Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les États-Unis et la Corée du Sud répètent des scénarios de frappes préventives contre la Corée du Nord (WSWS)

par Peter Symonds 10 Mars 2016, 13:36 Coree du Nord USA Coree du Sud Tensions

D’importants exercices militaires interarmées américano-sud-coréens ont débuté lundi dans des conditions de haute tension sur la péninsule coréenne après un quatrième essai nucléaire de la Corée du Nord en janvier suivi d’un lancement de fusée le mois dernier. Sous la pression de Washington, le Conseil de sécurité des Nations Unies a imposé la semaine dernière les sanctions les plus fortes à ce jour contre Pyongyang. Ces sanctions limiteront les exportations minières du pays et aggraveront la crise économique qui ravage le régime instable.

Les exercices militaires annuels Key Resolve et Foal Eagle ont toujours été extrêmement provocateurs, impliquant la mobilisation de ressources considérables des forces militaires américaines basées dans le pays aux côtés des troupes sud-coréennes, dans ce qui n'est rien de moins qu’une répétition générale pour mener une guerre contre la Corée du Nord. Les manœuvres en cours n’auront jamais été aussi imposantes, avec la mobilisation de 300.000 soldats sud-coréens et de 17.000 militaires américains, appuyés par des blindés et de l'artillerie modernes, ainsi que des forces aériennes et maritimes.

Un fait important à signaler est que les exercices de cette année sont basés sur un nouveau plan opérationnel interarmées – l’OPLAN 5015 – dans lequel l’idée d’une guerre défensive contre la Corée du Nord a été remplacée par celle d’une guerre offensive. Selon les détails divulgués dans les médias, le plan comprend des frappes préventives contre les sites de missiles et nucléaires de la Corée du Nord, ainsi que des raids des forces spéciales de «décapitation» pour assassiner les personnages importants nord-coréens, dont le dirigeant Kim Jong-un, comme prélude à l’occupation de l'ensemble de la péninsule coréenne.

L’agence de presse sud-coréenne Yonhap Post a rapporté que les forces interarmées pratiqueront également un nouveau plan opérationnel de détection, perturbation, destruction et défense contre l'arsenal de missiles et nucléaire de la Corée du Nord.

Conclu en novembre dernier, OPLAN 5015 est accompagné du Plan conceptuel (CONPLAN) 5029 qui se concentre sur les crises soudaines, comme un effondrement politique du régime de Pyongyang ou une révolte interne en Corée du Nord. Les forces armées américaines et sud-coréennes ont déjà formé une division mixte spécifiquement chargée de la destruction des armes de destruction massive nord-coréennes. En cas de guerre, les États-Unis, qui maintiennent 28.500 soldats en Corée du Sud et sont en train de renforcer leurs bases, assumeront le commandement opérationnel intégral des forces militaires de la Corée du Sud.

Conformément aux mesures agressives décrites dans l’OPLAN 5015, le Pentagone a déployé des capacités nucléaires pour prendre part aux manœuvres militaires de cette année, notamment un sous-marin d'attaque nucléaire et un bombardier stratégique B-2, semble-t-il. Le porte-avions John C. Stennis, revenant tout juste d’une opération de provocation menée la semaine dernière en mer de Chine méridionale contre la Chine, doit également participer avec son groupe aéronaval expéditionnaire constitué des navires de guerre qui l’accompagne.

Le commandement des forces américaines en Corée a transmis un message officiel à Pyongyang pour l'informer des dates des exercices annuels, insistant bêtement sur «la nature non provocante de l’entraînement». L'Armée nord-coréenne a répondu par une déclaration belliqueuse déclarant qu'elle avait son propre plan opérationnel pour libérer la Corée du Sud et frapper le territoire des États-Unis. Elle a affirmé avoir déployé les «moyens offensifs» pour réduire «toutes les bases de provocations... en flammes et en cendres en un instant».

La semaine dernière, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a ordonné à l'armée du pays d’être prête à utiliser ses armes nucléaires à tout moment et a déclaré qu'il était temps «de changer notre mode de contre-attaque militaire envers nos ennemis en une attaque préventive». Cette posture belliqueuse et les efforts visant à amasser un arsenal nucléaire primitif sont profondément réactionnaires. Par ses tentatives de consolider un soutien populaire en attisant le nationalisme et le militarisme, le régime, qui est divisé entre factions, isole les travailleurs nord-coréens des travailleurs sud-coréens, d’Asie et du reste du monde, faisant directement le jeu de l'impérialisme américain.

