Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L’«oeil borgne sur la Syrie», nombril du Monde (Renenaba.com)

par René Naba 12 Avril 2016, 07:05 Le Monde Syrie Propagande

 

oeil-syrie

 

Le Monde se veut non le centre du Monde, mais le nombril du Monde. De ce privilège il use souvent avec discernement, le plus souvent, sans discernement.

Ainsi Jean Marie Colombani décrétera un beau jour de septembre 2001, sans crier gare, que nous étions «tous Américains», s’arrogeant abusivement le droit de prendre en otage l’opinion française, négligeant les méfaits des États-Unis au Vietnam et les ravages de l’effet orange sur sa population civile, la vitrification nucléaire de cibles civiles au Japon (Hiroshima et Nagasaki), la transformation de l’Amérique latine en vaste République bananière pour le seul profit de la compagnie United Fruit. Sans compter le soutien américain aux dictatures d’Augusto Pinochet (Chili), de Jorge Videla (Argentine) et de Ferdinand Marcos (Philippines), ainsi que la déstabilisation du tiers monde du Guatemala (Arbenz), à l’Iran (Mossadegh) à l’Indonésie (Ahmad Soekarno), avec à la clé deux millions de communistes indonésiens exécutés.

Juste retour des choses : JMC, l’ancien maître du Monde, le commensal de Torcello, finira sa carrière rubricard d’un journal gratuit d’un nabab capitaliste.

Ignace Leverrier, Florence Aubenas : La dette d’honneur du journal Le Monde à l’égard de Haytham Manna

Sa lointaine et éphémère successeure, Nathalie Nougayrède, fera du journal de Beuve-Méry un amplificateur multiplex des thèses atlantistes du pouvoir socialiste, nichant dans ses colonnes, comme autant de meurtrières, de faux nez de l’administration française, exerçant une sorte de police de la pensée dans la digne tradition des régimes totalitaires.

Dans ce dispositif, une place particulière sera occupée par le blog du clandestin de l’administration Pierre Vladimir Glassman, ancien résident à Damas, perçu dans les milieux progressistes arabes de Beyrouth comme un chiffreur de l’ambassade et désigné sous le sobriquet Al Kazzaz. Sous le pseudonyme d’Ignace Leverrier, toujours ce besoin de clandestinité, il animera dès le début de la guerre de Syrie un blog Un œil borgne sur la Syrie, qui se vivra comme le prescripteur d’opinion du Monde.

Tirant profit de la crédibilité du journal pour agir en toute immunité, crachant leur venin en toute impunité, la première dame directrice du Monde privera, paradoxalement, de droit de réponse les cibles de la haine cyberactiviste des porte-flingues des services français, alors que ce quotidien, propriété du trio millionnaire BNP (Berger-Niel-Pigasse), bénéfice, au titre de la pluralité de la presse, d’une subvention de 18 millions d’euros par an, financée par les contribuables.

Le journal Le Monde s’est ainsi particulièrement singularisé dans la couverture de Syrie par une vision hémiplégique du cours de la guerre. Il se distinguera en qualifiant d’autorité, arbitrairement, un opposant historique au régime baasiste, Haytham Manna, de pro-Assad, sans la moindre justification.

L’ostracisation de tout débat public d’un opposant historique syrien -de surcroît laïc et démocratique- est en contradiction tant avec la déontologie professionnelle qu’avec les valeurs que le quotidien professe. Mais cette stigmatisation participe surtout d’une contre-vérité historique en ce qu’il est de notoriété publique que le propre frère de Haytham Manna, meneur du premier soulèvement de Deraa, en août 2011, déclencheur du soulèvement populaire de Syrie, a été l’un des premiers manifestants tués par les forces de l’ordre et que son cousin a été tué lui aussi sous la torture quinze jours plus tard.

Au regard de ce tribut de sang, la stigmatisation du Monde est d’autant plus gratuite et délibérée que l’animateur du site Un œil borgne sur la Syrie, Leverrier-Glassman, un de ses plus importants pourfendeurs, est redevable à l’opposant syrien de sa jonction avec Sadreddine Bayanouni, à l’époque chef des Frères musulmans de Syrie. Une jonction opérée par Haytham Manna à la demande pressante de son compagnon de route, le dirigeant communiste Riyad Turk, qui pensait, à tort, orchestrer par ce biais une campagne médiatique pour favoriser sa libération de prison.

