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Comment mettre fin au chaos créé par Hillary Clinton – et BHL – en Libye ? (Consortiumnews)

par Robert Parry 4 Mai 2016, 17:41 Libye Hillary Clinton BHL Impérialisme Crimes contre l'humanité Américafrique Articles de Sam La Touch

Comment mettre fin au chaos créé par Hillary Clinton – et BHL – en Libye ? (Consortiumnews)
La stratégie du « changement de régime » en Libye, programme d’Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’État, est en train d’évoluer de tragique à tragi-comique, alors que l’administration Obama essaye par tous les moyens d’imposer un peu d’ordre dans ce pays d’Afrique du Nord autrefois prospère. Un pays déchiré par la guerre civile depuis qu’Hillary Clinton a poussé au renversement et à l’assassinat du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, en 2011.

Le problème que Hillary Clinton a tant contribué à créer, est devenu encore plus grave depuis que les terroristes de Daech (pseudo État islamique) se sont implantés à Syrte et ont commencé à décapiter des « infidèles » et à fomenter des attaques terroristes chez les voisins européens.

Certains responsables de l’administration Obama sont également désespérés par l’aggravation du fiasco libyen qui menace de discréditer non seulement le mandat du président Barack Obama, mais, également, la campagne électorale d’Hillary Clinton pour l’investiture démocrate à la présidentielle, et ensuite, pour la Maison Blanche. Ces responsables voient donc qu’ils n’ont d’autres choix que d’être très prudents ou, dit métaphoriquement, réciter quelques Ave Maria.

La dernière initiative de Washington fut le débarquement à Tripoli du « gouvernement d’unité » concocté par les États-Unis et les Nations-Unies, et bricolé avec les responsables occidentaux dans des chambres d’hôtel au Maroc et en Tunisie. Mais, en guise d’ « unité », les occupants du bateau, en essayant d’écarter de force deux gouvernements rivaux, ont failli provoquer plus de divisions et de guerres. Suite au refus de l’un des deux gouvernements rivaux de laisser atterrir à Tripoli un avion transportant les dirigeants de l’ « unité », ils ont dû débarquer dans une base navale où ils sont toujours bloqués.

Cette initiative exceptionnelle de l’administration Obama rappellera aux vieux spécialistes de la sécurité nationale d’autres fiascos subis par Washington dans sa velléité de changer le futur d’autres pays en formant un gouvernement à l’extérieur. Ce fut le cas avec les Contras au Nicaragua dans les années 1980, ou avec le Congrès national irakien en 2003, aux seules fins d’imposer aux citoyens de ces pays des dirigeants de leur choix.

Quand j’ai entendu l’information sur le débarquement, me sont revenues à la mémoire les images du général Douglas Mac Arthur pataugeant sur la côte lors de son retour aux Philippines, durant la Seconde Guerre Mondiale.

Comment ce « gouvernement d’unité » libyen va-t-il convaincre ses rivaux d’accepter sa légitimité sans utiliser la force militaire pour prendre réellement le pouvoir dans toute la Libye ? Mystère. L’administration Obama risque simplement d’introduire un troisième rival dans la mêlée. Bien que le « gouvernement d’unité » ait attiré des membres des deux autres gouvernements, la résistance des Américains à intégrer plusieurs personnalités clé, dont le général Khalifa Haftar, un militaire puissant dans l’est de la Libye, ne fait que menacer de prolonger et, probablement, aggraver la guerre civile.

Le plan américain pour établir l’autorité du « gouvernement d’unité » est centré sur l’utilisation des 85 milliards de dollars des réserves étrangères de la Banque centrale de Libye pour convaincre d’autres dirigeants libyens. Mais la question est de savoir si le stylo posé sur le carnet de chèques de la Banque centrale est plus puissant que l’épée, les milices associées aux régimes rivaux disposant de nombreuses armes.

