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Comment les opposants au leader du Parti Travailliste Corbyn ont tenté un putsch avec des accusations d’antisémitisme (Alternet.info)

par Alternet 13 Mai 2016, 13:30 Parti Travailliste Corbyn Accusation Antisemitisme Instrumentalisation

 

(intro du traducteur)

Les accointances entre Corbyn et la gauche antisioniste sont bien connues. L’essayiste Caroline Fourest avait dénoncé dans un article les « amis intégristes » de Jeremy Corbyn...Ce dernier possède des bureaux dans la mosquée de Finsbury, proche des Frères musulmans.
Eugénie Bastié, Le Figaro, 13/04/2016

M. Corbyn [est] un vieux militant pro-palestinien aujourd’hui accusé d’agir avec mollesse contre les dérapages qui se multiplient au sein de son parti.
Le Monde, Philippe Bernard, 29/04/2016

Le problème d’antisémitisme de Corbyn est un problème pour l’ensemble de l’Europe
Denis Mc Shane, Libération, 3/05/2016

Dérive antisémite chez les travaillistes anglais
Alain Léauthier, Marianne, 6/05/2016

La violente campagne contre le récemment (2015) élu dirigeant du Parti travailliste Jérémy Corbyn, accusé d’avoir ouvert le parti à des antisémites, a traversé la Manche, rendant nécessaire la traduction de cette mise en perspective du journaliste américain Max Blumenthal.

Pacifiste et soutien de la cause palestinienne, Corbyn fut de cette alliance entre la gauche anti-Blair et les communautés musulmanes britanniques pour s’opposer à la guerre d’Irak, au grand damne des lobbies pro-israéliens et des courants atlantistes, qui n’ont pas la mémoire courte, comme l’illustre le papier de Blumenthal.

Comment les opposants au leader du Parti Travailliste Corbyn ont tenté un putsch avec des accusations d’antisémitisme

Plongée dans la campagne pro-israélienne visant à défaire l’émergente aile gauche du Parti travailliste

Le thriller politique de Chris Mullins, A Very British Coup (1982) présentait aux lecteurs britanniques un ancien métallurgiste marxiste nommé Harry Perkins qui provoquait la frénésie de l’élite politique de son pays en remportant une élection dramatique pour devenir Premier ministre. Voulant désespérément déjouer ses projets de fermeture des bases militaires américaines sur le sol britannique, de nationalisation des industries et d’abolition de ’la Maison aristocratique des Lords’, une convergence de forces puissantes menées par les services de sécurité du MI5 fomentent un complot visant à saper Perkins par la surveillance et le subterfuge. Lorsque leurs machinations échouent contre un homme politique résolu et étonnamment rusé, les forces de sécurité ont recours à la fabrication d’un scandale, dans l’espoir de le forcer à abandonner le pouvoir au profit d’un membre plus souple de son propre parti.

Adapté en 1988 dans une mini-série TV qui sera récompensée, le scénario de Mullins ressemble étroitement à la campagne ayant vraiment lieu afin de briser le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn. Populiste de gauche, avec des penchants anti-impérialistes prononcés, Corbyn est considéré par ses adversaires à la même aune que le Perkins de Mullins : ’Vous êtes un cauchemar. Je pourrais toujours me consoler avec l’idée que le socialisme ne marchera jamais’ a dit Percy Brown, un chef aristocrate du MI5 qui avait juré la ruine du premier ministre, à son ennemi. ’Mais vous, M. Perkins, vous pourriez détruire ce en quoi j’ai toujours cru’.

Après des années passées en tant que simple député opposant à l’agenda pro-business de Tony Blair et de mobilisation de l’opposition à l’invasion de l’Irak, Corbyn a émergé l’été dernier comme un favori pour le leadership du parti travailliste. A revers d’une opposition bruyante, il a assommé ses adversaires avec une victoire écrasante, remportant près de 60% des voix, avec l’aide d’une coalition populaire composée d’immigrés musulmans, de cols bleus et de jeunes militants de gauche.