Au delà de ces considérations, cette stigmatisation signe surtout la marque d’une rare ingratitude lorsque l’on songe que l’une des plumes du journal, l’amnésique Florence Aubenas, égérie des djihadistes d’Alep, ancienne otage en Irak des collègues djihadistes de Syrie, lui est redevable de sa liberté, en ce que M. Haytham Manna avait intercédé auprès de ses geôliers irakiens en sa qualité de président du Comité arabe des droits de l’homme, jouissant de surcroît de son prestige d’opposant à la double dictature baasiste en Syrie et en Irak.

L’amitié avec Michel Seurat, ni passe droit, ni rente de situation

L’amitié avec le chercheur Michel Seurat, dont se prévalait Leverrier Al Kazzaz pour justifier ses anathèmes, ne saurait valoir rente de situation, ni passe-droit à l’intoxication et au mensonge. D’autres amis de l’otage français décédé en captivité à Beyrouth honorent sa mémoire dans l’exercice rigoureux de leur profession, sans étalage, ni marchandage.

Faisons un sort aux poncifs, au risque de déplaire aux pontifiants : Haytham Manna doit sa sortie de Syrie au co-voiturage sympathisant du couple Seurat, à la fin de la décennie 1970. Ah la mémorable manœuvre de dissimulation de Marie Seurat Mamarbachi au poste frontière de Masna’a pour camoufler l’identité du fugitif, à l’époque l’opposant le plus activement recherché des services syriens.

Eh oui. Rien moins que cela. Il fallait être sur place, sur le terrain, et bénéficier de la confiance des protagonistes de cette affaire pour accéder à ses informations périlleuses et non se borner à conjecturer à distance, à coups d’anathèmes. La règle d’or de la profession est de ne parler que de ce que l’on sait et non de fantasmer sur ce que l’on ignore.

Alors Messieurs du journal Le Monde : Haytham Manna, légèrement, modérément, furieusement ou farouchement pro-Assad ? En tout cas plus ancien, plus déterminé et plus constant dans son opposition et à ce titre bénéficiant d’une plus grande considération que certains des chouchous du Monde, qui n’hésitaient pas à faire des offres de service au président syrien, dans le domaine de la communication présidentielle, en 2008-2009, lors de son séjour parisien à l’occasion du sommet de l’Union pour la Méditerranée, soit deux ans avant le déclenchement du soulèvement syrien. Ah quelle calamité ces opposants de la dernière heure et leur zèle néophyte.

Qualifier de pro-Assad, au prétexte de la criminaliser, toute pensée dissidente porte la marque d’une indigence intellectuelle et d’une forfaiture morale, dont les deux anciens résidents de Damas, François Burka Burgat et Ignace Levrrier, auront été l’incarnation la plus pitoyable d’un comportement de délateur dans la pure tradition des corbeaux français.

Dans une zone en proie à un intégrisme dont Laurent Fabius, l’exfiltré du Quai d’Orsay,  a été le chantre, Haytham Manna serait manipulé par qui ? Au profit de qui ? Et surtout financé par qui ? Par les bailleurs de fonds des hôtes réguliers des médias français, y compris des colonnes du Monde ?

Que les édicrates du Monde interrogent donc Eric Chevallier, à l’époque garde-chiourme de l’opposition syrienne wahhabite, sur ses tentatives désespérées de décrocher un Shake Hand/Hollande-Manna pour la galerie. Une opération PO and PR – photo opportunity and public relations–, comme le jargon de la profession désigne cette opération de compensation des voyagistes américains destinée à la galerie et visant à établir un faux équilibre de traitement.

Faut-il émarger sur le budget des pétromonarchies du Golfe ou bénéficier du label Arabe de service pour disposer de l’agrément du journal Le Monde ? L’indépendance gêne-t-elle tant au point de criminaliser un opposant non affilié à aucune structure atlantiste ou à un groupement djihadiste ? La vénalité constitue-t-elle une marque de notoriété sociale et partant de visibilité médiatique ?

