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Campagne électorale aux présidentielles françaises de 2007. Les versements de Kadhafi passaient bien par la Suisse (Bilan.ch)

par Ian Hamel 12 Avril 2016, 02:13 Sarkozy Libye Elections 2007 Kadhafi Financement France Françafrique Articles de Sam La Touch

Les magistrats français, qui enquêtent depuis 2013 sur un éventuel financement occulte de la campagne de Nicolas Sarkozy par le colonel Kadhafi, viennent de recevoir des documents très sensibles de la part de la justice suisse.

 

C'est Saïf al-Islam, le fils du dictateur libyen, qui a allumé la mèche en déclarant le 11 mars 2011, alors que l'OTAN – et la France – bombardent Tripoli, qu'« il faut que Sarkozy rende l'argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale ». L'information est ensuite relayée par un intermédiaire en armements d'origine libanaise, Ziad Takieddine.

Puis l'enquêteur Pierre Péan, dans La République des mallettes, avance une première piste en révélant que la Libyan Africa Investment Portfolio (LAP), un fonds libyen dont le siège était alors à Genève, avait acheté beaucoup trop cher « une propriété située à Mougins, pour une dizaine de millions d'euros » (*). Il s'agit d'une villa sur les hauteurs de Cannes. Ces éléments suffisent pour que deux magistrats français ouvrent en avril 2013 une information judiciaire contre X pour « corruption », « trafic d'influence », « abus de biens sociaux », « blanchiment », « recel », « complicité », « faux et usage de faux ». 

Recours devant le Tribunal pénal fédéral

Dès le 23 mai 2014, la justice tricolore adresse une demande d'entraide à la Suisse. Coup de théâtre : le Ministère public de la Confédération annonce qu'il s'intéresse déjà à ce dossier. Il a lui même ouvert une procédure pénale en avril 2011. Une procédure qui se heurte, comme d'habitude, à des montages complexes. Un exemple : comment savoir qui se cache derrière la société panaméenne Bedux Management Inc, dissoute en août 2010 ?

En revanche, les fonds ont bien atterri sur deux comptes à Genève. « Et nous croisons dans cette affaire les intermédiaires habituels, spécialistes de ce genre d'opération », constate un proche du dossier. Seulement voilà, pour corser l'affaire, un homme d'affaires saoudien, A. B., titulaire des comptes, a recouru jusqu'au Tribunal pénal fédéral afin de bloquer la transmission des documents bancaires à la justice française. Les raisons ? Il affirme, d'une part, que « les opérations bancaires en cause ont été faites à son insu ». D'autre part, en cas d'octroi de l'entraide, que « son nom soit […] traîné dans la boue dans les gazettes françaises ».    

Virement au secrétaire général de l'Elysée

Dans son arrêt du 4 février dernier, le TPF a rejeté le recours d'A. B. Le tribunal constate que le contrat de vente de la villa à Mougins « aurait été passé dans le but de détourner des fonds, le prix versé par la seconde entité précitée à la première ayant été sciemment surévalué ». Le TPF évoque « plusieurs flux financiers », dont un versement de 10,14 millions d'euros. L'écrivain Pierre Péan était donc bien informé.

A ce stade de l'enquête, il n'est pas possible de laisser entendre que cet argent aurait pu avoir un lien, même indirect, avec le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Toutefois, un élément risque d'embarrasser l'ancien locataire de l'Elysée. En effet, A. B. est le cousin de K. B. Or, ce dernier a déjà eu à plusieurs reprises les honneurs de la presse française. Il est à l'origine d'un virement suspect d'un demi-million d'euros à Claude Guéant. Ce dernier, proche collaborateur de Nicolas Sarkozy, était alors secrétaire général de l'Elysée. 

Alexandre Djourhi, proche de Nicolas Sarkozy       

Mis en examen (inculpé) pour « blanchiment de fraude fiscale en bande organisée » et « faux et usage de faux », Claude Guéant a tenté de justifier ce versement de 500 000 euros par la vente de deux tableaux d'un peintre flamand méconnu du XVIIe siècle, Andries Van Eertvelt, dont les huiles se vendent habituellement dix à vingt fois mois chères.

Par ailleurs, le banquier soupçonné d'avoir effectué le virement, un ancien du Crédit Agricole (Suisse) domicilié à Genève, « était aussi l'un des gestionnaires des comptes de Bachir Saleh, le patron du puissant fonds d'investissement libyen en Afrique, la Libya Africa Investment Portfolio (LAP) », affirme le site Mediapart. Les B., qui dirigent un groupe proche des milieux de l'armement, sont très liés à Alexandre Djourhi, autre intermédiaire français, proche de Nicolas Sarkozy, habitant à Genève.

En mars 2015, le domicile d'Alexandre Djourhi, comme celui de l'ancien banquier du Crédit Agricole (Suisse), ont été perquisitionnés à la demande de la justice française dans le cadre d'une « problématique de versement de commissions » à l'occasion de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Interrogé parBilan, Raphaël Treuillaud, l'avocat d'A. B., déplore que le nom de son client puisse être associé « à des personnes peu fréquentables ».       

 

(*) Fayard, 2011, 481 pages.     

Ian Hamel

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