Outre la carotte de l’argent tendue à des politiciens libyens et des combattants dociles, l’administration Obama brandit aussi le bâton en menaçant les Libyens récalcitrants de sanctions financières, ou en les qualifiant de « terroristes » avec toutes les conséquences légales et dangereuses qu’un tel qualificatif suppose. Ces tactiques – corruption et menaces – peuvent-elles, cependant, réellement unifier une Libye profondément divisée, particulièrement lorsque certaines factions responsables du chaos sont des Islamistes qui considèrent leur rôle au-delà du politique au sens strict, même si la faction islamiste, à Tripoli, est, aussi, opposée à État islamique ?

Il semble qu’un autre plan visant l’unité, qui avait obtenu un soutien plus large des factions rivales et incluait Haftar au poste de nouveau commandant en chef de l’armée libyenne, a été rejeté par les responsables américains de peur que le général ne devienne aussi incontrôlable que Kadhafi.

Cependant, Haftar et ses troupes sont considérés comme une force importante pour vaincre les Islamistes et, selon des sources des services de renseignements, ils collaborent déjà avec les forces spéciales américaines et européennes dans ce combat.

Après le débarquement, le « gouvernement d’unité » a commencé à tenir des réunions officielles, mais à l’intérieur de la base navale bien gardée. Comment le Premier ministre d’ « unité », Fayez Sirraj, et six autres membres du Conseil présidentiel peuvent-ils imposer leur autorité à Tripoli, puis dans tout le pays ? Cela n’est pas encore clair.

L’image de ces responsables d’ « unité », représentant ce qui est appelé le Gouvernement d’Accord national, se terrant, dos à la mer, dans la base navale, incapables d’envoyer leurs subordonnés prendre le contrôle des bâtiments gouvernementaux et ministériels, rappelle comment le précédent gouvernement internationalement reconnu, la Chambre des Représentants ou HOR, fut réuni sur un bateau de croisière à Tobrouk, à l’est. Pendant ce temps, le chef rival du HOR, le Congrès national général, se renommait Gouvernement de salut national, imposant sa légitimité à Tripoli, son contrôle se limitant à quelques villes libyennes.

Khalifa Ghwell, le dirigeant du Gouvernement de salut national qualifiait aussitôt les dirigeants d’ « unité » à la base navale, d’ « infiltrés » et exigeait qu’ils se rendent. Puis, les représentants du « Gouvernement d’unité » ont menacé de transmettre les noms de ses rivaux à Interpol et aux Nations unies avec l’étiquette « complices du terrorisme ».

Le lendemain, l’Union Européenne imposait le gel des actifs de Ghwell et des dirigeants des parlements rivaux de Tripoli et Tobrouk. Selon certaines sources, avec le mélange de carotte et de bâton le « gouvernement d’unité » a obtenu quelques succès en obtenant le soutien d’une dizaine de villes et villages de l’ouest libyen.

Peu après la sélection par les Américains et les Nations-unies des dirigeants du « gouvernement d’unité », Fayez Al-Sirraj, son Premier ministre, a rencontré Haftar, le 30 janvier 2016. Une initiative qui n’a pas plus à Washington qui préfère isoler Haftar du nouveau gouvernement.

Le succès ou l’échec de cette dernière tentative de l’admnistration Obama pour imposer quelque peu d’ordre en Libye – et faire en sorte que les participants à la guerre civile concentrent leurs forces contre État islamique – pourrait avoir des conséquences politiques aux États-Unis mêmes.

La crise persistante menace de rappeler aux électeurs des primaires du Parti démocrate le rôle d’Hillary Clinton dans l’éclatement du chaos en 2011, lorsqu’elle fit pression sur le président Obama pour s’opposer à une offensive militaire de Kadhafi, alors que celui-ci avait averti qu’il s’agissait de terroristes islamiques opérant dans l’est. Pour Clinton et autres « libéraux interventionnistes » autour d’Obama, il s’agissait simplement, disaient-ils avec insistance, de protéger les Libyens d’un possible massacre. Les frappes soutenues par les États-Unis en Libye se sont rapidement transformées en opération de « changement de régime », et ont anéanti en grande partie l’armée libyenne.

