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La victoire de Trump: un tournant dangereux de la politique américaine (WSWS)

par Patrick Martin 6 Mai 2016, 13:08 USA Donald Trump Elections

L'avènement de Donald Trump comme candidat républicain présumé à l’élection présidentielle marque un tournant dangereux de la politique américaine et mondiale. La sélection comme candidat d'un des deux grands partis capitalistes d'un démagogue fascisant est la preuve incontestable du stade avancé de putréfaction de la démocratie américaine. La nomination prochaine de Trump signifie qu'une partie importante de la classe dirigeante américaine a conclu que la défense de ses intérêts exigeait une répression politique massive aux États-Unis et la guerre contre ses concurrents et ennemis au-delà des frontières.

La nomination de Trump n'est pas un événement épisodique ou accidentel. Elle a ses racines dans la crise prolongée du capitalisme américain et l'effondrement de son cadre historique démocratique bourgeois. La victoire de Trump est l'aboutissement d'un processus qui s’est développé sur des décennies. On peut le faire remonter à la crise du Watergate en 1972-1974, une tentative de subversion criminelle la Constitution par l'administration Nixon. D'autres étapes importantes de ce processus furent la crise « Iran-Contra » de 1986 issue d’une violation criminelle par le gouvernement Reagan de lois adoptées par le Congrès, et l'installation de George W. Bush comme président par le vol de l'élection en 2000.

Donald Trump a été vomi par un système politique entièrement corrompu du fait de sa complète subordination à une oligarchie patronale et financière dont les méthodes de gouvernement prennent un caractère de plus en plus ouvertement criminel.

La campagne de Trump est un effort de la part de secteurs de l'élite dirigeante américaine pour prévenir un développement vers la gauche du mécontentement social de masse; elles l’ont fait en présentant le personnage, fabriqué par les médias, d’un homme d'affaires milliardaire people promettant d'inverser à lui seul des décennies de déclin économique. Trump s’adresse cyniquement à ceux qui souffrent économiquement, fait des immigrés et d'autres minorités des boucs émissaires et prône une politique économique et étrangère de nationalisme extrême. Dans l'ensemble, ce programme politique délétère est d'un caractère nettement fascisant.

Il est vrai que l'establishment du Parti républicain n'a pas vu sa campagne d’un bon œil et a été perturbé par son succès. Cependant, les conflits générés par sa candidature ne changent rien au fait que Trump est le représentant par excellence de l'oligarchie patronale et financière américaine. Ce gangster fascisant là n'est pas sorti, à la Hitler, des asiles de nuit sordides et des brasseries qui empestent. Trump est un membre de longue date de l'élite financière new-yorkaise, qui a fait ses milliards dans l'industrie immobilière corrompue de la ville.

L’ascension de Trump est une manifestation du caractère malsain de la culture politique américaine et de la suppression des contradictions sociales au moyen du mécanisme d'un système bipartite contrôlé par la grande entreprise. La participation des deux partis, démocrate et républicain, à l'attaque du niveau de vie de la classe ouvrière a généré du soutien pour un candidat qui prétend venir de l'extérieur du système politique.

Barack Obama fut élu à la présidence il y a huit ans en grande partie dû à l’attente populaire d’un changement important dans la politique par rapport au gouvernement Bush, profondément discrédité. Tout le contraire s’est passé. Obama est arrivé au pouvoir après l'effondrement financier de 2008, il a agi pour soutenir les banques et restaurer la richesse des super-riches, les conséquences pour la classe ouvrière ont été désastreuses. Avec un cynisme sans bornes, il a présenté ses mesures les plus réactionnaires comme des réformes progressistes. Sabrer les salaires des travailleurs de l'automobile nouvellement embauchés a été appelé « sauver » l'industrie automobile; un programme pour enrichir compagnies d'assurance et monopoles pharmaceutiques et réduire les coûts de santé pour les employeurs devenait une « réforme des soins de santé », rebaptisée « Obamacare ».

Hillary Clinton est en lice comme continuatrice des « succès » d’Obama. Loin de représenter une alternative à Trump, elle incarne le même processus de corruption politique et de réaction, mais dans le cadre du Parti démocrate plutôt que républicain. Si Trump fanfaronne sur l'augmentation de la puissance de l'armée américaine et le refus de toute opposition étrangère aux diktats de Washington, Clinton a déjà sur les mains le sang de dizaines de milliers de gens. De façon caractéristique, sa première réaction à l’obtention de la nomination par Trump fut de l'attaquer comme trop instable pour être commandant en chef, se présentant à l'appareil militaire et de renseignement comme le choix le plus fiable.

Le Parti démocrate a camouflé son virage à droite pendant des décennies grâce à la rhétorique cynique de la politique identitaire, fixée sur les questions de race, de genre et d'orientation sexuelle. Celle-ci a non seulement ignoré l’immense et croissante détresse économique et sociale de la grande masse de la population blanche, noire, hispanique et immigrée, elle a encouragé le mépris pour la classe ouvrière, en particulier pour les travailleurs blancs, dans les sections les plus privilégiées de la classe moyenne. C’est ce qui permet à Trump de prendre la posture de défenseur des travailleurs blancs, bien qu'il soit milliardaire et qu’un fossé social infranchissable le sépare d'eux.

Il y a parmi de vastes couches de travailleurs et de jeunes un désir croissant d'une alternative au capitalisme, qui est apparu dans le soutien à la campagne présidentielle de Bernie Sanders, identifié comme socialiste. Mais sous la direction de Sanders, des millions de jeunes et de travailleurs sont redirigés vers le Parti démocratique et finalement remis à Hillary Clinton. C’est là une impasse politique.

Des dangers immenses s’annoncent. La crise extrême de la démocratie bourgeoise ne se résoudra pas. Même si Trump ne gagne pas en novembre, les conditions auront été créées pour l’arrivée d’une figure encore plus dangereuse. Avec ou sans Trump à sa tête, le gouvernement qui prendra le pouvoir en janvier sera le plus réactionnaire, le plus violent et le plus autoritaire de l'histoire américaine.

Il faut tirer les conclusions politiques nécessaires. Le développement d'un mouvement authentiquement socialiste est une question de vie et de mort. La classe ouvrière doit s'avancer comme une force politique indépendante, défiant les deux partis contrôlés par les capitalistes et leurs candidats de droite. Telle est la signification de la campagne lancée par le Parti de l'égalité socialiste et ses candidats à la présidence et à la vice-présidence, Jerry White et Niles Niemuth. Nous appelons tous les lecteurs du World Socialist Web Site à soutenir et à aider à construire cette campagne.

(Article paru en anglais le 5 mai 2016)

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