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Les origines d’Avaaz : les fondateurs et les bailleurs de fonds (Exposesfact.org)

par John Hanrahan 1 Mai 2016, 17:16 Avaaz ONG Impérialisme USA Libye Guerre

Les origines d’Avaaz : les fondateurs et les bailleurs de fonds  (Exposesfact.org)
Les origines d’Avaaz : les fondateurs et les bailleurs de fonds 
Article original paru initialement le 11 avril 2016 sur ExposeFacts.org
Par John Hanrahan 
Traduction: Diane Gillard pour Arrêt sur Info

avaaz manif

Le groupe de défense en ligne Avaaz a poussé des progressistes à soutenir les guerres humanitaires étasuniennes en Libye et en Syrie par la propagation d’idées lénifiantes, par exemple sur les zones d’exclusion aériennes.

Par John Hanrahan |14 avril 2016

Une récente série en deux parties parues dans The New York Times a exposé en détail le rôle crucial que Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, a joué dans la décision du président Obama de se joindre à la campagne militaire menée en 2011 par la France et la Grande-Bretagne contre le dirigeant libyen de longue date Mouammar Kadhafi. Les articles du Times expliquent que Clinton porte une grande part de responsabilité pour les conséquences tragiques et toujours plus chaotiques de cette campagne, dans laquelle Kadhafi a été renversé et tué.

Comme les résumés des articles du Times l’indiquent, la chute de Kadhafi «semblait justifier Hillary Clinton. Ensuite les milices ont refusé de déposer les armes, les voisins ont ont attisé une guerre civile et Etat islamique a trouvé un refuge», laissant la Libye «comme Etat failli et havre pour les terroristes». 

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Image : Le dirigeant libyen renversé Mouammar Kadhafi peu avant son assassinat le 20 octobre 2011.

Alors qu’en 2011, les néocons, les gens de droite et les interventionnistes humanitaires visaient un changement de régime en Libye, une seule organisation non gouvernementale parmi les groupes progressistes mobilisait l’opinion publique mondiale pour soutenir l’action militaire en Libye sous la forme d’une zone d’exclusion aérienne.

Et ce n’était pas n’importe quelle organisation ; c’était Avaaz.org, l’organisation de défense géante à la croissance rapide, qui avait 7 millions de membres en 2011 et qui aujourd’hui en compte 43.1 millions dans 194 pays. En tant que telle, Avaaz, dont le siège est à New York City, est, comme nous l’avons noté dans un précédent article, la plus grande et la plus influente organisation internationale de défense basée sur Internet de la planète.

Par les signatures de ses membres et une pleine page en juin dernier dans le New York Times, Avaaz a plaidé ces dernières années en faveur d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie, tout comme quelques néocons et faucons au Congrès ainsi que divers groupes de réflexion favorisant les opérations militaires pour chasser le président Bachar al-Assad du pouvoir. Hillary Clinton (mais pas les autres candidats à la présidence Bernie Sanders et Donald Trump) est une avocate fervente d’une zone d’exclusion aérienne et du changement de régime en Syrie.

Comme Clinton et d’autres interventionnistes, Avaaz — en plaidant pour une zone d’exclusion aérienne en Syrie – n’a pas été échaudée par ce que sa revendication a provoqué en Libye. Ces dernières années, elle a repris sur la Syrie certains des mêmes arguments en faveur d’une zone d’exclusion aérienne qu’elle avait développés pour la Libye. Cela, comme nous l’avons noté dans notre précédent article, bien que les principaux généraux étasuniens aient averti qu’une zone d’exclusion aérienne en Syrie est «une opération à haut risque, une action de combat violente qui provoque de nombreuses victimes», civiles et militaires.

Il est instructif d’examiner le plaidoyer d’Avaaz en 2011 en faveur d’une zone d’exclusion aérienne en Libye pour avoir une idée de l’organisation qui a continué à penser – à moins qu’un accord diplomatique ne sorte de la tentative actuelle de cessez-le-feu en Syrie – que davantage de guerre, sous couvert d’intervention humanitaire, sauverait davantage de vies civiles, en quelque sorte.

