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Les militaires français accusés de violences sexuelles en République centrafricaine (WSWS)

par Francis Dubois 9 Avril 2016, 05:51 Centrafrique Armée française Abus sexuels Accusation ONU France Françafrique

Une nouvelle série d’accusations de violences sexuelles contre des mineurs ont été portées ces derniers jours contre des soldats de forces de l’ONU en République centrafricaine (RCA) et en particulier contre des soldats de l´opération française Sangaris. Cette intervention de l’armée française avait été avalisée en décembre 2013 par le Conseil de sécurité de l’ONU à la suite d’une résolution présentée sur initiative francaise.

La France a mobilisé jusqu'à 2500 soldats dans le cadre de cette opération et compte encore officiellement 900 hommes en Centrafrique. L’autre opération de l’ONU, Minusca, compte actuellement quelque 12.600 militaires et policiers.

Les dernières accusations ont été déclenchées par un rapport comportant les témoignages de victimes de violences sexuelles établi par l’ONG AIDS-Free World et transmis à l’ONU qui a déclaré vouloir lancer une enquête officielle sur ces dernières allégations.

Selon un responsable de l’ONU à New York les dernières accusations portées contre des soldats français concernaient des rapports sexuels imposés avec des animaux en échange d’argent. AIDS-Free World rapporte que trois jeunes filles ont affirmé à un officier des Nations unies qu'elles avaient été déshabillées et attachées dans un camp par un commandant de Sangaris puis forcées d'avoir des relations sexuelles avec un chien.

Ce ne sont là que les derniers en date des rapports d’abus et de violences sexuelles qui accompagnent depuis plus de deux ans l’intervention des troupes francaises et des opérations onusiennes de « maintien de la paix », qui ont atteint la dimension du scandale. Des articles de presse faisaient état l’an dernier déjà d’une « multiplication des affaires » et l’ONU avait relevé de ses fonctions son représentant spécial à Bangui, la capitale de la RCA.

Récemment, le secrétaire général de l’ONU Ban-Ki-moon avait qualifié de « cancer » les violences sexuelles commises par les troupes opérant en Centrafrique.

Six mois après le début de l’opération Sangaris, un travailleur humanitaire œuvrant pour le compte de l’ONU avait déjà fait fuiter aux autorités francaises un rapport des Nations-unies révélant qu’une dizaine de soldats français de Sangaris étaient accusés d’avoir abusé sexuellement d’enfants entre décembre 2013 et mai-juin 2014.

Le magazine Jeune Afrique cite le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, disant « prendre ces [denières] allégations, dont certaines sont particulièrement odieuses, extrêmement au sérieux. » et l’ambassadeur francais auprès des nations-unies François Delattre a dit : « Les cas d’abus et d’exploitation sexuels allégués sont particulièrement révoltants et odieux ».

Depuis le début de l’année les cas de violences sexuelles contre des mineurs continuent de se multiplier, selon les Nations-unies.

Depuis plusieurs mois, les manifestations d’hostilité aux troupes francaises de la part de la population locale augmentent. Les convois militaires francais sont hués à leur passage par des foules hostiles criant des slogans faisant allusion à des vols et aux attaques sexuelles.

Selon les déclarations officielles, l’opération Sangaris avait pour but de « stopper le massacre intercommunautaire ». Hollande avait affirmé que la politique de son gouvernement était de désarmer les groupes en guerre et de restaurer la stabilité pour éviter un plus grand bain de sang. La mission de la France était « nécessaire si on veut éviter qu’il se produise ici un carnage. »

« La France vient défendre avec vous la dignité humaine », avait dit Hollande à Bangui quelques jours après le début de l’opération.

Ces scandales à répétition démentent de facon éclatante le prétexte du gouvernment PS que les régiments de parachutistes et la légion étrangère ont été envoyés en Centrafrique pour des raisons « humanitaires ». Les actes reprochés aux troupes francaises sont le reflet fidèle, dans la psychologie et le comportement individuel des officiers et des soldats, des rapports impérialistes entretenus par le capitalisme francais avec les masses opprimées en Afrique.

L’intervention militaire francaise avait pour objectif, en accord avec le gouvernment Obama, de contrecarrer l’influence grandissante de la Chine en Centrafrique, pays riche en ressources minérales et énergétiques. Paris vise à contrôler ce pays stratégiquement situé au centre de l’Afrique et y détruire l’influence de la Chine. Celle-ci avait conclu, sous l’ex-président Bozizé, plusieurs accords-clés avec la Centrafrique dont des contrats pétroliers et une coopération militaire.

