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Les médias occidentaux blanchissent la violence israélienne (Palestine Square)

par Ben White 7 Mars 2016, 15:01 Israël Médias Blanchiement Colonialisme Sionisme

Les médias occidentaux blanchissent la violence israélienne (Palestine Square)
Les médias occidentaux blanchissent la violence israélienne 
Par Ben White
Cet article a été publié par “Palestine Square – the blog of the Institue for Palestine Studies”, sous le titre “Western Media Whitewashes Israeli Violence”.
Traduction : Luc Delval
Pour la Palestine.be

Le mercredi 10 février, l’armée d’occupation israélienne a tiré sur Omar al-Jawabreh, un jeune homme de 16 ans vivant dans le camp de réfugiés de al-Arrub, et l’a tué. L’armée a affirmé que ses soldats ont ouvert le feu “en visant les jambes des suspects” sur des Palestiniens qui jetaient des pierres sur les véhicules des colons, à proximité du camp. L’incident, a affirmé le porte-parole militaire, s’est produit “pendant des activités de sécurité de routine” de l’armée.

Les médecins de l’hôpitam al-Mizan de Hébron, ont pourtant affirmé que le jeune homme a été tué “pendant des heurts dans le camp”. C’est aussi la version de la population locale, qui a raconté que Omar al-Jawabreh a trouvé la mort pendant une confrontation “entre des résidents du camp et les forces israéliennes” qui faisaient un raid dans le camp de al-Arrub. Des témoins ont affirmé que les soldats ont affronté “des douzaines de jeunes du camp, après que l’armée ait envahi al-Arrub”. D’autres ont ajouté, en parlant à des journalistes palestiniens, que “les soldats israéliens n’étaient pas exposés à un danger imminent au moment où ils ont tué Omar al-Jawabreh”. La famille du jeune homme a décrit ce qui s’est passé comme “un meurtre de sang froid”.

Depuis le mois d’octobre 2015, les médias occidentaux ont rendu compte des événements en Palestine d’une manière profondément distordue, se contentant très souvent de répéter sans aucun esprit critique les affirmations des autorités israéliennes, et – quoique ce soit souvent involontairement – en minimisant, voire en passant totalement sous silence, la violence coloniale systématique et l’occupation militaire.

La manière dont l’agence Reuters a rapporté la mort de al-Jawabreh, par exemple, en constitue une parfaite illustration. Pour commencer, l’article de Reuters, et son titre, reposent entièrement sur la version de l’événement donnée par l’armée israélienne, et si l’agence disposait d’autres sources confirmant cette version elle n’a pas pris la peine d’en faire état.

Les troupes israéliennes ont ouvert le feu et tué un jeune Palestinien, dont l’armée a déclaré qu’il avait lancé des pierres sur des véhicules israéliens circulant sur une route en Cisjordanie occupée, ce mercredi. Une porte-parole militaire a dit que des troupes qui patrouillaient près de la ville de Hébron, en Cisjordanie, ont constaté que des jeunes Palestiniens lançaient des pierres sur des véhicules, sur une grand-route et ont abattu l’un d’entre eux.

Deuxièmement, voici comment l’agence a rendu compte du contexte.

Depuis le début d’une recrudescence de la violence, en octobre, 27 Israéliens et un citoyen des États-Unis ont été tués lors d’une des attaques pratiquement quotidiennes par des Palestiniens, qu’il s’agisse d’attaques au couteau, de coups de feu ou d’usage d’une voiture bélier. Les forces israéliennes ont tué 157 Palestiniens au moins durant la même période, dont 101 étaient des assaillants selon les autorités israéliennes. D’autres Palestiniens sont morts au cours de violentes manifestations anti-israéliennes. Le bain de sang a été en partie alimenté par la frustration des Palestiniens face à l’enlisement persistant des pourparlers de paix et par la colère devant ce qu’ils perçoivent comme un empiètement juif croissant sur un sanctuaire contesté de Jérusalem.

Ce résumé ne contient rien à propos du fait que 99% des “attaques” enregistrées par l’agence de sécurité israélienne, le Shin Bet, entre octobre et janvier ont eu lieu à l’intérieur des territoires palestiniens occupés, en ce compris 87% de toutes les attaques au couteau, réelles ou prétendues. Mais qui plus est, les affirmations israéliennes à propos des assaillants palestiniens sont répétées sans la moindre distance, en dépit des preuves – et des précédents – que les versions des événements présentées par les autorités israéliennes ne sont pas dignes de foi.