La zone d’exclusion aérienne en Libye a mal tourné

Dans son appel pour une zone d’exclusion aérienne en Libye en 2011, Avaaz a remis aux Nations Unies une pétition riche de 1 202 940 signatures récoltées en ligne. Démontrant l’impact d’Avaaz, 90% de celles-ci avaient été obtenues sur une période de deux jours entre le 15 et le 17 mars de cette année-là, lorsque ses adhérents atteignaient le nombre plus modeste, mais déjà impressionnant, de sept millions.

Et nous savons maintenant combien c’était une revendication habile – puisque la Libye a non seulement connu une zone d’exclusion aérienne, mais les bombardements des armées des Etats-Unis et de l’Otan que nous connaissons, le renversement et le meurtre du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, la montée de l’Etat islamique, l’attaque de la mission diplomatique étasunienne à Benghazi, le flot des réfugiés fuyant le pays en faillite et plongé dans le chaos qu’est la Libye aujourd’hui.

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Le Président Barack Obama et Hillary Clinton le 14  Sept. 2012. [State Department photo)

Même à l’époque où Avaaz collectait toutes ces signatures en 2011 en soutien à une zone d’exclusion aérienne en Libye, certaines critiques se demandaient pourquoi une organisation non gouvernementale basée aux États-Unis estimait qu’elle devait se montrer solidaire avec des néocons et des faucons en faveur d’une action violant la souveraineté de la Libye et susceptible de conduire à davantage de violence contre le peuple libyen.

Comme l’écrit John Hilary, qui avertit de manière prémonitoire dans The Guardian en mars 2011 :

«La plupart de ces militants généralement bien intentionnés n’imaginent pas qu’ils prêtent main forte aux gouvernements pressés de réaffirmer leurs intérêts en Afrique du Nord. [] Une zone d’exclusion aérienne attirerait presque certainement les pays de l’Otan dans une nouvelle implication militaire en Libye, remplaçant les institutions du peuple libyen par le contrôle de ces gouvernements qui ont montré peu de considération pour leur bien-être.»

Hilary, directeur général de War on Want, l’organisme basé au Royaume-Uni de lutte contre la pauvreté et l’injustice économique, notait en outre, de nouveau de manière prémonitoire :

«De toute évidence, une zone d’exclusion aérienne fait passer une intervention étrangère pour quelque chose de plutôt humanitaire – en mettant l’accent sur l’arrêt des bombardements, même si cela pourrait bien conduire à une escalade de la violence.»

Notant que ce soutien à une zone d’exclusion aérienne en Libye, à l’époque, «devenait rapidement un appel important de faucons des deux côtés de l’Atlantique» (exactement comme cela a été le cas ces dernières années par rapport à la Syrie), Hilary commentait :

«La hiérarchie militaire, avec ses budgets menacés par les coupes du gouvernement, ne peut sûrement pas croire à sa chance – ceux qui s’opposent habituellement aux guerres [comme Avaaz] font ouvertement campagne pour plus d’implication militaire.»

Les organisations progressistes sur internet cherchent constamment des signatures pour des pétitions appelant les Etats-Unis ou d’autres gouvernements à adopter, changer ou refuser certaines politiques. Mais Hilary a souligné que l’appel pour une zone d’exclusion aérienne franchit une ligne en territoire dangereux. Comme il l’écrit :

«La question expose le cœur du problème de l’activisme sur internet : au lieu de changer le monde par une vie d’éducation, il vise à changer le monde par un simple clic de souris. Les effets peuvent être bénins, lorsque cela fait pression sur un gouvernement pour qu’il cesse de causer des préjudices. Mais un plan d’action positif dans une situation telle que la Libye exige plus de réflexion. Appeler à une intervention armée est un pas immense – la vie et la mort de centaines de milliers de gens peuvent peser dans la balance. La différence entre la facilité du geste et le poids de la conséquence est grande.»

La justification d’Avaaz

Il vaut la peine d’examiner l’expérience de la Libye pour se faire une idée de comment Avaaz voit le recours à l’action militaire pour atteindre ce qu’il prétendait être des résultats humanitaires sauvant des civils.

Rétrospectivement, dans son appel pour une zone d’exclusion aérienne, Avaaz paraissait accepter totalement et répandre la position Kadhafi-assassinera-systématiquement-tous-les-opposants que claironnaient tous les gouvernements occidentaux pour justifier une intervention, en précisant dans son message du 15 mars 2011 à ses membres : «En ce moment, les forces de Kadhafi écrasent la rébellion ville par ville» et notant qu’«un châtiment brutal attend les Libyens qui ont défié le régime. Si nous ne persuadons pas l’ONU d’agir maintenant, nous pourrions être témoins d’un bain de sang».  