Tout comme le succès de Corbyn a stupéfié l’establishment du parti, son ascension a rendu furieuses les puissantes forces pro-Israëliennes du pays. Le bureau parlementaire de Corbyn a servi de plaque tournante pour le mouvement de solidarité avec la Palestine et son nom figure en bonne place sur les résolutions condamnant les atrocités israéliennes. Lors d’ un forum électoral convoqué l’an dernier par les Amis travaillistes d’Israël (LFI), Corbyn redoubla son soutien à des composantes capitales de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions, une campagne de pression pour qu’Israël respecte les droits fondamentaux des Palestiniens.) Tandis que la candidate favori de Blair, Liz Kendall, promettait de se battre avec ’toutes les fibres de son corps’ contre BDS.

Juste après la victoire de Corbyn, l’auteur Chris Mullins prédit que le nouveau dirigeant travailliste ferait face à une tempête d’attaques malveillantes similaires de celles qui visaient son personnage Perkins. ’Les médias vont devenir dingues, bien sûr,’ déclara Mullins au quotidien The Independant. ’Il y aura des tentatives de dépeindre [Corbyn] comme Trot [skiste]. Je pense que ça a peut-être déjà commencé. Chaque élément de son passé sera passé au crible et tous les postes qu’il a occupés lui seront renvoyés dans les pattes. On va rechercher ses anciens épouses et petites amies. Sa santé mentale sera mise en question.’

Faire diversion aux inégalités

Le Premier ministre conservateur David Cameron a donné le ton de la campagne de dénigrement qui s’annonçait quand il a tweeté, au lendemain de l’élection de Corbyn, ’Le parti travailliste est maintenant une menace pour notre sécurité nationale, notre sécurité économique et la sécurité de votre famille.’

C’est à peu près à ce moment que les allégations au sujet d’un ’problème d’antisémitisme’ au parti travailliste a commencé à percer. Alors que les élections locales de cette semaine approchaient, les chœurs d’indignation ont émergé dans les médias mainstream. Du Daily Mail - le tabloïd toujours détenue par la famille Rothermere, qui avait soutenu la ’British Union of Fascists’ et exprimé son admiration pour Hitler dans les années 1930 - jusqu’au progressiste Guardian hurlant au sujet d’une haine du Juif qui se répandrait dans les rangs travaillistes depuis son ouverture à des soi-disant Corbynistas. Même le gouvernement israélien est intervenu dans cette séquence, avec son ambassadeur dénonçant Corbyn à la télévision nationale tandis que le Parti travailliste israélien menaçait de boycotter son parti frère du Royaume-Uni.

Derrière ce scandale orchestré, il y a une vraie lutte portant sur l’évolution du Labour. Les éléments droitiers soutenus par Tony Blair sont déterminés à éliminer l’influence de la grandissante jeunesse et base multi-ethnique du parti, révulsés par les politiques bellicistes et pro-business du passé. Avec la classe moyenne britannique en ruine après trois décennies de réductions des prestations et une nouvelle génération en révolte ouverte, l’aile blairiste de Labour a adopté une stratégie cynique afin de briser la coalition progressiste qui a porté Corbyn au pouvoir.

En étiquetant comme antisémite la solidarité grandissante avec la cause palestinienne au sein de militants d’extrême-gauche et des Britanniques musulmans, les éléments ligués contre Corbyn ont réussi à fabriquer un scandale qui masque des questions plus importantes. Des blogueurs de droite ont été envoyés fouiller les messages postés sur les réseaux sociaux par de nouveaux membres du Labour, afin de déceler des preuves de commentaires offensants à propos d’Israël et des Juifs ou d’en inventer quand il n’y en avait pas. Dans l’atmosphère paranoïaque que les ennemis de Corbyn ont cultivé, presque toute expression excessive de l’anti-sionisme semble susceptible de déclencher une suspension du parti.