Prenons par exemple cas de Fadi Alloun, un Palestinien de al-Issawiya, abattu par un officier de police israélien près de la Porte de Damas [à Jérusalem]. Les médias israéliens ont rapporté qu’il avait été abattu alors qu’il “essayait de fuir les forces de sécurité qui avaient commencé à le poursuivre. Après avoir refusé de lâcher son couteau, les forces [de sécurité] ont tiré et l’ont tué”. C’était un mensonge. Alloun n’essayait pas du tout de fuir, et il ne tenait aucun couteau au moment où il a été tué, ainsi que le montre une vidéo [1]. Dans les instants qui ont précédé sa mort, les policiers ont été incités par “de jeunes Juifs Israéliens” à le tuer. Et selon ses proches, “Alloun n’a jamais poignardé qui que ce soit”.

Ensuite, il y a l’exécution de Fadel al-Qawasmeh, 18 ans, habitant Hébron, qui a été abattu par un colon israélien en se rendant à son travail. Selon la description donnée par Amnesty International, “les militaires israéliens ont affirmé qu’il avait un couteau et avait l’intention de poignarder le civil israélien, mais ils n’ont produit aucune preuve à l’appui de ces affirmations, en dépit du fait que… l’endroit où l’incident a eu lieu est étroitement surveillé par des caméras appartenant aux forces israéliennes”. al-Qawasmeh a franchi un checkpoint israélien très peu de temps avant d’être abattu, “ce qui rend très improbable …qu’il ait été en mesure de cacher un couteau sur lui à ce moment”.

En novembre et décembre, des militants des droits humains ont identifié “un grand nombre d’incidents” survenus durant les mois précédents, au cours desquels “les soldats, la police et des gardes privés armés [sont] devenus juges, jurés et bourreaux” de prétendus auteurs d’attentats palestiniens. Dans certains cas, “l’usage qui a été fait d’armes à feu semble excessif”, et d’autres cas ont constitué “des exécutions sommaires”. Comme l’ont noté des agents de terrain des Nations-Unies dans un rapport en janvier, “les circonstances de plusieurs incidents [de prétendues attaques par des Palestiniens] demeurent contestées”.

Le 9 décembre, les forcés israéliennes opérant à un checkpoint volant près de Ramallah ont arrêté une voiture à bord de laquelle trois jeunes Palestiniens, des frères âgés de 14,15 et 18 ans, se rendaient à l’école. Après inspection, les soldats ont permis au conducteur de continuer sa route et aussitôt après ont tiré dans la vitre arrière de la voiture. Un des enfants aurait pu être tué. L’armée a par la suite affirmé qu’un des garçons “avait lancé un tournevis sur les soldats”, affirmation qui n’est confirmée par aucun élément de preuve, relève Amnesty.

Cependant, selon Reuters, chacun des Palestiniens qui n’ont pas été tués dans le contexte d’une attaque – ou d’une prétendue attaque – est “mort durant de violentes protestations anti-israéliennes”.

Des Israéliens “sont tués”, alors que des Palestiniens, eux, “meurent” : même le vocabulaire suggère que la faute en incombe aux “violents” protestataires.

Mais pour quelles raisons les manifestants palestiniens sont-ils décrits comme “violents” – est-ce parce que les jeunes jettent des pierres ou des “cocktails Molotov” ? Reuters ne décrit certainement pas de manière habituelle les raids des soldats israéliens contre des villages palestiniens comme “violents”, et cela en dépit du fait que des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes, des balles enrobées de caoutchouc et des balles réelles sont fréquem­ment utilisées. Et pourquoi les manifestants sont-ils dits “anti-israéliens” plutôt que “anti-occupation” ou “pro-liberté” ?

Les médias ont échoué à rendre compte de l’ampleur de la violence infligée par les forces israéliennes lors de la répression des protestations par des civils non armés protestant contre un demi-siècle d’occupation militaire. Dès les deux premières semaines d’octobre, le nombre de morts palestinien a atteint 31, “dont au moins 17 abattus lors de manifestations”. En deux mois, (octobre et novembre), 4.192 Palestiniens ont été atteints par des tirs des forces israéliennes, soit avec des balles réelles soit avec des balles enrobées de caoutchouc.

