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Le sénateur Johnson confirme : Blaise Compaoré a assassiné Thomas Sankara (Thomas Sankara Website)

par Rémi Riviere 25 Mars 2016, 04:36 Thomas Sankara Assassinat Blaise Compaoré Prince Johnson Accusation Burkina Faso Liberia

 

Blaise Compaoré a planifié l’assassinat de Thomas Sankara pour prendre le pouvoir au Burkina Faso. C’est ce qu’affirme Prince Johnson, actuel sénateur au Libéria et ancien mercenaire qui, aux côtés de Charles Taylor, a participé à ce coup d’État. Prince Yormie Johnson, seigneur de guerre en costume, connu pour avoir torturé à mort le président du Libéria Samuel Doe, est digne de foi pour trois raisons.

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Prince Johnson aujourd’hui devenu senateur

La première est que son témoignage, prononcé devant la « Commission vérité et réconciliation » du Libéria le 26 août dernier, n’était absolument pas central, plutôt anecdotique dans le flot de révélations sur les 10 ans de guerre civile du Libéria et l’épopée sanglante de Charles Taylor. Il ne représentait pour lui aucun enjeu. La seconde est qu’il confirme ses dires, au micro de RFI ce 25 octobre, et dans l’autobiographie qu’il a publié en 2003, où il relate ce qu’il a vu et entendu comme témoin de premier plan. La troisième raison qui donne pleine crédibilité à ses accusations, est surtout qu’elles corroborent toutes les enquêtes et les témoignages recueillis sur cette affaire jusqu’à ce jour. (http://www.rfi.fr/actufr/articles/106/article_74046.asp.)

Plus la peine donc, de tourner autour du pot, quand les précautions journalistiques commandaient, durant plus de vingt ans, de formuler tout bas ce qui se disait tout haut dans les rues de Ouagadougou : "Blaise Compaoré est devenu président à la faveur de l’assassinat de Thomas Sankara". Cette manière de dire sans dire, de pointer quelque légitimes interrogations, de demander pourquoi Blaise n’a jamais rendu visite aux parents Sankara, qui étaient aussi les siens, de mettre en doute la version officielle, le fait que des soldats puissent prendre seuls la décision d’assassiner un président, que le certificat de décès de Thomas Sankara établisse une "mort naturelle", tout cela n’a donc plus cour. Et la presse du Burkina, timorée au lendemain du témoignage du Sénateur Johnson face à la Commission vérité et réconciliation, n’a plus à se censurer. Pour la première fois, un témoin de premier plan raconte les faits.

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Prince Johnson Chef de guerre

A RFI et à l’AFP, Prince Johnson a affirmé avoir participé avec d’autres mercenaires à l’assassinat de Thomas Sankara, en 1987, après que Blaise Compaoré leur eut demandé de l’"évincer du pouvoir". "Le numéro deux, Blaise Compaoré, a demandé de l’aider à obtenir l’éviction du pouvoir de Thomas Sankara. Il a dit que c’était la seule façon pour nous de pouvoir vivre au Burkina sans aucune menace. Et Sankara a été tué. Nous l’avons fait parce que c’était le seul moyen pour nous de rester au Burkina et de préparer notre attaque contre Doe", a-t-il déclaré.

Devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, en 2004, le général John Tarnue, ancien commandant général des forces armées du Libéria, avait déjà raconté cet épisode, en évoquant une rencontre vers le mois d’aout 1987 entre Blaise Compaoré, Charles Taylor, Prince Yormie Johnson, Samuel Varney, Duopo et « d’autres membres entraînés des forces rapprochées du Liberia ». « Et alors ils se sont entendus, se sont regroupés et ont suivi Blaise Compaoré. La même année 1987, ils ont assassiné Thomas Sankara » a relaté John Tarnue. (http://thomassankara.net/spip.php?article168.)

