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Syrie : Vers une victoire politique et militaire du gouvernement Assad ? (Russie Politics)

par Karine Bechet-Golovko 16 Avril 2016, 04:13 Syrie Assad Victoire Russie

 

A handout picture released by the official Syrian Arab News Agency (SANA) on April 13, 2016 shows Syrian President Bashar al-Assad (C) and his wife Asma (L) casting their votes at a polling station in Damascus during the parliamentary elections. Polls opened in areas of war torn Syria controlled by the president, for a vote that will not be recognised by the United Nations and has been dismissed by regime opponents as illegitimate. / AFP PHOTO / SANA / STR / == RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / HO / SANA" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS ==

CREDIT « AFP PHOTO / HO / SANA 

Le Président syrien, envers et malgré la communauté internationale, continue à défendre les intérêts de son pays. Ça marche et ça énerve. Non seulement, l’armée régulière syrienne est sur le point de reprendre Alep aux mains du groupe terroriste Al-Nusra, mais les élections législatives organisées hier ont provoqué l’engouement de la population et l’ire de la coalition américaine. Le mirage du «Gouvernement de transition», doux euphémisme pour une gouvernance étrangère, s’éloigne et le réarmement des terroristes modérés est à nouveau à l’ordre du jour occidental.

Dans l’ensemble, le processus de paix progresse plutôt bien en Syrie. Selon le dernier rapport du groupe de réconciliation, diffusé en français, sur le site du ministère de la Défense russe :

Accords préliminaires d’adhésion au cessez-le-feu ont été atteints avec représentants d’une cité dans la province de Homs.
Le nombre de villes où les accords de réconciliation ont été signés – 61. Un accord de réconciliation a été conclu avec un leader d’une formation armée qui est active dans la province d’Alep.
Le nombre des groupes armés qui ont adhéré au cessez-le-feu est 50. En général, le cessez-le-feu est observé dans la majorité des provinces de la Syrie.

L’aide humanitaire est largement distribuée. Rien que dans la région de Deir-ez-Zor, depuis janvier, l’aviation russe, avec l’aide de l’armée syrienne, a largué au bas mot 300 tonnes d’aide humanitaire. Dans la province Deraa, 600 familles ont pu recevoir de l’aide humanitaire.

Les villes libérées des terroristes se reconstruisent petit à petit.
Par exemple, communiqué du 12 avril :

Une réunion de travail a eu lieu dans le Centre russe pour la réconciliation avec les dirigeants de l’administration de la cité Al-Qaryatayn (province de Homs). On a discuté les problèmes concernant la restauration de l’infrastructure de la ville et l’aide humanitaire aux habitants qui retournent à leurs maisons.
La formation des convois humanitaires pour les habitants des deux cités dans la province de Homs est poursuivie.
Dans la ville Al-Qaryatayn libérée des terroristes, administration a restauré 800 mètres des lignes électriques au cours des dernières 24 heures. Les sapeurs ont nettoyé 2.4 hectares du territoire. Les habitants locaux ont commencé la reconstruction des maisons.
Pour autant, les combats continuent et les groupes terroristes font encore des victimes :
 
Les formations de Ahrar ash-Sham ont continué des bombardements des cités Sandran, Beït-Smaïra et Kermel par mortiers et LRM improvisés.
 
Les combattants de l’organisation terroriste de Jabhat al-Nusra continuent les bombardements des cités et des positions des troupes gouvernementales axés sur l’arrêt du cessez-le-feu dans les provinces d’Alep, Homs et Lattaquié.
Dans la province de Homs, les cités Ard-al-Jaburinne, Mzan et Skalbia ont été attaquées par mortiers et LRM improvisés. Sept civils ont été tués, 27 ont reçu des blessures de gravité différente.

 

Le contexte montre une évolution positive de la situation, allant dans le sens d’un retour de l’État. L’armée d’Assad, avec l’appui de la Russie lorsque c’est nécessaire, continue le combat contre les groupes terroristes, qui ne sont pas concernés par le cessez-le-feu. Rappelons que Alep est tenu par le groupe al-Nusra. Même s’il plaisait tant à l’ancien ministre des Affaires étrangères français, L. Fabius, il n’en est pas moins un groupe terroriste qui n’a rien de modéré.

Or, si Assad reprend la ville, il restera peu de chances pour les extrémistes de reprendre l’avantage, et le projet occidental dans la région risque d’être mis à mal. Pour éviter cette défaite qui se profile, les États-Unis ont livré aux groupes terroristes des systèmes anti-chars et anti-aériens. Mais ils ne sont pas les seuls à livrer des armes, notamment des bateaux chargés d’armements soviétiques ou issus de l’espace post-soviétique ont été identifiés. Les chargements venaient de Bulgarie, de Roumanie, de Jordanie…

L’on appréciera également l’appel des États-Unis à la Russie pour qu’elle fasse pression sur Assad afin qu’il cesse unilatéralement les combats à Alep. Alep qui est tenu, je le répète, par les terroristes de al-Nusra. Tout cela parce que l’armée peut également toucher d’autres combattants, qui ne sont pas d’al-Nusra. Et en effet, c’est possible, les combattants passant d’un groupe à l’autre, en fonction des salaires ou autres avantages promis. Ce qui montre bien, par ailleurs, le caractère totalement irréaliste de la distinction entre gentils terroristes et méchants terroristes.

L’autre élément qui déstabilise la coalition américano-centrée, est celle des élections législatives en Syrie. La presse française compare même Assad à un autiste, qui se moque de la réalité autour de lui. En effet, comment un chef d’État peut-il mettre l’intérêt national au-dessus de la volonté de la communauté internationale ? Enfin, d’une partie de celle-ci. C’est un crime de lèse-majesté. Il faut effectivement être au minimum autiste pour se comporter de la sorte…

Afin de maintenir une légitimité des institutions administratives syriennes, élément fondamental pour la stabilité étatique et donc pour la lutte contre le terrorisme qui a dévoré le pays, Assad a décidé de maintenir le calendrier électoral. Les Syriens se sont déplacés en masse pour voter, acte civique de résistance au terrorisme, cri pour une normalisation de leur vie. Malgré les menaces des terroristes, malgré le rejet de la communauté internationale, ils se sont déplacés pour leur pays.

Et par là même, ils ont repoussé la question de la mise en place d’un gouvernement de transition, question largement soutenue par les États-Unis et l’opposition syrienne mise en place par l’Arabie saoudite. Car un gouvernement temporaire permet de minimiser le poids d’Assad, sinon de l’écarter du pouvoir, et présente également l’intérêt d’une gouvernance assurée par la communauté internationale, dans ses intérêts propres. Avec tout le danger que cela présente pour le pays, comme l’expérience l’a déjà montré partout où elle a été mise en place.

Donc, forcément, face à cette défaite tant sur le plan politique que militaire de la coalition américaine, le fameux plan B ressurgit. La porte-parole américaine à l’ONU parle le l’échec du processus de paix en Syrie, le Wall Street Journal annonce la décision de réarmer l’opposition.

Et l’Allemagne suit. Et la France, et l’Angleterre. Personne ne veut de ces élections, trop nationales. Personne ne veut d’une paix qui sorte de la zone d’influence de cet Occident imbus de son propre vide. Et le véritable visage de nos valeurs contemporaines occidentales sort en plein jour : si ce n’est pas à nos conditions et dans notre intérêt, on préfère vous voir mourir.

Nous sommes très loin de l’humanisme qui caractérisait, il n’y a pas si longtemps, nos sociétés.

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