Le tandem équarrisseur de la Syrie, la France et la Turquie, est-il le mieux placé pour assumer un rôle prescripteur dans un pays anciennement sous son mandat ? Sous peine traîtrise, d’un comportement relevant d’une abjection morale absolue, la fonction d’un bi-national est elle de lancer un appel à la guerre depuis son pays d’accueil contre son pays d’origine ?
Que l’on se le dise : Une pensée défaitiste est une pensée de vaincus. Le verdict est sans appel :http://www.madaniya.info/2016/03/10/syrie-opposition-pensee-de-vaincu-pensee-vaincue-1/

Pour aller plus loin sur la problématique de la guerre de Syrie, le témoignage de Robert Kennedy Jr sur les enjeux sous-jacents de ce conflit, infiniment plus complexe que les analyses sommaires des graphomanes de la presse française : http://www.politico.eu/article/why-the-arabs-dont-want-us-in-syria-mideast-conflict-oil-intervention

[L’article accessible en français, en quatre parties, sur le site Le Saker francophone, NdE]

Nicolas Hénin (*) et le silence du Monde sur le père Paolo Dall’Oglio

Ignace Leverrier, décédé l’été 2015, la réanimation de son site moribond a été confiée au journaliste Nicolas Hénin rescapé des geôles djihadistes de Syrie, sans doute affligé de la même pathologie que sa consœur Florence Aubenas, victime du syndrome de Stockholm.

Depuis sa libération contre rançon, c’est à dire contre un flux de trésorerie aux djihadistes en guerre contre la France, l’homme consacre ses écrits et ses interventions télévisées non à fustiger ses anciens geôliers, mais le pouvoir baasiste, exclusivement le pouvoir baasiste, certes éminemment critiquable, sans jamais émettre la moindre critique ni sur les dérives de la diplomatie française, ni sur son alliance contre-nature avec le djihadisme erratique, dont l’un des fleurons n’est autre que Jabhat Al-Nosra, qui fait «du bon travail en Syrie», selon l’expression du sortant Laurent Fabius.

Nicolas Hénin ainsi que ses trois autres camarades de captivité qui avaient bénéficié pour leur libération d’un «prix d’ami pour le rôle de la France dans la guerre anti-Assad» – une rançon de 16 millions de dollars négociée via les services de renseignements turcs – demeure taiseux sur ses ravisseurs et sur les compagnons de route des ravisseurs du Père Paolo Dall’Oglio, refondateur du monastère catholique syriaque de Mar Moussa (monastère de Saint Moïse l’Abyssin, dans le désert du nord de Damas, porté disparu depuis juillet 2013).

Pour information, la rançon réclamée par les ravisseurs du prêtre italien est de l’ordre de 50 millions de dollars, un chiffre comparativement infiniment plus élevé que celui fixé pour les journalistes français, «en raison de la passivité de l’Italie en Syrie».

Un œil borgne sur la Syrie ne saurait porter un bon regard sur la Syrie, tout au plus un regard torve. Telles sont les lois implacables de l’optique et de la vision.

Emporté par son aveuglement dogmatique, Al Kazzaz ira même jusqu’à justifier la prise d’otages par les djihadistes des religieuses de Maaloula (Syrie), en toute quiétude d’esprit. Une opération de désinformation dans la pure tradition de l’agit-prop des régimes totalitaires : «L’attaque de Maaloula moins menaçante pour les Chrétiens que certaines couvertures médiatiques», a écrit son fils Frantz Glasman, en digne successeur du pousse-au-crime. Autrement dit, le saccage d’une bourgade chrétienne et la capture de 17 religieuses – c’est à dire des dames, civiles en habit religieux et désarmées – est moins grave qu’un article de presse.

Cette monstruosité déclenchera une riposte vigoureuse de l’agence FIDES, le contraignant à un rétropédalage honteux, sans le moindre rappel à l’ordre de la hiérarchie. Tout autre journal que Le Monde aurait été rivé au sol pour négationnisme pour une telle énormité… Décidément Jabhat An Nosra fait du «bon travail en Syrie» au point de gangrener le cortex cérébral du clan Glasman.
Cf. Sur ce lien http://www.renenaba.com/les-mediactivistes-francais-une-lecture-de-l-histoire-par-le-filtre-religieux/

Un deuxième site du Monde est précisément animé par un qatarophile compulsif incompressible, Nabil En Nasri, reconverti dans la dé-radicalisation après avoir longtemps soufflé sur les braises depuis les colonnes même du Monde.

Plus grave, au delà des intimidations et de la partialité dont il a fait preuve dans le traitement de la guerre, se sont superposées, les analyses fallacieuses de l’équipe rédactionnelle, au diapason de la thématique du Quai d’Orsay.