Avaaz poursuivait en affirmant que tandis qu’elle «est profondément attachée à la non-violence [] l’application d’une zone d’exclusion aérienne semble nécessaire  pour plaquer au sol les hélicoptères de combat de Kadhafi dans le cas où les actions militaires soutenues par l’ONU».

Le 17 mars 2011, exactement les deux jours où elle a inondé le Conseil de sécurité de l’ONU de pétitions comportant 1 172 000 signatures, Avaaz a rapporté avec enthousiasme (point d’exclamation et tout) que les Nations Unies avaient accepté de « prendre toutes les mesures nécessaires, sauf une invasion pour protéger le peuple de Libye menacé d’une attaque, dont une zone d’exclusion aérienne !»

Il semble que le profond attachement à la non-violence exprimé par Avaaz s’est étendu à une zone d’exclusion aérienne pour englober « toutes les mesures nécessaires » – et la Libye a bientôt fait les frais de toutes ces mesures nécessaires.

Quand elle promouvait une zone d’exclusion aérienne en Libye, Avaaz – comme avec sa campagne actuelle sur la Syrie – a suscité l’opposition de nombre de ses membres. L’organisation a jugé nécessaire de répondre assez longuement en ligne à ces critiques avant que la zone d’exclusion aérienne ne soit mise en place et que ne commence l’assaut contre la Libye.

Le directeur d’Avaaz de l’époque, Ben Wikler (qui est aujourd’hui avec MoveOn.org), dans une réponse en ligne dans le Guardian cité plus haut à l’article de John Hilary, a souligné un certain nombre de raisons et de procédures sur lesquelles se fondait AVAAZ pour défendre la cause d’une zone d’exclusion aérienne pour la Libye. Parmi celles-ci :

  • «L’appel pour une zone d’exclusion aérienne provient de Libyens – y compris le gouvernement provisoire d’opposition, l’ambassadeur (démissionnaire) de la Libye après de l’ONU et des organisations de jeunesse. [] L’équipe d’Avaaz est en contact étroit et permanent avec des militants en Libye et a été sollicitée à plusieurs reprises pour lancer cette campagne.»
  • «D’une certaine manière, écrit Wikler, nous travaillons beaucoup comme des journalistes [] en parlant avec les gens et en pesant les faits avant de tirer des conclusions. Toutefois, les conclusions personnelles de notre équipe doivent aussi passer l’examen de nos membres, qui soutiennent fortement toute position que nous prenons.»

Dans le cas de la Libye, cependant, il semblerait qu’Avaaz n’ait guère pris en compte les aspects négatifs d’une action militaire – par exemple, ce qui se passe après que vous avez gagné.

  • Selon Wikler, un sondage réalisé à partir d’un échantillon avant la publication de la pétition sur internet a montré que «84% des membres [d’Avaaz] soutenaient cette campagne, tandis que 9% y étaient opposés. Depuis son lancement, nous avons trouvé un soutien massif pour la campagne partout dans le monde». Avaaz dit que les idées de pétitions, par exemple une campagne pour une zone d’exclusion aérienne, «sont soumises à un sondage et testées hebdomadairement auprès d’un échantillon de 10 000 membres – et seules les initiatives qui suscitent une forte adhésion sont reprises» pour l’ensemble des membres.

L’organisation n’a pas révélé qui, au sein d’Avaaz, a été l’instigateur principal de la pétition pour des zones d’exclusion aérienne en Libye et en Syrie. Parlant en général, Avaaz dit comment ses pétitions se développent :

«L’équipe d’Avaaz ne fixe pas d’agenda ni n’essaie de convaincre ses membres de la suivre. C’est plutôt le contraire : l’équipe écoute des membres et suggère des actions qu’ils peuvent entreprendre dans le but d’influencer plus largement le monde. Petit miracle, ensuite, que nombre de nos campagnes les plus réussies soient suggérées d’abord par des membres d’Avaaz eux-mêmes. Et la direction est une partie essentielle du service aux membres : il faut une vision et de l’habileté pour trouver et communiquer une manière de construire un monde meilleur.»