Dans son autobiographie publiée en 2003, Prince Johnson explique que, quand Sankara a eut connaissance du projet de coup d’état, il a refusé que son pays soit utilisé pour déstabiliser le Liberia. Ainsi Taylor a conspiré avec Compaoré pour assassiner le Président, a écrit Johnson.

Ce dernier a même tendance à s’attribuer davantage d’importance dans ce coup d’État en sous entendant qu’il aurait directement participé à cet assassinat. On sait pourtant que les soldats chargés de liquider le président étaient Burkinabés, et leurs noms ont été publiés.

De là peut-être, la raison pour que le porte-parole du gouvernement burkinabè, Philippe Sawadogo, dénonce lundi 27 octobre sur Radio France internationale, "des affirmations basées sur des éléments un peu dignes de fiction", voire des "affabulations". (http://www.rfi.fr/actufr/articles/106/article_74046.asp.)

Encore que selon l’historien Stephen Ellis, Prince Johnson n’était pas si loin d’assassiner Thomas Sankara. Citant des sources proches de Prince Johnson, l’historien explique que le 15 octobre 1987, les “Libériens auraient sécurisé le périmètre autour du Conseil de l’Entente pendant que les Burkinabé étaient à l’intérieur. Compaoré contrôlait bien ses commandos mais n’était pas sur des réactions des autres unités militaires.”

Car pour le reste, les accusations de Prince Johnson sont très peu “dignes de fiction”. Ainsi, le très sérieux chercheur Stephen Ellis, écrivait en 1999 dans The Mask of Anarchy (New York University Press, 1999, p. 68) : "Prince Johnson et Samuel Varney (...) étaient parmi les déserteurs de l’armée libérienne présents au Burkina Faso. Ces libériens ont alors été approchés par Blaise Campaoré qui a sollicité leur aide pour un coup d’état contre le président du Burkina, Thomas Sankara. Selon un ancien assistant de Compaoré, Houphouet Boigny était au courant des ambitions de Compaoré. Le 15 octobre 1987 des soldats burkinabés sous le commandement de Compaoré, avec l’aide d’un groupe d’exilés libériens incluant Prince Johnson, tuèrent Thomas Sankara."

En 1992, le journaliste nigérian M. Nkem Agetua affirmait déjà, dans son ouvrage publié à Lagos "Operation Liberty, the Story of Major General Joshua Nimyel Dogonyaro", que Charles Taylor était associé à la mort de Sankara.

Prince Johnson n’a rien fait d’autre que de confirmer que son groupe de mercenaires libériens, commandés alors par Charles Taylor, était venu au Burkina préparer le renversement du président libérien Samuel Doe et qu’ils avaient du pour cela, s’acquitter d’une première tache. Dans le même entretien à RFI, il a affirmé que l’ancien président ivoirien Houphouet Boigny, disparu en 1993, était favorable au renversement de Sankara et avait permis aux mercenaires libériens de "passer par son pays pour aller au Burkina".

Là encore, François Xavier Veschave fut l’un des premiers à expliquer la connivence entre Kadhafi, Charles Taylor et Houphouet Boigny (lequel veut se venger de Samuel Doe). Un réseau d’intérêts entre chefs d’États pour lequel, selon Verschave, « l’élimination du président Thomas Sankara est sans doute le sacrifice fondateur ».

Philippe Sawadogo peut donc bien considérer ces accusations comme "une intention d’atteinte à notre image". Pour "l’atteinte à l’image", le porte parole du gouvernement du Burkina Faso a parfaitement raison. Quand à "l’intention", encore faut-il déterminer quelle puissance peut parvenir à réunir des témoignages aussi semblables de milieux si divers. A part bien sûr, la réalité historique.