Le scandale engendré par les ennemis Corbyn à l’intérieur du parti offre au Premier ministre Cameron la possibilité de faire diversion : à l’affaire de sa famille cachant sa richesse dans un paradis fiscal offshore, au chaos sur le débat Brexit et aux résultats désastreux de ses attaques islamophobes contre le candidat musulman à la mairie de Londres, Sadiq Khan. Parmi les plus désireux de se joindre à la curée, on trouve le maire de Londres , Boris Johnson, qui a déclaré qu’ ’un virus de l’ antisémitisme plane au-dessus du parti travailliste’, quelques jours après avoir prétendu que ’l’héritage partiellement kenyan’ d’Obama lui donnait ’une aversion ancestrale de l’Empire britannique’.

Tout à coup, Corbyn et ses alliés, qui ont commencé leurs carrières dans des batailles anti-racistes et populaires, se retrouvent sur la défensive au sujet de l’intolérance – alors que certains de leurs accusateurs ont quant à eux un vrai passif en matière de rhétorique raciste. Avec près de 20 membres du parti déjà suspendus pour des commentaires prétendument antisémites, la chasse aux sorcières revendique la tête de Jackie Walker, une activiste juive noire vétéran de la lutte antiraciste et pilier de l’aile gauche du Labour. Le péché de Walker a été de qualifier la traite transatlantique d’ ’holocauste africain.’ [et d’avoir mis en cause la participation d’ancêtres dans la traite, NdT]. Cités hors de leur contexte (discussion sur les réseaux sociaux) et sortis par un groupe appelé ’Mouvement pour la défense d’Israël’, ses commentaires ont déclenché sa suspension immédiate. ’S’ils peuvent me faire ça à moi,’ a déclaré Walker, ’alors ils peuvent le faire à n’importe qui.’

Ceux qui sont derrière cette surenchère ne seront satisfaits que lorsque Corbyn sera directement mis en cause à son tour. En effet, le montage du “scandale de l’antisémitisme” semble n’être qu’ une étape sur le chemin d’un coup d’Etat sans effusion de sang.

Montage d’un scandale

Loin du regard des médias britanniques traditionnels, un chercheur nommé Jamie Stern-Weiner a mené peut-être l’enquête la plus approfondie sur la proclamation d’un ’problème d’antisémitisme’ au sein du parti travailliste. Stern-Weiner a constaté que sur 400.000 membres du parti, peut-être une douzaine avaient été suspendus pour des propos supposément antisémites.

En étudiant chaque cas, il a découvert que beaucoup, sinon la plupart des commentaires provocants étaient liés à Israël et la politique israélienne, et non aux Juifs en tant que tels. Stern-Weiner a poursuivi en démontrant que Guido Fawkes, le blogueur de droite spécialiste en commérage et responsable d’un nombre important de scandales d’antisémitisme ayant éclaté dans les médias britanniques, avait falsifié des messages trouvés sur les réseaux sociaux pour les faire apparaître plus offensants qu’ils ne l’étaient en réalité.

Le fossé entre les preuves fournies et les condamnations radicales qui ont paru dans la presse ... est vraiment énorme’ conclut Stern-Weiner. ’Même si toutes les accusations étaient avérées, cela prouverait quoi ? Les messages publiés par une poignée de membres du parti, pour la plupart de jeunes adhérents, n’est pas nécessairement représentative, et ne démontrent pas, tout simplement, l’existence d’un antisémitisme répandu.’

Antisémitisme sans preuve

Bien que la presse britannique a présenté la question du ’problème de l’antisémitisme’ du parti travailliste comme un phénomène découvert récemment et totalement spontané, des membres du parti l’ont en fait mis en avant depuis la course à la direction du Parti travailliste. Et beaucoup des messages offensants publiés sur les réseaux sociaux l’ont été au cours de l’assaut israélien sur la bande de Gaza en 2014, quand le parti était sous le commandement de Ed Miliband, Juif lui-même, il a critiqué sévèrement Israël à l’époque.