Bien que cela ne soit pas dit, sur un sujet aussi important et aussi controversé qu’une zone d’exclusion aérienne, l’appel final devrait logiquement venir du directeur général Ricken Patel.

  • L’équipe d’Avaaz a joué «un rôle clé dans la consultation d’experts importants dans le monde (et la plus grande partie de notre équipe a des antécédents en termes de politique et de revendication) sur chacune des campagnes que nous menons, et la Libye ne faisait pas exception». Ce qui pose la question : qui étaient ces experts, et Avaaz a-t-elle cherché des opposants à une telle action ?
  • À la question de savoir si imposer une zone d’exclusion aérienne conduirait à une véritable guerre internationale en Libye, Wikler a minimisé cette possibilité, à l’époque : «Les zones d’exclusion aérienne peuvent signifier une gamme de choses différentes. Quelques analystes et personnalités militaire [aucun n’est nommé par Wikler] ont soutenu que cela nécessiterait une attaque préventive contre l’armement anti-aérien de la Libye. D’autres [aucun nom, de nouveau], cependant, affirment que simplement faire voler des avions de combat au-dessus des zones contrôlées par les rebelles garantirait que Kadhafi n’utiliserait pas ses jets pour attaquer l’est de la Libye, parce qu’il sait que son aviation est plus faible que celle de l’Egypte et des pays de l’Otan. La meilleure solution est celle qui diminue le plus les morts civiles avec le moins de violence possible. Les choses pourraient ne pas tourner comme prévu, mais tandis qu’il y a des dangers potentiels de guerre internationale, il y a des dangers certains pour les civils si les choses continuent sans zone d’exclusion aérienne.» [C’est nous qui soulignons.]

Appeler à une action militaire semble un calcul très risqué pour un groupe de défense, étant donné que lui-même reconnaît que l’action qu’il soutient pourrait conduire à une guerre internationale ou à d’«autres choses… non prévues». Et traiter une telle question en une phrase à peine et conclure que le risque en vaut la peine – cela après le lancement de la pétition – n’indique pas un processus transparent, où toutes les cartes sont sur la table, qui fait des signataires bien informés.

À tout le moins, avec le recul, vous pourriez penser que l’expérience de la Libye donnerait à Avaaz quelques doutes sur le soutien à une zone d’exclusion aérienne, ce que de grands généraux étasuniens cités dans notre précédent article ont décrit comme plus risqué dans le contexte de la Syrie. Mais il n’y a pas d’introspection évidente de ce genre dans la campagne pour une zone d’exclusion aérienne dans ce pays-ci.

F 15 avion usa

F-15 Eagles from the 493rd Fighter Squadron at Royal Air Force Lakenheath, England.

Pour cet article et le précédent, nous avons soumis une série de questions au service de presse d’Avaaz et à ses directeurs de campagne, en insistant pour obtenir des précisions sur la raison pour laquelle l’organisation soutient des zones d’exclusion aériennes en Libye et en Syrie – y compris si le résultat tragique en Libye avait compté dans les raisons d’Avaaz d’appeler à une telle mesure en Syrie. Après des demandes (et des rappels) à cinq reprises en novembre, décembre et janvier, nous avons finalement reçu une réponse le 11 février du directeur de campagne Nell Greenberg, qui ne répondaient toutefois qu’à quelques-unes de nos demandes précises. Nos questions complémentaires, soumises le 12 février, sont restées sans réponse.

Comme avec les autres questions que nous avons soumises à l’équipe d’Avaaz, l’organisation n’a pas répondu si l’expérience libyenne l’avait incitée à y regarder à deux fois avant de reprendre la question de la zone d’exclusion aérienne en Syrie. Il y avait éventuellement une référence obscure à une telle zone en Libye lorsque Greenberg nous a déclaré :

«Une grande partie de ce que vous nous demandez relèvent de réflexions sur des campagnes passées, étant donné le paysage géopolitique actuel. Mais basé sur la manière dont nous travaillons, je ne peux pas vous dire comment un membre d’Avaaz se sentirait aujourd’hui à propos d’une campagne passée sans aller le voir et lui poser la question.»

Notre question complémentaire a montré que nous ne demandions pas comment un individu membre d’Avaaz pourrait ressentir la campagne sur la Libye aujourd’hui, mais plutôt comment les dirigeants d’Avaaz se sentaient en proposant une zone d’exclusion aérienne pour la Syrie alors que l’intervention militaire en Libye a tourné à un tel désastre. Jusqu’à présent, Avaaz n’a répondu à aucune de nos questions complémentaires.