En janvier, les forces israéliennes ont tué plus de 50 Palestiniens et en ont blessé 14.000 de plus, uniquement dans le contexte de manifestations et durant des raids [menés par les forces israéliennes].

Examinons quelques cas. Entre le 9 octobre et le 14 novembre, les forces israéliennes stationnées dans le périmètre de la Bande de Gaza ont tué 14 manifestants palestiniens, dont 13 ont été atteints par des tirs à balles réelles. L’un d’entre eux était un enfant de 10 ans, “frappé dans le dos par une balle réelle”. Au cours de cette période de 5 semaines, 357 manifestants supplémentaires ont été atteints par des tirs et blessés.

L’un des morts, pendant une manifestation qui eut lieu le 9 octobre, était Shadi, un électricien sur le point de se marier. Selon le témoignage de son frère, des soldats israéliens étaient occupés à tirer à balles réelles sur la foule des manifestants, “en s’abritant derrière un tas de sable” à une distance d’environ 60 mètres. Shadi a été atteint à l’abdomen et “il est mort avant même d’atteindre la salle d’opérations” de l’hôpital.

Les médias semblent aussi avoir déjà tout oublié à propos du bombardement par la force aérienne israélienne de la maison de la famille Hassan, à Gaza le 11 octobre. Cette attaque aérienne a eu lieu à 2 heures du matin, et a coûté la vie à une mètre enceinte, nommée Nur, et à un enfant de trois ans, Rahaf. La maison a été complètement détruite. Un porte-parole de l’armée a affirmé que cette attaque visait “des sites de production d’armes”, une affirmation que l’ONG israélienne de défense des droits humains B’Tselem a déclarée “inexacte” [2].

En Cisjordanie, pendant ce temps, les forces israéliennes ont tué un écolier palestinien de 13 ans, Abdel-Rahman Shadi Obeidallah. Il se trouvait avec un ami dans le camp de réfugiés de Aida, dans le nord de Bethléem, lorsque des soldats ont ouvert le feu. Le 11 novembre, des soldats israéliens ont tué un autre enfant, âgé de 16 ans, Ibrahim Dawoud, atteint d’une balle dans le cœur au cours d’une manifestation à proximité d’un checkpoint au nord de Al-Bireh.

Ou bien prenons le cas de la mort de Srour Ahmad Abu Srour, 21 ans, atteint dans la poitrine par une balle réelle tirée par les forces israéliennes au moment où elles entraient dans Beit Jala, envahissant des immeubles et établis­sant un checkpoint temporaire. Dans un article de la presse israélienne, il était noté en passant que le jeune homme avait été tué “après avoir jeté des pierres sur les troupes”. Autrement dit, Abu Srour était un civil non armé tué pendant qu’il protestait contre la présence des troupes d’occupation dans sa ville. Dans les médias, il n’est rien de plus que “un autre mort durant des affrontements”.

La mort de Nashat Asfour, le 8 décembre, a quelque chose d’encore plus perturbant. La version de l’événement présentée par le porte-parole militaire, dont les propos ont été cités par Gideon Levy dans Haaretz, est la suivante : «Il y a eu un important trouble de l’ordre public près du village de Sinjil, durant lequel des forces de l’armée dans la zone a tiré des coups de feu, selon la “procédure de détention de suspects”. Un rapport faisant état de la mort d’un Palestinien a été reçu dans le courant de la journée, mais le rapport médical n’a pas encore été réceptionné. Les circonstances entourant l’incident font l’objet d’une enquête, après laquelle l’auditorat militaire décidera de ce qu’il y a lieu de faire».

En fait, ainsi que Gideon Levy le décrit dans le même article, le père de trois enfants a été abattu alors qu’il était en route pour se rendre au mariage d’un de ses amis. Il était aux environs de 16 heures. Quelques heures plus tôt, des forces israéliennes avaient traversé Sinjil, et des jeunes leur avaient lancé des pierres. Un certain nombre de soldats étaient restés positionnés dans le village, et il y avait eu encore quelques jets de pierres sporadiques. Alors que Asfour marchait, un soldat israélien a tiré une unique balle sur lui, d’une distance de 150 à 200 mètres. Il a été atteint à l’estomac, et la balle est ressortie dans son dos. Il est mort à l’hôpital.

