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L'impérialisme, la corruption politique et le vrai visage du capitalisme (WSWS)

par Andre Damon 9 Avril 2016, 05:06 Capitalisme Impérialisme Predation USA UE Corruption

Les «Panama Papers» ont fait leur première victime mardi lorsque le premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson a été contraint de démissionner suite aux protestations par des milliers de personnes dans la capitale du pays.

Les documents, publiés dimanche par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), ont révélé que Gunnlaugsson avait omis de divulguer ses participations dans une société fictive offshore qui a permis à sa famille de profiter du plan de sauvetage des banques islandaises après la crise financière de 2008.

Le scandale mondial grandissant menace d'engloutir le premier ministre britannique David Cameron. On lui demande de présenter ses dossiers d'impôt suite aux rapports des principaux journaux, qui se fondent sur les documents «Panama Papers», que son père, Ian Cameron, détenait des actions dans une société offshore.

Mossack Fonseca, le cabinet d'avocats panaméen au cœur du scandale, a fait des millions de dollars en aidant les politiciens et les super-riches à cacher leur argent pour échapper à l'impôt. Ses activités sont un témoignage du rôle omniprésent de l'évasion fiscale, des systèmes de blanchiment d'argent, des caisses noires des entreprises et des pots-de-vin politiques dans la vie économique et politique quotidienne des principales «démocraties» du monde.

Le rapport de l'ICIJ implique 140 responsables publics à travers le monde, dont 12 actuels et anciens chefs de gouvernement, ainsi que 29 milliardaires répertoriés dans le classement du magazine Forbes des 500 personnes les plus riches de la planète.

Bien que relativement peu d'Américains ont été nommés en relation avec les documents, les experts ont dit aux médias que les services fournis par Mossack Fonseca sont facilement disponibles dans les paradis fiscaux nationaux tels que l'État du Delaware. Un petit immeuble de bureaux dans cet État sert de siège social symbolique à 285.000 entreprises distinctes, y compris les entreprises Fortune 500 Apple Computer, Coca-Cola et JP Morgan Chase, ainsi que d'un nombre incalculable de sociétés fictives appartenant à des fraudeurs ordinaires, contrebandiers et criminels de la finance.

Aucune des révélations de l'ICIJ ne surprendra les régulateurs financiers, qui ont une ample documentation qui montre que les grandes institutions financières facilitent les opérations d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent depuis des décennies.

En 2012, la banque britannique HSBC a été condamnée à une amende de 1,9 milliard de dollars pour avoir blanchi de l'argent pour les cartels de la drogue mexicains. Toutefois, une fuite en 2015 par le ICIJ a documenté le fait que la banque a continué par la suite des opérations similaires sans entrave. En substance, elle s'est servie de sa filiale bancaire privée suisse en tant que service d'évasion fiscale, distribuant à ses clients fortunés des «briques» de centaines de milliers de dollars en coupures étrangères pour les aider à ne pas payer d'impôt.

Les révélations de l'ICIJ surviennent quand des politiciens, y compris ceux qui, comme Cameron, sont impliqués dans le scandale, insistent sur le fait qu'il n'y a pas d'argent pour payer les services sociaux les plus essentiels. Les élites financières internationales et leurs larbins politiques corrompus sont autorisés à faire de l'évasion fiscale en dissimulant leur richesse dans des paradis fiscaux offshore au nez et à la barbe des régulateurs financiers, tandis qu'on dit à la classe ouvrière qu'elle doit accepter plus de pauvreté et de privation.

Cela fait maintenant un siècle depuis que le révolutionnaire russe Vladimir Lénine a décrit l'époque impérialiste comme une étape du capitalisme dans laquelle le capital financier domine, donnant lieu à une «nouvelle aristocratie financière» caractérisée par «la corruption, les pots-de-vin à grande échelle et toutes sortes de fraudes».

Les processus que Lénine décrivait n'étaient à l'époque qu'à leur tout début. Ils se sont considérablement développés depuis. Une élite financière criminelle a ruiné l'économie mondiale, en volant des sommes inimaginables au moyen de la spéculation et du parasitisme et agissant en dehors de toute contrainte légale.

Dans le capitalisme contemporain, il est devenu un truisme de dire qu'être responsable politique donne accès à une grande richesse personnelle et permet de faire partie de l'élite financière. Il suffit de regarder les élections américaines de 2016 pour voir ce principe en action.

Hillary Clinton, la favorite démocrate, a, en même temps que son mari l'ex-président, gagné plus de 140 millions de dollars au cours des huit années écoulées depuis le krach financier de 2008. Elle a recueilli une partie importante de cette richesse en honoraires de conférencier de la part des grandes sociétés et des banques. Au cours des 15 premiers mois après avoir quitté son poste de secrétaire d'État en 2012, Clinton a reçu 5 millions de dollars en indemnités de conférencier, ce qui l'a placée en plein 0,1 pour cent des gens avec les meilleurs revenus. Ces paiements ne sont, dans le monde de la politique américaine, rien de plus qu'une forme de pots-de-vin légalisés.

Les 140 millions de dollars empochés par le ménage Clinton, et les millions encore versés dans leur fondation, ne sont rien de moins que la récompense pour leurs services rendus à l'élite financière.

Ceci n'est que la pointe de l'iceberg. En février 2015, le Guardian a rapporté, se basant sur le rapport de 2015 de l'ICIJ, qu'Hillary Clinton et sa famille avaient reçu «jusqu'à 81 millions de dollars auprès de donateurs internationaux fortunés qui étaient des clients de la banque suisse controversée de HSBC».

Dans un éditorial publié mardi soir, le New York Times pose rhétoriquement la question, «Comment est-ce que tous ces politiciens, dictateurs, criminels, milliardaires et célébrités amassent de grandes richesses et alors bénéficient de réseaux complexes de sociétés fictives pour dissimuler leur identité et leurs actifs?»

Le journal déplore les «dégâts dangereux.... faits à la démocratie et à la stabilité régionale quand les politiciens corrompus ont un endroit pour dissimuler des actifs nationaux volés à l'abri du regard public». Il demande: «Après ces révélations, est-ce que quoi que ce soit va changer?»

Le New York Times connait très bien la réponse à ses questions rhétoriques. Les crimes documentés dans les «Panama Papers» ont eu lieu parce que les gouvernements et les régulateurs financiers, entièrement sous la coupe de l'élite financière, ne servent pas comme contrôles sur les activités criminelles de l'oligarchie financière mondiale, mais plutôt comme co-conspirateurs. Dans la mesure où ces questions sont laissées aux gouvernements capitalistes, rien ne changera. Les derniers résultats de l'ICIJ seront enterrés exactement de la même manière que ses précédents rapports.

La tâche de nettoyer les écuries d'Augias du capitalisme des oligarques milliardaires, des politiciens corrompus et des PDG criminels requiert la construction d'un mouvement socialiste de la classe ouvrière en opposition à l'ordre social actuel. Les «Panama Papers» jettent la lumière sur une réalité fondamentale: le parasitisme, la criminalité et la corruption ne sont pas des verrues sur le visage du capitalisme, ils sont le visage du capitalisme.

(Article paru en anglais le 6 avril 2016)

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