  • À la question de savoir si une zone d’exclusion aérienne violerait la souveraineté nationale de la Libye, Wikler a déclaré en mars 2011 : «La souveraineté nationale ne devrait pas être un obstacle légitime à l’action internationale lorsque des crimes contre l’humanité sont commis.» Ensuite, dans ce qui est peut-ête une préfiguration de l’appel à une mesure similaire en Syrie, Wikler ajoutait : «Si vous n’êtes vraiment pas d’accord, alors vous pourriez tout aussi bien vous trouver en porte-à-faux avec d’autres campagnes d’Avaaz.»

Wikler concluait sa défense de l’appel à une zone d’exclusion aérienne en Libye en disant : «Tout compte fait, c’était un jugement difficile. Appeler à un tel genre de réponse militaire l’est toujours. Les membres d’Avaaz ont aussi appelé pendant des semaines à un ensemble complet d’options non militaires, y compris un gel des avoirs, des sanctions ciblées et des poursuites judiciaires contre les responsables officiels impliqués dans la répression violente des manifestants.»

«Mais bien que ces mesures progressent, le nombre de morts augmente. Encore une fois, des personnes réfléchies peuvent ne pas être d’accord – mais dans le cas de la communauté Avaaz, seules 9% se sont opposées à cette position [84% ont approuvé] – ce qui est quelque peu surprenant étant donné que nous avons presque toujours défendu des méthodes pacifiques pour résoudre les conflits par le passé. Nous pensons que c’était la meilleure position à prendre étant donné l’équilibre entre l’avis des spécialistes, le soutien populaire et, surtout, les droits et le désir clairement exprimés du peuple libyen.»

Le chiffre de 84% d’approbations établi à partir d’un échantillon des membres d’Avaaz semble étonnant – et soulève la question de savoir si les questions ont été formulées de la manière la plus émotionnelle, qui produirait un résultat aussi écrasant (sur la ligne de Kadhafi massacre, et massacrera, quiconque se met sur son chemin et nous devons agir pour éviter un bain de sang). Cela soulève aussi la question de savoir si Avaaz a proposé, comme contrepoint, qu’une zone d’exclusion aérienne pourrait conduire à une guerre plus vaste et finirait par tuer, mutiler et déplacer des milliers de civils.

Indépendamment du nombre, se fonder sur des sources civiles partisanes dans des régions occupées pour des solutions tactiques ou militaires de toute sorte est une proposition douteuse et effrayante à la fois, et ne semble guère être le rôle d’une organisation de défense.

A suivre…

Par John Hanrahan | 14 avril 2016 – consortiumnews.com

John Hanrahan, actuellement membre de la rédaction en chef d’ExposeFacts, est un ancien directeur exécutif du Fonds pour le journalisme d’investigation et journaliste pour The Washington Post, The Washington Star, UPI et d’autres entreprises de presse. Il a aussi une vaste expérience d’enquêteur juridique. Hanrahan est l’auteur de Government by Contract et co-auteur de Lost Frontier: The Marketing of Alaska. Il a beaucoup écrit pour NiemanWatchdog.org, un projet de la Fondation Nieman pour le journalisme à l’Université de Harvard.

avaaz soros

George Soros principal soutien financier d’Avaaz

L’ONG Avaaz : Duper les progressistes sur les guerres [1/2]

Première partie

Même dans la communauté étasunienne progressiste, Avaaz est beaucoup moins connue que son organisation sœur. Pour mettre Avaaz en perspective, un petit retour en arrière est nécessaire.

Avaaz a été créée en 2006 et lancée officiellement en 2007 par l’action civique MoveOn.org et le petit groupe mondial de défense beaucoup moins connu et qui lui est étroitement lié, Res Publica, Inc. Son important soutien financier est venu du philanthrope libéral George Soros et de ses fondations Open Society (alors appelé Open Society Institute).

Les fondateurs individuels d’Avaaz incluaient trois de ses actuels dirigeants – Ricken Patel, Eli Pariser et Thomas Pravda — ainsi que Thomas Perriello, Andrea Woodhouse, Jeremy Heimans et David Madden. (Plus de détails sur eux ci-dessous.)