Ainsi un papier collectif signé de dix mains désignera le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Hamad Ben Jassem, comme le diplomate le plus fin du Monde arabe, alors que HBJ, de sinistre mémoire, passe pour avoir été le responsable direct du désastre de Bab Amro, (région de Homs, Février 2012) qui a sonné le glas des espérances atlantistes, particulièrement françaises, en Syrie. http://www.renenaba.com/hbj-le-symptome-de-la-megalocephalite/.

HBJ, celui là même qui s’est opposé avec force à la constitution d’un Front démocratique commun entre Haytham Manna et Bourhane Ghalioune, son ancien lieutenant, le jugeant «mou». Cette information est contenue dans la Tribune libre adressée par Haytham Manna au Monde, en janvier 2016, et censurée par le quotidien vespéral. Imprudence supplémentaire, cette distinction était de surcroît intervenue six mois avant l’éjection du qatari impulsif par sa télécommande américaine. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/13/chronologie-des-printemps-arabes_4347112_3218.html

La métaphore animalière du Cobra et de la Mangouste

Autre exemple de la divagation des prétendus spécialistes français du Monde arabe, la trop fameuse métaphore animalière du cobra Mohammad Morsi terrassant la mangouste (armée égyptienne). Un papier qui se voulait définitif sur ce sujet. Par malchance, le président néo-islamiste a été emporté au terme d’un an de son mandat rendant caduque cette métaphore et risible son auteur. Même les documentaires animaliers confirment la supériorité de la mangouste, qui s’empare de la gorge du cobra, au terme d’un combat épique et le traîne pour son festin mérité. Partout la mangouste triomphe, sauf au journal Le Monde.
La preuve par l’image sur ce lien :
https://www.youtube.com/watch?v=ztOAvhcWY-8

Pour mémoire, le cobra du Monde avait déjà mordu la poussière une première fois, sous Nasser, en 1954. Venant de la part du chef du service international du journal, une telle faribole a révélé le manque de connaissance du journaliste sur un pays dont il a été pourtant correspondant en poste pendant 5 ans (1994-1999), son absence de perspicacité en même temps que l’altération de la fonction critique du journalisme. N’est pas Eric Rouleau qui veut. Un strabisme divergent qui confond le tout et le n’importe quoi, alors que la zoologie converge sur ce point avec une froide analyse des rapports de force.

CF. à ce propos :

Le chimique soluble dans le ridicule

Soyons charitables et passons sur la grande enquête de deux envoyés spéciaux du Monde à propos de l’usage par l’armée syrienne des armes chimiques dans la région de Ghouta, banlieue de Damas. Des échantillons d’une preuve irréfutable, soutenaient-ils, avant que les justiciers ne sombrent dans le ridicule dans la foulée de la remarquable enquête de Seymour Hersch qui en démontrera et la manipulation et la mystification de l’une des plus grandes opérations d’intoxication de l’époque contemporaine.
http://www.madaniya.info/2014/12/15/seymour-hersh-the-red-line-and-the-rat-line/

Le journal Le Monde actera d’ailleurs la défaite française, en même temps que la sienne propre, dans son édition du 1er octobre 2013 : «Loin d’être à la remorque des Américains, la France a cherché à les tirer vers une politique plus décisive sur une politique qui a fait 110.000 morts et menace tout le Moyen-Orient», soutiendra Nathalie Nougayrède dans un éditorial intitulé Les limites de l’influence française.

Ce constat a retenti comme une oraison funèbre de la diplomatie française. Il a été d’autant plus amère que le journal dressait ce jour-là un portrait, en double page, de sa bête noire et de ses blogueurs attitrés : «Bachar Al-Assad, sans une égratignure… Le Lion de Damas sort renforcé du compromis diplomatique qui a suivi le massacre au sarin». Non, Nathalie Nougayrède. Pas du fait du massacre au sarin. Mais du fait du délire des parrains de l’opposition off-shore syrienne et des dérives de leurs poulains. Non, Madame, la France n’assume pas une fonction de «diplomatie de repère», ni de balises, mais une diplomatie de repaires et de tanières.

