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La CIA contre Cuba : éliminer Fidel, Raúl et le Che (Bohémia)

par Lázaro Barredo Medina 8 Mai 2016, 04:29 Cuba USA CIA Elimination Che Fidel Castro Raul Castro

La CIA contre Cuba : éliminer Fidel, Raúl et le Che (Bohémia)
La CIA contre Cuba : éliminer Fidel, Raúl et le Che
Par Lázaro Barredo Medina
Article original: Bohémia,"La CIA frente a Cuba desde 1959 (I) : eliminar a Fidel, Raúl y Che", le 21 avril 2016.

Traduction : France-Cuba

La CIA contre Cuba : éliminer Fidel, Raúl et le Che

Telle était la mission prioritaire des services de renseignement étasuniens bien avant le triomphe de la Révolution en 1959, afin d'empêcher la victoire des forces révolutionnaires.

Bien avant le triomphe de la Révolution en Janvier 1959, les services de renseignement étasuniens ont eu pour missions prioritaires d’empêcher la victoire des forces révolutionnaires et d’assassiner le commandant en chef Fidel Castro.

Par exemple, dès 1958, au moment où Fidel était dans la Sierra Maestra, le colonel Joseph Caldwell King, chef de la Section de l’Hémisphère Occidental de la CIA en charge des opérations cubaines, en collaboration avec William Pawley, ancien ambassadeur nord-américain au Brésil, au Pérou, et ami du dictateur Fulgencio Batista, avait planifié certaines mesures pour entraver l’avancée des forces révolutionnaires et assassiner le dirigeant cubain. Objectif : éviter l’arrivée au pouvoir de Fidel, et pour ce faire, activer complètement la Estación [base] à La Havane dirigée par James A. Noel, qui a développé une activité subversive intense contre Cuba et a occupé ce poste jusqu’à la fermeture de l’ambassade en Janvier 1961.

En Décembre 1958 le citoyen Alan Robert Nye a été arrêté dans la Sierra Maestra, armé d’un fusil à visée télescopique, et envoyé par le gouvernement yankee avec pour mission l’assassinat de Fidel.

Au début même du triomphe révolutionnaire les frictions avec les États-Unis commencent et les manœuvres conspiratrices pour décapiter la Révolution triomphante s’intensifient.

Dans ses mémoires Les années à la Maison Blanche, publié en 1966, le Président des États-Unis de cette époque, Dwight D Eisenhower, a reconnu : "En quelques semaines, après l’entrée de Castro à La Havane, nous, au gouvernement, nous commencions à examiner les mesures qui pourraient être efficaces pour réprimer Castro."

Le 21 Janvier 1959, treize jours après son entrée triomphale à La Havane, devant un grand rassemblement du peuple au Palais Présidentiel, Fidel a déclaré :

« Pour prendre des mesures précautions, car ici, il faut se protéger contre tout, je vais proposer à la Direction du Mouvement du 26 Juillet de nommer le camarade Raul Castro Deuxième chef du Mouvement du 26 Juillet. Je le fais, non parce qu’il est mon frère - tout le monde sait combien nous détestons le népotisme - mais parce que, honnêtement, je considère qu’il a les qualités suffisantes pour me remplacer au cas où je devrais mourir dans cette lutte ; et aussi, parce que c’est un compagnon aux convictions révolutionnaires très fermes, qui a démontré sa capacité au combat, qui a été de ceux qui ont mené l’attaque de la Moncada, qui ont passé deux ans en prison, qui ont organisé la Seconde Colonne Frank País, et de ceux qui ont donné des preuves significatives d’aptitude en tant qu’organisateur et meneur. "

Et il a poursuivi :