Si vous ne savez pas beaucoup de choses sur Avaaz, ou si vous pensez à elle, comme je l’ai longtemps fait, comme à une entité non étasunienne (en fait, son siège est à New York), ce n’est pas surprenant. En effet, beaucoup de ses campagnes ciblent des pays spécifiques autres que les Etats-Unis, et seulement un petit peu plus de 5% de ses 43.1 millions de membres y habitent. (Est membre quiconque a signé une fois une pétition Avaaz – et cela m’inclut.)

Pourtant, même ce petit pourcentage étasunien équivaut à 2.3 millions de personnes – un nombre qui rendrait envieuses la plupart des organisations militantes aux Etats-Unis. (À titre de comparaison, l’organisation affiliée d’Avaaz, MoveOn.org, revendique plus de 8 millions de membres.)

Le nombre de membres américains d’Avaaz est à peu près le même que celui des Allemands (2.2 millions), et beaucoup moins que la France, avec 4.3 millions, et le Brésil, avec un énorme 8.8 millions de membres. D’autres pays comptant plus d’un million de membres Avaaz comprennent l’Italie (2.1 millions), l’Espagne (1.8 millions), le Royaume-Uni (1.6 million), le Mexique (1.4 million), le Canada (1.2 million). L’Inde a 991 000 membres et la Russie 901 000. Dans l’ensemble, Avaaz affirme avoir des membres dans 194 pays, et son plus petit nombre d’adhérents — 81 — se trouve dans le territoire d’outre-mer britannique de Montserrat, pour une population de 5 100 habitants.

Avaaz est organisée sous le nom de Fondation Avaaz, un groupe de pression à but non lucratif 501(c)(4), dont le siège est à Manhattan. Elle se décrit elle-même comme ayant «une simple mission démocratique : combler l’écart entre le monde que nous avons et celui que veulent la plupart des gens partout dans le monde».

Dans le plus récent Form 990 filing déposé à l’Internal Revenue Service, signé en septembre 2015 pour l’année fiscale 2014, Avaaz a fait état de contributions totalisant $20.1 millions et des actifs nets de $7.6 millions. Avaaz, qui dit qu’elle est entièrement financée par ses membres, avait auparavant déclaré qu’elle n’acceptait pas de contribution unique de plus de 5000 dollars, mais cela n’a pas été le cas en 2014, puisque l’organisation a rapporté que 18 individus avaient contribué pour des montants allant de $5 000 à $15 383. Les noms des contributeurs ne figuraient pas dans le document déposé. Depuis environ 2010, l’organisation est considérée comme n’acceptant pas les donations d’entreprises ou de fondations – bien qu’elle ait reçu des subventions des fondations liées à George Soros au cours des trois années précédentes totalisant $1.1 million.

En réponse à notre demande sur le financement d’Avaaz et son lien, au début, avec Soros, la directrice de campagne Nell Greenberg a répondu :

«En ce qui concerne le financement d’Avaaz, ce mouvement a été fondé avec l’idéal d’être totalement autosuffisant et démocratique. Le 100% du budget d’Avaaz provient de petits dons en ligne. [] Avaaz n’a jamais accepté une contribution d’un gouvernement ou d’un entreprise, et depuis 2009 n’a pas sollicité d’aide auprès de fondations caritatives.»

Elle a poursuivi :

«Nous avons reçu une aide au démarrage de l’Open Society Foundation de George Soros, mais pas après 2009. Aucune grande société, fondation ou membre du conseil n’a une influence sur les orientations ou les positions des campagnes de l’organisation. C’est extrêmement important de garantir que notre voix soit déterminée exclusivement par les valeurs de nos membres, et pas par un grand bailleurs de fonds ou un agenda quelconque.»

Sur les quatre administrateurs actuels d’Avaaz, seul le directeur général Ricken Patel était indiqué comme travaillant à plein temps, avec un salaire annuel de $177 666 pour 2014. Le président Eli Pariser, le trésorier Thomas Pravda et le secrétaire Ben Brandzel ne sont pas employés sur une base quotidienne et aucun n’a reçu d’indemnisation en 2014. Sur les 77 employés d’Avaaz, les cinq membres du personnel qui touchent les indemnités les plus élevées après Patel ont reçu des salaires s’établissant entre $111 000 et $153 000.