Bozizé avait lui-même accusé l'impérialisme français de chercher à le faire tomber parce qu'il avait passé des accords pétroliers avec la Chine, avant d’être renversé par les milices de la Seleka encouragées par la France.

Au moment où l’opération fut lancée, la société française Areva était en train de mettre au point l’un des plus importants investissements de la RCA, un projet de mine d’uranium dans le Sud du pays.

Les récentes élections, tenues dans le contexte de l’opération Sangaris et de l’opération onusienne Minusca, ont produit au mois de février un nouveau gouvernment cautionné par la France. Les ministres français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et celui de la Défense Jean-Yves Le Drian étaient présents le 30 mars à l’investiture du nouveau président, l’ex-premier ministre de Bozizé, Faustin-Archange Touadéra.

Le Drian a annoncé le même jour le retrait au cours de 2016 des forces de Sangaris estimant que leur mission avait été accomplie. Une des premières déclarations de Touadéra a été de dire qu’il était inquiet du départ des troupes francaises. « Bien sûr, il y a les forces des Nations unies mais ces deux entités se complètent dans leurs actions. Vu que le territoire est grand et que les menaces sont encore là, nous avons quand même des soucis » avait-il dit.

La révélation du comportement des troupes francaises vis-à-vis de la population africaine démasque les organisations de la pseudo gauche comme le NPA qui, après avoir salué l’attaque de la Libye par l’OTAN sur la base de prétentions « humanitaires » frauduleuses, a cherché à couvrir l’intervention militaire du PS dans la zone du Sahel, puis en Centrafrique, en prétendant qu'elle visaient à assurer la « sécurité ».

En septembre 2014, Jean Batou un membre de l’organisation suisse SolidaritéS affiliée au NPA niait expressément les objectifs prédateurs du gouvernment PS dans l’organe en anglais du NPA, International Viewpoint, essayant en même temps de recycler des « motifs humanitaires » discrédités en « défense de la sécurité » par Hollande et son PS.

Il écrivait alors que les « arrières-pensées d’ordre économique » d’un Sarkozy en Libye et en Côte d’Ivoire semblaient « moins évident[es] de la part de François Hollande au Mali, et très contestables en RCA ».

« Il parait clair » écrivait-il « que l’envoi de troupes de choc visant à éviter le naufrage définitif d’‘Etats faillis’, comme la Centrafrique, obéit d’abord à la nécessité de maintenir la sécurité dans son ‘pré carré’. »

Ce qui « parait clair » au contraire c’est que les « troupes de choc » de l’impérialisme francais sont devenues le refuge d’éléments fascistes et pro-nazis qui renouent avec les traditions de ceux utilisés en grand par l’impérialisme francais dans ses guerres coloniales des années 1950 et 1960 et dont un Jean-Marie le Pen est l’illustration.

En décembre 2013 était apparu publiée sur la page facebook de l’armée francaise la photo, retirée ensuite, d’un sergent francais d’un régiment parachutiste de Castres en Centrafrique portant sur l’uniforme un écusson avec la devise SS « Meine Ehre heisst Treue » ( Mon honneur s’appelle fidélité).

En novembre 2013 la presse francaise publiait la photo d’un légionaire de l’operation Serval au Mali portant un foulard à tête de mort, un autres symbole SS. En 2008, un régiment de génie parachutiste de Montauban était secoué par le scandale des photos divulguées par le Canard enchainé de trois de ses soldats, néonazis, faisant le salut hitlérien enveloppés d’un drapeau à croix gammée.

La chaine ininterrompue des révélations de violences sexuelles depuis le début de l’intervention impérialiste française en Centrafrique montre que les émules de ces traditions, encouragés par la politique réactionnaire du PS et de la pseudo gauche, et par la montée du FN en France, se sentent à présent légitimés à pratiquer toutes les formes d’oppression vis-à vis de la population africaine.

Voir aussi:

Des soldats français ont abusé sexuellement d’enfants en République centrafricaine (7 mai 2015)

L’armée française supervise un accord de partage du pouvoir en République centrafricaine (2 février 2013)

La France accentue son intervention militaire en Centrafrique

(7 décembre 2013)

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