"j’espère que, si cette situation se présente, il sera traité non comme mon frère, mais comme n’importe qui d’autre afin qu’il n’y ait pas le moindre petit soupçon de traitement de faveur envers la famille. Je dis, en premier lieu, qu’ainsi on ne favorise personne, parce que la patrie pour nous est agonie et devoir, pas plaisir, pas vanité, pas satisfaction à caractère personnel ; pour nous, ce travail est le travail d’un esclave qui sait comment servir son peuple ; pour nous, être chef c’est se sacrifier ; pour nous être chef n’est pas d’aspirer au pouvoir, tout le monde sait que j’ai renoncé au pouvoir il y a bien longtemps, tout le monde connaît l’abnégation avec laquelle je me suis battu et que je suis de ces hommes qui soutient que personne n’est indispensable [... ] ; et si je précise ici que je pense que le camarade Raul Castro pourrait me remplacer dans cette situation, ce n’est pas pour en décider unilatéralement, mais parce que je désire consulter le peuple pour savoir si vous êtes d’accord ". (Exclamations de "Oui" !).

"Comme le savent déjà mes ennemis : ils peuvent m’attaquer quand ils le souhaitent, pas de problèmes ! Et d’ailleurs, s’ils agressaient aussi Raúl, il y en viendra un autre derrière lui, et un autre derrière, et ainsi de suite ! Que le peuple de Cuba dans cette lutte ne manque ni de chef, ni de monde, parce que tout sera prévu. Comme nous avons su gagner la guerre contre toutes les ressources, nous saurons également gagner la Révolution contre tous les ennemis qui se placent devant nous."

Dans un bilan du développement des relations bilatérales depuis janvier 1959 présenté au Conseil National de Sécurité des États-Unis, Roy Rubottom, secrétaire adjoint pour les Affaires Inter-américaines, a fait ce résumé :

« La période de janvier à mars peut être définie comme une lune de miel avec le gouvernement Castro. En avril la tournure négative de ces relations est devenue évidente... En juin nous avions pris la décision qu’il serait impossible d’atteindre nos objectifs avec Castro au pouvoir, et nous avons accepté d’entreprendre le programme visé par M. Marchant (le sous-secrétaire Livingston Marchant). En juillet et août nous avions tracé un programme pour remplacer Castro."

Livingston Marchant, pour justifier ses mesures punitives, a déclaré lors de cette réunion du Conseil de la Sécurité Nationale que le cas de Cuba était l’un des plus dangereux et difficiles en ce qui concerne les relations des États-Unis avec l’Amérique latine.

Le programme pour remplacer Castro était dans le plan d’une campagne réactionnaire contre le communisme, tandis la propagande contre-révolutionnaire prétendait diminuer l’influence populaire de Raul et du Che, en les attaquant comme les dirigeants révolutionnaires les plus susceptibles d’être communistes. Sans doute, ils étaient ceux qui avaient les idées les plus radicales, avec une profonde formation marxiste et étaient des partisans déterminés à progresser rapidement vers le socialisme.

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Un grand chef de la CIA a dit : " à moins qu’on élimine Fidel, Raul et Che Guevara, tous ensemble, ce qui est peu probable, cette opération pourrait être une affaire longue et laborieuse, et le gouvernement actuel ne sera vaincu que par la force". (Photo : Salas)

La présence de Che Guevara dans les secteurs économiques stratégiques tels que le secteur bancaire, tout d’abord, et puis la direction du développement industriel naissant, avec ses premières activités internationales à la mi-1959, ont touché les secteurs du gouvernement étasunien et de la contre-révolution.

Ensuite, comme l’ont expliqué Luis M. Busch et Reinaldo Suarez dans leur livre Premiers pas du gouvernement révolutionnaire cubain, les nécessités de la défense de la Révolution rendaient impérative une profonde restructuration militaire qui garantirait l’identification complète des institutions armées avec les citoyens, une économie administrative et de gestion, et une véritable unité de commandement et d’action.

C’est ainsi qu’est créé le Ministère des Forces armées révolutionnaires le 21 octobre 1959. "Le commandant de l’Armée Rebelle qui réunissait toutes les qualités et les compétences nécessaires pour mener une telle tâche a été, sans aucun doute, Raúl Castro Ruz. En quelques mois de guérilla, il avait formé dans les montagnes d’Extrême-Orient de Cuba, un front méticuleusement organisé et efficace, militaire et civil. Virtuellement un État d’armes, avec des hôpitaux et des gestions administratives, d’éducation, de communications et d’équipements industriels, d’administration de justice et d’arbitrage. Il avait donné des preuves évidentes d’habilité spécifique au commandement et à l’organisation," ont rapporté les deux auteurs.