Les échanges de emails d’Hillary Clinton ont révélé que ses collaborateurs considéraient la guerre de Libye comme une chance de pouvoir édicter une « doctrine Clinton », se vantant de la façon intelligente dont Hilary Clinton utilisait le « smart power »* pour se débarrasser des dirigeants étrangers diabolisés comme Kadhafi. Mais, à la chute de Kadhafi, c’est le président Obama qui s’est trouvé sous le feu de la rampe, neutralisant l’équipe de Clinton.

Cependant, Clinton n’a pas raté sa seconde chance de se faire valoir. C’était le 20 octobre 2011, après l’arrestation de Kadhafi par des « militants » qui le sodomisèrent avec un couteau puis l’assassinèrent. Interviewée à la télévision, elle célébra la mort de Kadhafi par ce jeu de mots : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ! ».

Une fois Kadhafi et son régime laïc hors du chemin, les activistes islamistes ont étendu leur main mise sur le pays. Certains étaient des terroristes, comme Kadhafi l’avait dit. Un groupe islamiste a attaqué le consulat américain de Benghazi, le 11 septembre 2012, tuant l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains, un incident que Clinton a qualifié de pire moment de son mandat de quatre ans au secrétariat d’État.

La violence prenant du terrain, les États-Unis et d’autres pays occidentaux ont abandonné leurs ambassades à Tripoli. La Libye qui bénéficiait, auparavant, de services publics, est descendue au rang d’État en faillite lorsque État islamique a profité du vide du pouvoir pour prendre le contrôle de Syrte et d’autres territoires. L’une des plus horribles actions d’État islamique fut de transporter des chrétiens coptes sur une plage pour les décapiter.

Cependant, tout au long de sa campagne, Clinton n’a pas cessé de défendre son rôle dans l’instigation du conflit libyen. Elle affirme que Kadhafi avait « du sang américain sur les mains », sans, toutefois, préciser à quoi elle fait référence.

On se pose, cependant, encore de sérieuses questions sur les deux premiers incidents attribués à la Libye au cours desquels des Américains sont morts – l’attentat à la bombe au La Belle, en 1986, à Berlin et celui du vol 103 de la PanAm, au-dessus de Lockerbie, en Écosse, en 1988. Mais quelle que soit la responsabilité de Kadhafi à cette époque, il a renoncé au terrorisme durant la présidence de George W. Bush et a rendu son arsenal militaire non conventionnel. Il a même aidé Bush dans sa « guerre à la terreur ».

L’ignoble fin de Kadhafi a donc plus valeur d’avertissement de ce qui peut arriver à un dirigeant qui fait des concessions importantes sur la sécurité aux États-Unis. Les suites de la stratégie de « changement de régime » instiguée par Clinton en Libye montrent aussi qu’elle et d’autres responsables américains ont tiré peu de leçons du désastre de la guerre en Irak. Hillary Clinton rejette toute comparaison entre son vote pour la guerre d’Irak en 2002 et son orchestration de la guerre libyenne en 2011, disant que c’était une erreur de les « associer ». Elle a également essayé de faire porter la responsabilité aux alliés européens qui ont aussi poussé à la guerre.

Bien que son rival démocrate, le sénateur Bernie Sanders, n’a pas insisté sur son rôle clef dans le fiasco libyen, Hillary Clinton peut s’attendre à une attaque plus dure des Républicains si elle gagne l’investiture. Le problème des Républicains, cependant, est qu’ils se sont focalisés sur l’incident de Benghazi, développant toutes sortes de théories du complot, et n’ont vu que l’arbre qui cache la forêt.

La plus grande vulnérabilité de Clinton concernant la Libye est qu’elle a été à la source d’un autre « changement de régime » désastreux qui a provoqué le chaos non seulement au Moyen Orient et en Afrique du Nord, mais aussi en Europe, où le projet d’Union européenne, un succès majeur post-Seconde guerre mondiale est, aujourd’hui, en danger.

Hillary Clinton peut affirmer qu’elle a une grande expérience en politique étrangère, mais la vérité crue est qu’une grande partie de son expérience est faite de fautes graves et de mauvais calculs meurtriers.

Robert Parry | 1er avril 2016

NdT: *hard power (pouvoir de coercition par la force ou la menace, incarné par le Pentagone) et de soft power (capacité d’attraction par la persuasion, portée par Hollywood et Harvard)

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