l’arrivée en Syrie de formateurs iraniens de la Force al-Quds (bien équipés et bien formés) et de combattants du Hezbollah libanais ayant une grande expérience de la guerre urbaine. Rappelons que les Forces spéciales iraniennes ont été créées et formées par leur équivalent états-unien et les SBU britanniques au temps du Shah Mohammad Reza Pahlavi.

Les Commandos CQB et FIBUA du Hezbollah libanais armés de missiles antichars modernes (9M113 Konkurs, 9M131 Metis M, 9M133 Kornet) et de lance-grenades antichars (RPG 7V, RPG-29) ont acquis une solide expérience de combat dans des tactiques asymétriques et la guérilla urbaine en 2006, contre les chars Merkava de l’armée israélienne. Ils ont mis au point de nouvelles techniques de combat anti-char extrêmement efficaces.

Tout a été analysé et revu sur la base des principes d’action et de règles claires, avec l’arrivée des instructeurs Spetsnaz russes. Bien que l’Iran ait investi beaucoup d’argent dans les équipements des Forces spéciales, ils n’étaient pas de dernière génération, comme ceux des Russes. Des photos récentes de Forces spéciales syriennes les présentent équipés exactement comme les Russes, en tenue de camouflage ignifugées type MultiCam, casques balistiques FAST Ops-Core, avec système optoélectronique intégré, des appareils de vision nocturne, cagoule, gilet pare-balles et bottes de qualité, fusils avec une lunette britannique Accuracy international AWM (avec silencieux) ou AK-74M équipé d’une lunette avec un télémètre laser Alpha 7115 et un lance-grenades automatique AGS-30, mitrailleuse Pecheneg etc. Les progrès dans la formation et l’équipement des commandos syriens avec des armes modernes ont été notés dans la récente opération, la récupération de la route Khanasser-Ithriyah, la seule voie d’approvisionnement pour les forces pro-gouvernementales dans la province d’Alep.

Les snipers

Les combats dans les zones urbaines sont impensables sans de nombreux tireurs d’élite, formés, équipés d’armements modernes. Au début de la guerre, en l’absence de points d’observation sur les bâtiments et de tireurs d’élite, les auteurs d’attentat suicide pouvaient choisir des cibles et se faire exploser, ou entrer avec des voitures à l’intérieur des points de contrôle de l’armée arabe syrienne. L’armée arabe syrienne avait peu de tireurs d’élite et disposait de vieux modèles et de fusils à lunette : Dragunov et DMR (un Chinois de Norinco, copiés à partir de l’ancien M-14 états-unien).

Plus tard, les Iraniens ont doté l’armée arabe syrienne d’une copie locale de fusil à lunette autrichien Steyr HS.50, les Russes fournissant le fusil à lunette moderne Orsis T-5000 (calibre 7,62 mm) et la mitrailleuse à lunette KSVK (calibre 12,7 mm). À l’initiative des Iraniens et des Russes, une école de tireurs d’élite a été créée pour l’armée arabe syrienne, avec des instructeurs libanais (Hezbollah), iraniens et russes. Les snipers russes sont les meilleurs au monde, grâce à leurs armes, leur camouflage, et leurs centres de formation. Les mots-clés pour les tireurs d’élite syriens devront être « se rendre invisibles et voir sans être vus par les autres. »

Les blindés

Au cours de la Première Guerre mondiale, quand il a été inventé, le but du char était de forcer et d’enfoncer les barrages et les lignes de défense ennemies, grâce à un blindage de protection, une puissance de feu et une grande mobilité. De nos jours, les unités antichars équipées de systèmes de missiles sont beaucoup moins chères que les unités de chars, dont l’action devient difficile dans un environnement saturé avec des moyens antichars. Les blindés qui ont été envoyés pour rétablir l’ordre sans une recherche approfondie dans le périmètre d’action et sans le soutien de l’infanterie, ont été contraints d’opérer dans les centres des villages ; ils ont été pris par surprise dans des embuscades, sous le feu de lance-grenades portables et de missiles anti-chars. Des dizaines de milliers de systèmes de missiles antichars états-uniens BGM-71 Tow, de Milan-2 franco-allemands et de lance-roquettes croates M 79 Osa, ont été introduits en secret en Syrie par les services de renseignement de la Turquie, de l’Arabie Saoudite, de la France et des États-Unis.

Les blindé syriens ne disposent pas de plaques de protection de type ERA montées à l’avant et sur la tourelle, ni de systèmes permettant d’aveugler les capteurs de guidage des missiles antichars, ni de systèmes de protection de type actif, avec des capteurs d’interception des missiles antichars pour les faire exploser avant qu’ils n’atteignent le blindage. En raison de ces lacunes, les blindés syriens ont souvent été perforés avec un seul tir direct. Après avoir été détruits ou endommagés, des centaines de blindés de l’armée arabe syrienne ont dû s’adapter, soudant des plaques de protection, et, par la suite, montant des plaques de type ERA pour neutraliser les coups cumulatifs.