Raúl, en assumant le commandement, est catégorique sur les principes poursuivis par le concept de la nouvelle institution militaire :

« Nous ne serons jamais satisfaits tant que, par notre organisation et en disposant toujours de la collaboration indestructible du peuple de Cuba, notre pays n’est pas en mesure de se faire respecter militairement par les petits et les puissants."

Durant ces jours-là, les tentatives du gouvernement des États-Unis pour dresser des forces alternatives contre la direction révolutionnaire se sont soldées par un échec, car les tentatives traitresses d’Hubert Matos, alors commandant, ont échoué, comme avait déjà été un fiasco la trahison du commandant Pedro Diaz Lanz - chef de la force aérienne rebelle -, ou l’effondrement de la conspiration trujilliste[1. NdT : voir Rafael Leónidas Trujillo Molina], ou encore la crise nationale qui a pris fin avec le départ du noyau réactionnaire du premier Gouvernement Révolutionnaire, y compris celui du président Manuel Urrutia.

Activité subversive intense et phénoménale contre Cuba

En 1975, sur la base d’informations déclassifiées et de témoignages ou de comparutions lors des audiences, a été élaboré un rapport du Comité spécial du Sénat des États-Unis qui a étudié les opérations liées aux activités du renseignement, mieux connu sous le nom du Rapport de la Commission Church, parce que le comité était présidé par le sénateur Frank Church.

Par ces informations déclassifiées et ces témoignages on a pu connaître en détail certaines des opérations secrètes de la CIA pour attenter à la vie des principaux dirigeants de la Révolution cubaine. Le 11 décembre 1959, après avoir fait l’analyse opérationnelle de la Révolution, exprimant ses préoccupations sur le renforcement du processus et les mesures pour la détruire, le colonel J.C. King a envoyé un mémorandum à Allen Dulles, directeur de la CIA, dans lequel il a fait valoir qu’à Cuba il y avait maintenant une dictature "d’extrême gauche" qui, "si" elle était autorisée à continuer, encouragerait des actions similaires contre les positions étasuniennes dans d’autres pays d’Amérique latine.

L’une des quatre "Actions recommandées" par King était de considérer sérieusement l’élimination de Fidel Castro :

« Beaucoup de gens informés pensent que la disparition de Fidel hâterait grandement le renversement du gouvernement actuel."

Dans l’une des marges du document il y a une note manuscrite où Dulles indique qu’avec l’accord de Richard Bissell, un ancien professeur d’économie qui a servi en tant que sous-directeur des Programmes de la CIA, il approuvait les recommandations. À partir de ce moment là, tous les efforts pour étêter le pays s’intensifient.

En janvier 1960 est organisée la Branche 4 (WH-4) de la Division de l’hémisphère occidental de la CIA en tant qu’Équipe Spéciale pour mener l’opération cubaine, avec pour principale « [...] mission le renversement du gouvernement Castro [...] » et elle avait sous sa responsabilité le Bureau de Cuba au quartier général de la CIA, ainsi que le soutien de la base établie au siège diplomatique de la Havane.

La chaîne de commandement au quartier général était intégrée par le directeur du Renseignement Allen Dulles, le directeur adjoint des Programmes Monsieur Richard M. Bissell, le chef de la Division de l’hémisphère occidental JC King, et le chef des Forces de Mission Jacob D. Esterline.

Selon le rapport de la Commission Church, le 13 janvier 1960, Dulles, au cours de ce qui était apparemment la première discussion du Groupe Spécial sur un programme clandestin pour renverser Castro, "a observé la possibilité qu’à la longue les États-Unis ne pouvaient pas tolérer le régime de Castro à Cuba, et a suggéré la planification de contingences secrètes pour obtenir la chute du gouvernement de Castro ..."