De la casuistique du Monde

Le Monde (6 janvier 2016), mu par un souci tardif de fausse objectivité, s’est résolu à demander des explications à Mohammad Allouche, chef de Jaych Al Islam, sur ses relations avec Jabhat Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaida. Le chef du mouvement salafiste djihadiste lui a répondu en ces termes sibyllins : «Aussi longtemps qu’A- Nosra combattra le régime, il y a de la place pour une coopération militaire, mais nous avons des différends idéologiques. Nous avons demandé au Front Al-Nosra de se distancier d’Al-Qaida. Cela a échoué.»

Le Monde, curieusement, s’abstiendra de poser la moindre question sur le sort du père Paolo Dall’Oglio, détenu par ses collègues djihadistes. Surtout pas des questions qui fâchent. Point barre. Circulez, il n’y a rien à voir.

Point n’est pourtant besoin d’être grand clerc pour décrypter ce langage abscons, sans doute formaté par les sessions intensives des experts français dépêchés à Riyad pour initier les mercenaires wahhabites aux subtilités de la technique des éléments de langage. La réponse est là en toute clarté avec le mot d’ordre qui ne laisse place à aucune ambiguïté : «La démocratie c’est l’idolâtrie». Il suffit de lire en détail, sur ce lien, la coopération entre Al-Qaida, Jaych Al Islam, Ahrar Al Cham. http://www.madaniya.info/2016/02/01/le-mouvement-islamique-ahrar-al-sham-les-hommes-libres-du-levant/

Que les confrères du Monde souffrent ce rappel à l’ordre. Foin de casuistique : Daech, Al-Qaida, Jaych Al Islam, Ahrar Al Cham constituent autant de variations sur le même thème : l’État de droit qu’ils préconisent repose sur un traitement d’égalité fondé sur l’injustice, en ce qu’un minoritaire est condamné du fait même de son statut de minorité qui fait qu’il n’a pas le choix : soit il renonce à son identité d’origine, soit il meurt. Qu’un sunnite n’est pas condamné du fait de sa naissance, mais du fait de sa divergence avec la ligne idéologique dominante. Qu’enfin un musulman non sunnite est tout simplement un non-musulman et en subit les conséquences.

Pour s’en convaincre, observez le traitement journalistique que réserve Al Jazeera aux opérations de Daech, où il n’est nul part fait mention de victimes quand il s’agit de signaler les tués de Daech. Pas Dahhiya mais Qatil. Jamais le terme de terrorisme pour les opérations de Daech par la chaîne du du Qatar, le propriétaire du Paris Saint-Germain, le club de la capitale sinistrée par ses affidés.

Les arabisants médiatisés, les Français convertis au zèle de néophyte, les orientalistes de salon auraient dû relever ces distorsions de langage. Mais c’est prendre le risque de déplaire au Prince et de se vouer à une vie de cachot médiatique.

Au delà de la lancinante question du maintien ou non à la tête de l’État syrien de Bachar Al Assad, force est d’admettre que l’idéologie djihadiste est une idéologie éradicatrice. Nier cette réalité, c’est se rendre au mieux complice d’une tentative d’éradication de toute diversité au Moyen-Orient, au pire partenaire d’un génocide. Pour aller plus loin sur la fable de l’opposition modérée :

http://galacteros.over-blog.com/2016/02/camaieu-de-vert-fonce-l-instructif-panorama-des-rebelles-syriens.html

Le Mic Mac du Monde avec Haytham Manna, opposant historique au régime syrien : Le nec plus ultra de la fourberie

La reprise des pourparlers de Genève III sur la Syrie, fin janvier 2016, a donné lieu à une rencontre entre Haytham Manna et un correspondant du Monde, au terme de cinq ans de brouille, à la demande du journaliste. Une telle prise de contact avait alors été interprétée par des observateurs sur place comme une volonté du Monde de nuancer sa position sur le conflit syrien à proximité du départ du Quai d’Orsay de Laurent Fabius, le mentor occulte du quotidien.

Que nenni. En France, c’est bien connu, on ne change pas une équipe qui perd, surtout si elle va droit dans le mur en klaxonnant. L’entretien a duré 2 heures 30, au terme desquelles l’assurance a été donnée qu’aucune retouche ne serait apportée au texte de l’opposant historique au régime syrien. Mais le texte a été refusé à la publication pour une sombre question de comptabilité des signes qui masquait mal une compatibilité des lettres.