Avec l’arrivée des instructeurs militaires russes en Syrie, ils ont également constaté que l’une des principales erreurs commises par l’armée arabe syrienne est d’abandonner le blindé endommagé. Les Russes ont constaté que la majorité d’entre eux ont été réparés par des spécialistes militaires turcs encadrant les jihadistes, ou utilisés dans des fortifications, des batteries d’artillerie fixes. Par conséquent, l’armée arabe syrienne a multiplié les sous-unités de remorquage et d’évacuation de blindés endommagés, et d’ateliers de réparation.

Au début de 2016, les Russes ont livré à l’armée arabe syrienne environ 20 chars T-72B3 et T-90 MS qui ont une protection réactive efficace contre les missiles antichars états-uniens BGM-71 Tow. Le char T-90 MS a été utilisé dans la composition des détachements avancés pour percer les défenses des dispositifs des jihadistes, selon ce que l’on a noté en février 2016, lors de l’offensive sur le village de Kuweira près d’Alep. Cependant, si les chars T-90 MS ont été intégrés à l’armée arabe syrienne, ils ont été payés par l’Iran et sont pilotés par des équipages iraniens.

L’artillerie

Outre les blindés capturés à l’armée arabe syrienne, les islamistes ont reçu un grand nombre de camionnettes avec des plates-formes pour des mitrailleuses, des lance-roquettes, des canons et des armes de petit calibre, ce qui leur donne une grande mobilité et le bénéfice de l’effet de surprise. Pour neutraliser ces cibles disposées dans une zone limitée, il aurait fallu des munitions intelligentes dont l’armée arabe syrienne n’était pas dotée. Les Russes lui ont fourni des systèmes de reconnaissance de l’artillerie expéditionnaire « PRP-4A Argus » qui permet de déterminer les coordonnées de l’artillerie et des blindés ennemis, ainsi que des groupes isolés de tireurs qui ont ouvert le feu. La mesure de la distance est automatiquement effectuée par deux télémètres laser. En plus de cet équipement, l’armée arabe syrienne s’est vue dotée de lanceurs de projectiles thermobariques (calibre 220 mm) TOS-1 « Buratino. » Avec une cadence de lancement de 24 projectiles en 7-15 secondes. La surface couverte par une salve de projectiles de TOS 1 est de 200 x 400 m.

Avec l’arrivée des instructeurs russes en Syrie, s’est posé le problème de la livraison à l’armée arabe syrienne de missiles Krasnopol KM-2 guidés par faisceau laser. Le système nécessite un opérateur du système d’éclairage de la cible LTD (laser target degsinator), sur un véhicule blindé, marquant l’objectif visé. Une fois dans la zone de 2 km de long et 1,6 km de large aux alentours de la cible, le système de guidage du missile Krasnopol est dirigé par faisceau laser vers le marquage de la cible.

L’aviation

Jusqu’à l’arrivée du contingent russe, l’aviation syrienne n’était pas équipée d’armes à guidage de haute précision, pouvant assurer un soutien des troupes terrestres. Elle utilisait principalement des roquettes de calibre 57 mm et des bombes FAB-50, FAB-100, lancées en plongée de 1 500 à 3 000 m. De cette hauteur, les avions syriens étaient vulnérables aux tirs des pièces d’artillerie des islamistes, de calibre 23 et 30 mm, et aux missiles sol-air portables (MANPADs), ce qui explique les nombreuses pertes subies par l’aviation syrienne. Entre temps, 21 avions bombardiers Su-24MK de l’armée arabe syrienne ont été mis à niveau dans l’usine d’aéronautique russe N° 514 ARZ à Rzhev, et mis au standard des Su-24M2, dotés de systèmes intégrant de navigation et de guidage d’armes de précision (PNS-M), comme dans l’aviation russe de la base aérienne de Hmeymim. En 2015, la Russie avait fourni à l’aviation syrienne des moteurs et de l’avionique de pointe pour amener 64 avions MiG-23BN/MLD au standard des MiG-23-98.

Les MiG-23 possèdent des équipements OLS-M, de la classe LANTIRN, pour la navigation de nuit, la détection infrarouge de cibles terrestres et le guidage de plusieurs armes intelligentes, dont celles qui sont utilisées par les bombardiers russes déployés en Syrie. Maintenant, les avions Su-24 et MiG-23 syriens peuvent exécuter des bombardements de précision, jour et nuit, à des altitudes hors de portée des missiles sol-air portable. Ils ont pu notamment détruire avec des bombes pénétrantes les QG souterrains que les jihadistes avaient construits un peu partout. Et pour atteindre les troupes en surface, ils n’ont plus besoin, depuis plus d’un an, d’utiliser des barils d’explosifs lancés depuis des hélicoptères, qui de toute manière seraient détruits par des MANPADs.

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