Faute d’éclaircissements de la part du principal accusé, qui a toujours nié être impliqué dans cet assassinat, il faut bien se contenter de ces débuts de vérité qui affleurent au fil du temps. A moins que Blaise Compaoré ne se decide, comme au Libéria, de faire oeuvre de vérité comme l’y exhorte l’Union pour la renaissance / Mouvement sankariste (UNIR/MS). (http://thomassankara.net/spip.php?article640)

Rémi RIVIERE

remiriviere.pb at gmail.com


Complément sur l’action des libériens lors de l’assassinat de Sankara Interview de Steven Ellis (3 mai 2001)

J’avais entendu Steven Ellis, cité dans l’article ci-dessus, sur RFI environ un mois plus tôt. Il avait publiquement mis en cause les Libériens dans l’assassinat de Thomas Sankara. J’ai obtenu ses coordonnées par Chantale Loro qui avait effectué l’interview. Je l’ai donc appelé pour savoir s’il pouvait me donner des précisions. Steven Ellis a publié à Londres et à New York « The Mask Of Anarchy ». Cette interview que nous venons de retrouver dans nos archives est publiée pour la première fois. RFI serait bien inspiré de ressortir des archives l’interview de Chantale Loro. Les éléments ci-dessous sont une restranscritpion de la conversation que nous avions eue au téléphone. Bruno Jaffré.

"La première source vient des services de renseignements du gouvernement nigérian. Cet épisode serait à verser dans la construction de relations entre Taylor et Compaoré qui auraient débuté en 1986 - 1987.

Un journaliste nigérian M. Nkem Agetua a publié à Lagos en 1992 le livre " Operation Liberty, the Story of Major General Joshua Nimyel Dogonyaro ". Ce général était le commandant de l’ECOMOG en 1990. C’est dans ce livre que M. Nkem Agetua prétend que Charles Taylor a été associé à la mort de Sankara.

La deuxième source provient de Prince Johnson (à travers certains intermédiaires de confiance) qui ont affirmé que lui et quelques exilés libériens ont participé au 15 octobre. Les Libériens auraient sécurisé le périmètre autour du Conseil de l’Entente pendant que les Burkinabé étaient à l’intérieur. Compaoré contrôlait bien ses commandos mais n’était pas sur des réactions des autres unités militaires. Prince Johnson était un des principaux dirigeants d’un milice au Libéria. Il était à l’origine Officier de Carrière. Il s’est opposé à Samuel Doe en 1983. Puis est parti en exil où il était avec quelques autres.

Il faut citer aussi Samuel Varney qui fait partie du même groupe que Johnson qui est passé au Burkina et en Libye et qui était aussi au Burkina en 1987.

Il est effectivement possible que ce soit des Libériens qui aient assassiné Vincent Sigué. (Réponse à une question). Ellis n’a pourtant jamais entendu ceci d’une autre source.

Charles Taylor était aussi en contacte avec Michel Dupuch, ancien conseiller de Chirac à l’Elysée, à l’époque ambassadeur en Côte d’Ivoire. Un homme d’affaire français, Robert de Saint-Pai, servait d’intermédiaire. Saint-Pai est maintenant décédé.

Il faut aussi évoquer les rapports Compaoré - Houphouët qui ont tous deux soutenu Charles Taylor en 1990. A cette époque tout le monde pensait que l’attaque contre Samuel Doe s’agissait d’un coup d’Etat ordinaire. Des hommes d’affaire proches de Jean Christophe Mitterrand projetaient alors de faire des affaires au Libéria.

Samuel Doe a assassiné le président Tolbert. Son fils était marié avec Désirée Delafosse, une filleule d’Houphouët Boigny, descendante de l’administrateur Maurice Delafosse. Le fils Tolbert (Adolphus Tolbert) avait réussi à se réfugier à l’ambassade de France et Houphouët avait cru pouvoir négocier avec Samuel que si le fils Tolbert sortait il aurait la vie sauve. Mais il fut assassiné. Houphouët en voulait donc doublement à Samuel Doe. Tout le monde au Libéria confond la fille Delafosse avec Chantale Compaoré mais il ne s’agit pas de la même personne. Mais Désirée Delafosse est aussi allée au Burkina faire alliance avec Compaoré et a fait partie de sa suite".

Propos recueillis par Bruno Jaffré le 3 mai 2001 par téléphone.

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