Gaidz Minassian, directeur de la page Idées du journal Le Monde – drôle d’idée – est membre du trio arménien composé des cousins Ara Toranian et Frank Mourad Papazian et de sa personne, qui s’est livré à une OPA sur la communauté arménienne de France en vue d’une synergie avec le CRIF. Proche de Frédéric Encel  – le GUD GUY par excellence de l’extrême-droite israélienne et réserviste de l’armée israélienne sur le Golan – il est particulièrement sensible à la règle du jeu initiée par son mentor botuliste.

Pour aller plus loin sur Gaidz Minassian, cf. à ce propos :
http://www.madaniya.info/2015/04/25/hommage-aux-victimes-du-genocide-armenien-et-du-groupe-manouchian/

Ah les misères du journalisme d’accompagnement.

La destruction de la Libye par la France et ses amis arabes (Qatar) a fragilisé le pré carré français en Afrique (Mali, Tunisie). En toute impunité pour ses concepteurs. Au prix fort pour la Libye, ses habitants, son environnement et la sécurité régionale.

Gardons-nous donc d’une lecture exclusivement occidentaliste des événements : l’avènement d’une Syrie nouvelle, sans Assad présuppose l’avènement d’une Arabie saoudite nouvelle, sans une dynastie obscurantiste et takfiriste. Il en va de même pour le Qatar. Et s’il n’y a «pas de printemps en Syrie», c’est tout bonnement parce qu’il n’y a «pas eu de printemps à Bahreï ». Et la sécurité du Monde arabe et son développement futur ne sont pas réductibles à la sanctuarisation d’Israël et du ravitaillement énergétique des pays industrialisés.

D’autres paramètres s’imposent en priorité, notamment la constitution d’un seuil critique du Monde arabe, par le dépassement de sa balkanisation,  l’effet de peser sur la scène mondiale, le rééquilibrage stratégique du Monde pour le dégager de l’étreinte de la majorité de blocage détenue au sein de la Ligue arabe par les monarchies arabes du fait de leur alliance avec les confettis de l’empire (Djibouti et Comores). Enfin, dernière et non la moindre des priorités, le combat contre l’alliance contre nature des grandes démocraties occidentales avec le syndicat monarchique le plus obscurantiste de la planète, qui entrave toute fluidité politique et sociale du Monde arabe de même qu’une évolution harmonieuse de l’islam.

Le Monde, de même que Libération, ont ainsi assumé une fonction invasive dans cette guerre… À la manière d’une plante invasive, ils ont détruit la biodiversité dans les espaces qu’ils ont conquis.
De quotidien vespéral de référence, Le Monde a muté, à la faveur de la guerre de Syrie, en quotidien crépusculaire de déférence.

Au Hall of Fame de la profession aurait pu y figurer le site Médiapart, n’était la présence insidieuse et sournoise, tapie dans ses colonnes, de l’islamophiliste Thomas Pierret burqa boy’s par excellence et archétype des intellectoïdales français. Pierret stigmatisera, arbitrairement, de pro-Assad le Collectif pour la Syrie, alors que ce groupement apolitique, qui fédère la fine fleur de l’intelligentzia syrienne de France et des sympathisants français de la Syrie, maintiendra à flot, contre la volonté des pouvoirs publics, mais grâce à son réseau relationnel, le prestigieux Lycée Charles de Gaulle de Damas, l’ultime instance culturelle française encore en activité en Syrie.

La couverture médiatique de la guerre de Syrie passera à la postérité comme l’un des épisodes les plus honteux de l’histoire de la presse française. Durant cette séquence, l’honneur de la presse française a porté le nom de 3 titres : La Croix, L’Humanité et Le Figaro. L’honneur de la profession. L’honneur de la France.

René Naba | 11 avril 2016

(*)  Nicolas Hénin est le fils de l’ancien président de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne, l’historien Jean François Hénin. Donc il fait partie du nec plus ultra de l’establishment. Ce qui lui ouvre beaucoup de portes et lui permet dans le même temps de défendre les intérêts de la technostructure de même que de la corporation médiatico-politique. Cela lui permet aussi de dire beaucoup de bêtises en toute impunité. La captivité lui a ouvert les grandes portes de la notoriété. Curieux qu’il soit consultant à BFM – tout comme le djihadologue Romain Abdallah Caillet –, poste qu’il cumule avec l’ animateur du site Un œil borgne sur la Syrie, du journal Le Monde. [ASI]

Source:http://www.renenaba.com/loeil-borgne-syrie-nombril-monde/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+enpointdemire+%28En+point+de+Mire%29


Haut de page