La question a gagné en importance en février, quand Alex Chalmers a démissionné de la vice-présidence du club travailliste de l’Université d’Oxford. Selon Chalmers , les militants pro-palestiniens avaient pris le contrôle de la section travailliste de son établissement et rendu la vie des étudiants juifs insupportable. Il déroula une litanie d’incidents qui, selon lui, constituaient de l’antisémitisme. La quasi-totalité étaient liés à Israël : de remarques énervées au sujet de son gouvernement à des déclarations de soutien au Hamas. Le grief principal de Chalmers concernait des ’membres de la direction [de la section] qui employent le terme ’Sio’- un raccourci pour ’sioniste’, ce qu’il considère comme l’incarnation même de la rhétorique antisémite.

Chalmers n’a fourni aucune preuve pour étayer ses allégations incendiaires. Et aucune n’a été nécessaire pour que le scandale fasse son chemin à travers l’Atlantique. Quelques jours après la démission de Chalmers, ses déclarations étaient reprises dans les pages opinions du New York Times par Roger Cohen, un chroniqueur pro-israélien favorable à la relocalisation permanente et forcée de millions de Palestiniens hors de leur patrie. Relayant les accusations non sourcées de Chalmers, Cohen affirmait que le parti travailliste était devenu infecté par ’un antisémitisme de gauche’ sous la direction de Corbyn.

Dans sa tribune, Cohen a oublié de mentionner les attaches partisanes qui motivaient par ailleurs Chalmers et que ce dernier avait délibérément dissimulées. Comme la journaliste Asa Winstanley l’a révélé , Chalmers avait été stagiaire au BICOM, bras principal du lobby pro-israélien du Royaume-Uni, qui a récemment publié l’appel aux armes suivant : ’Gardez votre fourche disponible pour Corby’. La biographie en ligne de Chalmers qui mentionnait son poste au BICOM a été mystérieusement effacé à l’époque où il a rendu publique ses accusations d’antisémitisme à Oxford. Lorsque Winstanley a contacté Chalmers au sujet du stage, celui-ci a mis son compte Twitter en mode ’privé’ et a disparu des radars.

Comme Perkins l’a montré dans ’A Very British Coup’ : ’Le temps que vous prouviez quoi que ce soit, le mal est déjà est fait.’

Le coup de grâce de Ken-le-Rouge

Fin avril, la chasse aux sorcières grandissante revendiqua ses premières victimes de premier plan. Ce fut d’abord la parlementaire Naz Shah, une star montante du parti travailliste et musulmane féministe fervente. Shah fut ’débusquée’ par un blogueur de droite habitué aux ragots après avoir publié une image virale sur Facebook qui imaginait les bénéfices géopolitiques à déplacer Israël sur le sol des Etats-Unis. Suite à sa suspension, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, porte-étendard de la gauche britannique qui a accompagné les grandes campagnes anti-raciste des années 1980, est passé sur les ondes pour défendre Shah. (Livingstone était parmi les figures qui ont inspiré le protagoniste Perkins dans le roman de Mullins.)

Durant un exercice incontestablement contre-productif et possiblement sous les effets de l’alcool, Livingstone a déclaré qu’Hitler, en fait, avait apporté un soutien au mouvement sioniste. En l’espace de quelques heures, lui aussi fut suspendu. Comme avec Shah, les accusations d’antisémitisme qui suivirent sa suspension tournaient autour de propos liés à Israël, et non à l’ensemble des Juifs.

Livingstone s’est peut-être rendu coupable d’être sorti des rails, mais il n’a pas forcément tort sur le fond. L’histoire de la collaboration économique et politique de l’Allemagne nazie avec le mouvement sioniste au cours des années 1930 est largement connue et bien documentée, même Elie Wiesel a évoqué ouvertement la question de la coopération sioniste avec les sbires d’Hitler.