À maintes reprises au cours du dernier quart de siècle, Washington a délibérément exacerbé les tensions dans la péninsule coréenne afin de mettre de la pression, non pas tant sur la Corée du Nord que sur la Chine. Alors que l'administration Obama prétend du bout des lèvres favoriser la tenue de négociations à propos du programme nucléaire de Pyongyang, elle exclut dans les faits toute reprise des pourparlers à six menés par la Chine, tant que la Corée du Nord n’aura pas fait de concessions majeures à l'avance.

Les États-Unis exploitent les tensions actuelles pour justifier leur renforcement militaire en Asie du Nord-Est, notamment avec les négociations en cours à propos du déploiement d’un système de défense terminale de secteur à haute altitude (THAAD) dans le cadre d’un bouclier antimissile en Corée du Sud, un élément clé dans les plans du Pentagone pour mener une guerre nucléaire contre la Chine, mais également la Russie. Moscou a condamné les exercices militaires interarmées «sans précédent» en Corée du Sud en les qualifiant de pressions sur la Corée du Nord, tout comme les déclarations menaçantes de Pyongyang.

Les actions de l'administration Obama dans la péninsule coréenne ne sont qu'un volet de son «pivot vers l'Asie» – une offensive diplomatique économique et stratégique tous azimuts dans la région Indopacifique visant à subordonner la Chine et à assurer l'hégémonie des États-Unis. La restructuration des forces américaines en Corée du Sud fait partie d'une croissance militaire beaucoup plus vaste qui prévoit que 60 pour cent des forces aériennes et navales du pays seront stationnées en Asie d'ici 2020, ainsi que le renforcement des alliances, des partenariats stratégiques et des accords d’hébergement de bases militaires pour encercler la Chine.

La décision de Washington d’exciter les tensions dans la péninsule coréenne est tout à fait irresponsable. Un accident mineur ou la moindre erreur de calcul le long de la zone démilitarisée (DMZ) par une ou l’autre des deux parties a le potentiel d’enflammer ce qui a toujours été une zone de conflit dangereuse et de dégénérer en guerre. La rhétorique inflammatoire n’émane pas que de Pyongyang; elle vient également du gouvernement de droite de Séoul dirigé par la présidente Park Geun-hye, fille du dictateur Park Chung-hee qui était soutenu par les États-Unis. L’armée sud-coréenne a déclaré lundi: «Nous réagirons résolument et sans pitié si le Nord ne tient pas compte de notre avertissement et tente une provocation.»

Le porte-parole du département d'État américain John Kirby a répondu à la déclaration nord-coréenne en déclarant: «Nous prenons certainement ce genre de menaces au sérieux... et appelons à nouveau Pyongyang à mettre fin à sa rhétorique provocatrice, et à cesser ses menaces.» Or les analystes doutent fortement que la Corée du Nord soit capable de miniaturiser ses armes nucléaires primitives et de les monter sur un missile. Que Washington dise prendre au sérieux des menaces vides soulève sérieusement la question de ce que les États-Unis prévoient. Sont-ils en train de préparer leur propre provocation militaire, conformément à leur nouveau plan opérationnel agressif OPLAN 5015?

Le Pentagone est bien conscient qu’une guerre sur la péninsule coréenne pourrait rapidement entrainer d'autres puissances, dont la Chine et la Russie. Un rapport de la Brookings Institution publié en janvier sur le rôle changeant de l'alliance militaire américano-sud-coréenne lançait comme mise en garde que les stratégies du passé basées sur une guerre limitée à la péninsule coréenne pourraient se révéler «inadéquates ou obsolètes». Le rapport reprenait les propos du président du chef d’état-major interarmées des États-Unis, le général Joseph Dunford, qui disait en décembre que tout conflit avec la Corée du Nord serait inévitablement «transrégional, multidomaines et multifonctionnel».

En jargon militaire, les propos de Dunford signifient que le Pentagone se prépare à une guerre «transrégionale», c'est-à-dire une guerre mondiale, dans tous les domaines – terre, mer, air, espace et cyberespace – en utilisant tous les moyens disponibles, y compris les armes nucléaires.

(Article paru d'abord en anglais le 8 mars 2016)

Haut de page