Il n’y a rien de nouveau dans le fait que les autorités israéliennes mentent ou fassent des déclarations trompeuses à propos des circonstances dans lesquelles des Palestiniens ont été tués.

Lorsque deux adolescents palestiniens ont été tués pendant une manifestation du “Jour de la Nakba” en 2014, les enquêteurs militaires ont suggéré que “les balles ont pu être tirées par des Palestiniens”, et des “officiers supérieurs israéliens ont affirmé que les vidéos de la fusillade qui avaient déclenché un tollé étaient probablement truquées”. En fin de compte, un officier de la Police des frontières fut mis en accusation pour le meurtre de Nadim Nuwara, 17 ans. Néanmoins, s’il n’y avait pas eu une vidéo, des preuves médico-légales et la détermination farouche de la famille et de militants des droits humains, ces morts seraient devenues comme tant d’autres des cas de décès dans des conditions “contestées” durant “des affrontements”.

En juillet de l’année dernière, un colonel israélien a tiré sur Muhammad Kasbeh, 17 ans, et l’a tué, après que des jeunes Palestiniens aient lancé une pierre sur sa jeep, non loin du checkpoint de Qalandiya. A l’époque, un porte-parole de l’armée affirma que l’officier “avait ressenti un danger mortel imminent et avait mise en œuvre la procédure d’arrestation d’un suspect”. Des officiels israéliens décrivirent le jet de pierres comme une embuscade préméditée. Or, une vidéo [provenant d’une caméra de surveillance d’une station d’essence, voir ci-dessous – NDLR] obtenue par l’ONG B’Tselem est venue confirmer les déclarations des témoins et des médecins : Kabeh a été tué au moment où le colonel sortit de sa jeep et tira à trois reprises dans le dos du jeune homme qui s’enfuyait.

Maintes et maintes fois, il a donc été prouvé que les déclarations des autorités israéliennes sont peu fiables, voire franchement malhonnêtes, quand elles rendent compte de meurtre(s) de Palestiniens, à propos d’assaillants ou de prétendus assaillants ou du contexte de manifestations ou de raids. Et pourtant, Reuters comme d’autres agences de presse et publications continuent à prendre les déclarations de l’armée israélienne pour argent comptant.

Ce faisant, et en faisant silence sur des éléments cruciaux du contexte, les médias nient la légitimité d’une révolte anti-coloniale, “blanchissent” la violence exercée par l’armée d’occupation et masquent l’existence de l’occupation elle-même.

Ben White | 17 février 2016

Cet article a été publié par “Palestine Square – the blog of the Institue for Palestine Studies”, sous le titre “Western Media Whitewashes Israeli Violence”.
Traduction : Luc Delval

Ben White est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont : Être Palestinien en Israël
Ségrégation, discrimination et démocratie (Ed. La Guillotine – ISBN 9782954380612) e
t Israeli Apartheid: A Beginner’s Guide.
Ses articles ont été publiés par divers médias, do
nt Middle East Monitor, Al Jazeera, al-Araby, Huffington Post, The Electronic Intifada et The Guardian.

[1] dans cette vidéo, on entend très distinctement des passants, assez nombreux, qui crient aux policiers de “le descendre”. “Descendez-le, c’est un terroriste”, crient des hommes survoltés, en hébreu. Les policiers se font insulter parce qu’ils ne tirent pas aussi vite que les auteurs des cris de haine le voudraient sur un homme que désigne la rumeur publique. Ensuite, sept coups de feu retentissent. Les insultent continuent à fuser, s’adressant désormais au cadavre de l’homme qui git à terre. “Morts aux Arabes” conclut un des braves citoyens israéliens appartenant à l’ethnie dominante… A aucun moment les images (assez sombres, il est vrai) ne permettent de distinguer que l’homme exécuté sommairement dans une rue ait réellement constitué un danger qui quiconque. – NDLR
[2] Sur le site de B’Tselem, on lit : «Le bombardement ne visait pas “deux sites de production d’armes” mais plutôt l’habitation privée de la famille Hassan. La maison était située dans une zone agricole et était entourée de vergers. Yihya Hassan est un fermier, et sa famille gagnait sa vie en faisant pousser des olives, des fruits et des raisins. Ils entretenaient aussi un élevage de poulets, pour leur propre consommation.» – NDLR

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