Ignorant l’assise historique des propos de Livingstone, The Guardian le disqualifia un peu rapidement en le qualifiant de ’bizarre’ , se demandant ’où il voulait en venir.’ John Mann, député de l’aile droite du parti travailliste, est allé plus loin en malmenant Livingstone devant une nuée de caméras au sujet de son ignorance supposée du mal incarné par Hitler. ’Il y a un livre intitulé Mein Kampf !’ hurla Mann. ’A l’évidence, vous n’avez jamais entendu parler de lui.’

Un ’assassinat civile ciblée’ de haut niveau

Derrière la fureur entourant la critique d’Israël, il y a une constellation de forces politiques exploitant le problème pour réduire à néant la révolution [progressiste] qui se déroule au sein de la base travailliste.

Sous les auspices de Blair, de puissants éléments pro-israéliens s’étaient faits une place dans le parti, renversant le fort soutien du parti travailliste à la cause palestinienne sous l’ère Thatcher. L’adhésion aux Travaillistes Amis d’Israël (LFI), une faction de lobbying pour Israël, est devenu un must pour les membres du parlement cherchant des postes ministériels sous Blair et son successeur, Gordon Brown. Parmi les plus généreux bailleurs de fonds du LFI on retrouve Baron Sainsbury of Turville, un milliardaire reclus qui est l’héritier de la fortune née de la chaîne de supermarchés Sainsbury. Sainsbury est également un bailleur de fonds clé de Progress, la faction établie par les éléments pro-Blair pour promouvoir son programme au milieu des années 1990.

Les membres conjoints de LFI et Progress ont conduit la croisade visant à dépeindre Corbyn et ses alliés comme une bande d’antisémites enragés. Lord Michael Levy, ancien envoyé spécial au Moyen-Orient sous Blair et bailleur de fonds éminent de LFI, a amplifié les attaques avec une série d’apparitions dans les médias, dans lesquelles il a accusé Corbyn de faiblesse face à l’antisémitisme. Une nouvelle et inhabituelle ligne d’attaque tient Corbyn comme responsable d’un présumé manque à gagner de dons au Parti travailliste de la part des ’donateurs juifs’ tels que Levy.

La panique qui se propageât à travers l’aile droite travailliste au lendemain de l’élection de Corbyn résonna jusqu’à Jérusalem, où le gouvernement israélien a promis une campagne d’’éliminations civiles ciblée ’ (expression cryptée que l’on pourrait traduire par lynchage à base d’attaques ad hominem) contre des militants de la solidarité avec la Palestine. En prenant la tête du Labour, Corbyn est devenu sans doute le plus éminent partisan de BDS dans le monde. Le gouvernement israélien l’avait placé en haut de sa “liste noire” politique et se tenait prêt à ouvrir le feu au moment opportun.

Chose qui fut faite le 1er mai, lorsque Andrew Marr de la BBC a accueilli l’ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni, Mark Regev, pour une longue interview. Quiconque a suivi la couverture médiatique internationale de l’une des trois dernières agressions israéliennes sur la bande de Gaza se souviendra de Regev comme le visage et la voix de la propagande israélienne, vendant sans sourciller les massacres de civils assiégés comme des actes de légitime défense.

Assis en face d’un hôte exceptionnellement réceptif, Regev s’est lancé dans une tirade contre l’aile pro-Corbyn du Labour et la gauche en général, déclarant qu’elle avait ’franchi la limite’ de l’antisémitisme, l’accusant même d’’embrasser la cause du Hamas.’ Jouant avec les insinuations visant à présenter Corbyn comme un partisan des insurgés islamistes, Regev exigea de Corbyn qu’il envoyât un ’message sans équivoque’ de rejet du Hamas et du Hezbollah. Marr a surenchéri, prétendant sans fondement que l’attaché de presse de Corbyn, Seumas Milne, aurait déclaré ’c’est un crime pour l’Etat d’Israël que d’exister.’ Il fallut à Marr plus d’une demi-heure pour retirer son mensonge. Mais le mal était fait, comme d’habitude.