L’une des actions était de prendre en compte la gestion du Gouvernement Révolutionnaire cubain pour l’empêcher de s’approvisionner en armes et de poursuivre sa politique de création de milices populaires. Le 4 mars 1960 se produit le monstrueux sabotage du navire français La Coubre, qui a apporté depuis la Belgique une cargaison de 70 tonnes d’armes et de munitions et dont l’explosion a causé environ 100 morts et 400 blessés.

L’acte terroriste conçu par la CIA, dont les enregistrements sont encore classés 51 ans plus tard, avait prévu qu’après la première explosion, les principaux dirigeants de la Révolution se rendraient probablement immédiatement sur les lieux et c’était alors l’occasion de produire un deuxième bombardement pour en finir avec eux.

Fidel est arrivé à la conclusion qu’à partir du sabotage criminel de La Coubre, l’agression contre la Révolution se déchainerait avec une grande ampleur, et il a accéléré sa stratégie de préparer le peuple à y faire face, à y résister et à la vaincre.

Le rapport de la Commission Church confirme cette analyse et démontre que le gouvernement d’Eisenhower était à la recherche de prétextes.

Selon le mémorandum d’une réunion du 9 mars 1960, cinq jours après la Coubre, le colonel J.C. King a déclaré devant le Groupe Spécial qui était en charge des opérations cubaines, qu’il y avait "de plus en plus de preuves que certains "chefs" du gouvernement Castro font pression pour attaquer les installations de l’Armée des États-Unis à la baie de Guantanamo et disent qu’il est en effet possible d’attaquer l’installation."

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Matériel UPI de rapports en 1960 sur le complot d’assassinat contre les trois hommes.

 
Et selon le mémorandum lui-même : "le colonel King a déclaré (...) à moins qu’on élimine Fidel, Raul et Che Guevara, tous ensemble, ce qui est peu probable, cette opération pourrait être une affaire longue et laborieuse, et le gouvernement actuel ne sera vaincu que par la force."

Le rapport du comité sénatorial décrit également d’autres sujets abordés lors d’une réunion le lendemain, le 10 mars, du Conseil de Sécurité Nationale, où on a débattu sur la politique étasunienne de « placer un autre gouvernement au pouvoir à Cuba."

Le compte-rendu de cette réunion rapporte que l’amiral Arleigh Burke, chef de l’Assemblée des chefs d’état-major des Forces de l’armée yankee, a compris qu’on avait besoin d’un dirigeant cubain autour duquel des éléments hostiles à Castro pourraient être regroupés. "Monsieur Dulles a déclaré qu’il existait quelques dirigeants opposés à Castro, mais qu’ils ne se trouvaient pas actuellement à Cuba, et il se demandait ce que nous pourrions faire dans une situation de cette nature (...) ; Il a indiqué qu’on travaillait sur un programme pour changer la situation à Cuba. L’Amiral Burke a suggéré que tout plan pour remplacer les dirigeants cubains devait être mené jusqu’à ses ultimes conséquences, puisque la plupart des dirigeants proches de Castro Castro étaient encore pires que lui."

La Commission Church décrit une autre réunion du Groupe spécial à la Maison Blanche le 14 mars 1960, à laquelle ont assisté Allen Dulles et le colonel J.C. King.

Selon le témoignage sénatorial déclassifié 15 ans plus tard, le procès-verbal archivé de cette réunion informait qu’il y avait une discussion générale sur l’effet que provoquerait la disparition simultanée de Fidel, Raul Castro et Che Guevara sur la situation cubaine. L’Amiral Burke a déclaré que le seul groupe organisé à Cuba à cette époque était les communistes et que, par conséquent, il y avait le danger qu’ils arrivent à prendre le contrôle. M. Dulles était d’avis que cela n’était peut-être pas désavantageux car cela faciliterait une action multilatérale par l’OEA. Le Colonel King a dit qu’il y avait peu de dirigeants identifiés à ce jour capables de prendre en charge la situation.

Le 17 Mars 1960, le président Eisenhower a donné le feu vert au programme d’activités clandestines contre Cuba. (À suivre)

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