Le spectacle d’un diplomate étranger issu d’un pays avec l’un des pires passifs au monde en matière de droits de l’homme s’ingérant dans une compétition électorale locale pour nous présenter le leader d’un parti politique majeur comme un raciste soutenant le terrorisme incarne parfaitement la nature de la campagne contre Corbyn.

Concue par des personnalités politiques médiocres et soutenues par des Lords milliardaires et médiatisée complaisamment par Fleet Street [les médias], ceux qui mènent la charge contre Corbyn nous rappellent les aristocrates sournois épinglés par Perkins lors d’un dernier appel télévisé aux électeurs : ’Vous le peuple devez décider si vous préférez être dirigé par un gouvernement élu ou par des personnes dont vous n’avez jamais entendu parler, des gens pour qui vous n’avez jamais voté, des gens qui se tiennent en silence dans les coulisses...

Il n’y a pas eu de réaction de défi similaire de la part de Corbyn. Au lieu de cela, il a ordonné une enquête indépendante sur l’antisémitisme au sein de son parti, suscitant d’autres attaques alors même qu’il cédait aux pressions.

Redéfinir l’antisémitisme à des fins partisanes

L’enquête à venir ne sera que la dernière d’une série réalisée au cours des dernières années. En janvier 2015, la Commission parlementaire contre l’antisémitisme a publié un rapport détaillé sur l’antisémitisme au Royaume-Uni. Il a été rédigé par David Feldman, un des meilleurs connaisseurs de l’histoire de la communauté juive britannique et directeur du Pears Institute for the Study of Anti-Semitism à l’Université de Birkbeck.

A peine choisi comme vice-président de la nouvelle enquête, Feldman subissait des attaques de la presse pro-Israëlienne. Ses adversaires ont été particulièrement énervés par la définition de l’antisémitisme qu’il livrait dans son rapport de 2015, inspirée du philosophe juif Brian Klug : ’Une forme d’hostilité envers les Juifs en tant que Juifs, dans lequel ils sont perçus comme autre chose que ce qu’ils sont.’

En rejetant la définition politisée introduite par les forces pro-Israëliennes, qui considèrent l’adoption de ’doubles standards’ envers Israël comme une forme de discrimination anti-juive, Feldman les a privés de leur argument préféré contre les sympathisants de la cause palestinienne.

Comme Stern-Weiner l’a froidement démontré, la grande majorité des accusations portées contre des membres du Labour sont liées à des commentaires sur l’État d’Israël, et non pas le peuple juif. Afin de dépeindre les membres antisionistes du Labour comme de dangereux antisémites, les adversaires de Corbyn ont dû recourir à un amalgame entre Israël et tous les Juifs. Ironie du sort, ils se sont appuyés sur le même amalgame que font les antisémites avérés lorsqu’ils mettent en accusation la communauté juive mondiale pour les crimes d’Israël contre les Palestiniens.

Jonathan Freedland, un chroniqueur vétéran pour The Guardian, a été parmi les utilisateurs les plus agressifs de cette tactique. Sioniste de gauche revendiqué, Freedland a insisté sur son droit de définir l’antisémitisme comme il l’entendait et sans aucun examen critique de la part des non-Juifs, tout comme ’les Noirs sont généralement autorisés à définir ce qui relève du racisme ou non.’ Par extension, il a cherché un droit illimité à utiliser ’Juifs’ comme signifiant à la fois Israël et le sionisme, et à assimiler arbitrairement les Juifs du monde entier avec un État juif auto-proclamé que seule une minorité d’entre eux habitent.

Faisant écho à Freedland, Ephraim Mirvish, le grand rabbin du Royaume-Uni, a déclaré que "on ne peut pas faire plus de distinction entre sionisme et judaïsme qu’entre la ville Londres et la Grande-Bretagne.’ Mirvish a insisté sur le fait que les non-Juifs étaient hors limite en remettant en cause l’assimilation des Juifs avec le projet politique d’un État juif, ignorant ainsi les sondages montrant qu’un tiers des juifs britanniques se définissent comme anti ou a-sioniste.

John Mann, le membre du Parlement qui a poursuivi Livingstone dans un couloir en hurlant au sujet de Hitler, a dit que la frontière de ce qui constitue l’antisémitisme était claire. Mais lors de son témoignage à un ’tribunal ’ raté de « l’antisémitisme institutionnel » sur les campus, Mann fut sévèrement critiqué pour son incapacité à localiser cette frontière.

En évitant de mettre en avant une définition cohérente de l’antisémitisme et en exploitant la politique ’identitaire’ pour faire taire ceux qui le font, les éléments pro-israéliens du Labour tentent d’imposer une nouvelle règle qui pourrait s’assimiler à un serment de loyauté envers Israël.

Un putsch qui vient ?

En avril, des membres de l’aile droite du Labour ont proposé un changement de règle qui permettrait au parti d’exclure des membres pour avoir exprimé des opinions jugées antisémites. Menant la charge se trouvaient Jeremy Newmark, président du mouvement travailliste juif pro-Israël, et Wes Streeting, un membre du Parlement et ancien employé de la faction blairiste Progress.

Lorsque la fureur autour des commentaires de Livingstone sur la collaboration sioniste avec l’Allemagne nazie a éclaté, l’appel à un changement de règle s’est intensifié, révélant par inadvertance l’objectif réel de cette préconisation : créer un outil permettant de purger les anti-sionistes des rangs du parti. S’il est appliqué, le changement de règle pourrait fonctionner, de fait, comme un serment de loyauté envers Israël pour les nouveaux membres du Labour et pourrait même se traduire par une série de mises en accusation pour ceux qui ne parviennent pas à suivre la ligne idéologique.

Bien que le Labour ait eu des résultats bien meilleurs aux élections locales du 5 mai que ce que des médias en général hostiles avaient prédit, les adversaires de Corbyn sont déterminés à le dépeindre comme inéligible, tout comme ils l’ ont fait pendant la campagne de l’année dernière pour la direction du parti.

Avant même que le décompte n’ait eut lieu, ils étaient sur leurs gardes, prêt à le pilonner. « Nous devons nous débarrasser de lui. Il ne peut pas être autorisé à continuer », déclara un membre du Labour décrit comme ’centriste’ par le Daily Express, le jour des élections locales.

Les résultats positifs peuvent offrir à Corbyn un peu de répit, mais ses ennemis ont révélé leurs intentions. Ils sont déterminés à l’enterrer de la même manière que le méchant de fiction Sir Percy Brown tente avec le Premier ministre Harry Perkins. ’En Amérique du Sud, ils appelleraient cela un coup d’État’ se défend Perkins lorsque Brown lui présente des faux-documents chocs fabriqués par ses services de sécurité.

Mais sans peloton d’exécution,’ répond Brown sereinement. ’Pas de torture, aucune effusion de sang. Un coup très britannique, n’est-ce pas ?

Max Blumenthal

Max Blumenthal est senior editor du Grayzone Project du site d’information AlterNet, and l’auteur récompensé de Goliath et Republican Gomorrah. Son livre le plus récent est The 51 Day War : Ruin and Resistance in Gaza. Pour l’anecdote, mais c’est aussi révélateur de l’évolution des Juifs progressistes américains, Max Blumenthal est le fils de Sydney Blumenthal, ancien proche conseiller d’Hillary Clinton. Son compte sur twitter : @MaxBlumenthal.

Traduction OP

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