Pour ses diverses campagnes intérieures et à l’étranger, Avaaz a rapporté avoir fourni en 2014 $3.2 millions de subventions aux organisations étasuniennes et $932 000 aux organisations étrangères. Les subventions de plus de 5 000 dollars sont réparties en cinq catégories, où les plus importants bénéficiaires sont le Fonds des Etats-Unis pour l’UNICEF ($1 million pour la formation des réfugiés syriens) et le Fonds forêts tropicales ($1 million pour la conservation des terres et des espèces).

Pour aider à combattre le virus Ebola, Avaaz a fourni $500 000 à l’International Medical Corps, $350 000 à Save the Children et $300 000 à Partenaires pour la santé. Pour organiser en septembre 2014 la Marche mondiale pour le climat à New York, Avaaz a accordé $27 500 à Align et $10 000 au New York Public Interest Research Group (NYPIRG). Pour compléter la liste, une subvention de $10 000 est allée à Amazon Watch pour «la protection de l’Amazonie».

Pour ses activités hors des Etats-Unis, Avaaz a dépensé le plus en Europe pour des campagnes, la publicité et le conseil – $6.2 millions. L’Amérique du Sud vient loin derrière avec $685 000 pour des services de conseil, suivie par l’Asie de l’Est et le Pacifique, avec $553 000 pour des campagnes et des services de conseil. Les dépenses dans cinq autres régions vont de $45 000 à $270 000.

Avaaz a rapporté que la fondation est toujours composée des deux mêmes organisations membres – l’action civique MoveOn.org et Res Publica, Inc. (U.S.) — les groupes fondateurs originels.

Res Publica, une organisation 501(c)(3), indique la même adresse à Manhattan que la 501(c)(4) Avaaz et fournit sans doute une aide non spécifiée à cette dernière. Au début d’Avaaz, les trois directeurs de Res Publica étaient Patel, Pravda et Perriello, précédemment cités. Les trois hommes avaient tous servi à l’International Center for Transitional Justice, qui «aide les pays traquant les responsabilités d’atrocités massives et les violations passées des droits humains». Déjà à l’époque, selon certaines sources, Avaaz indiquait l’Union internationale des employés des services et GetUp.org, basée en Australie comme organisations co-fondatrices, mais celles-ci semblent ne plus faire partie du tableau depuis longtemps.

Dans le plus récent Form 990 filing déposé par Res Publica à l’IRS pour 2013, Patel est indiqué comme directeur général, Pravda comme trésorier et Vivek Maru comme secrétaire. Aucun n’a touché d’indemnités. Les contributions pour 2013 se montaient au total à $963 895, dont $846 65 provenaient de « subventions gouvernementales » pour des buts non spécifiés. L’organisation a rapporté qu’elle « fournit des conseils stratégiques à d’autres organisations sans but lucratif [] et propose des campagnes éducatives et basées sur l’action par e-mail à des citoyens dans tous les pays, via son site internet ». Elle a aussi dit qu’elle soutenait des projets «à travers du parrainage fiscal centré sur la sécurité en ligne et la liberté d’internet pour les communautés réprimées dans le monde []».  

Voici les profils des co-fondateurs d’Avaaz et de ses responsables passés et présents :

Eli Pariser: président d’Avaaz et co-fondateur

Eli Pariser a été directeur général de MoveOn.org de 2004 à 2009 lorsque l’organisation a connu une croissance explosive et a été son président depuis lors. MoveOn, selon une biographie en ligne de Pariser, «a révolutionné le mode d’organisation politique en introduisant un modèle financé par de petits donateurs et axé sur internet, largement utilisé depuis lors par tout le spectre politique».

En plus d’être un des fondateurs d’Avaaz et son président actuel, Pariser, basé à Brooklyn, a été un membre des conseils d’administration d’Access et du New Organizing Institute. Auteur à succès et ancien compagnon de l’Institut Roosevelt, Pariser a co-fondé et dirige la société de presse en ligne Upworthy. Actuellement, il est aussi membre du conseil consultatif des programmes étasuniens des fondations Open Society de George Soros.

Nous aimerions souligner que Pariser semble être l’un des rares fondateurs et dirigeants d’Avaaz dont les antécédents relèvent presque entièrement de l’activisme sur internet, tandis que certains autres ont une expérience gouvernementale ou à l’étranger, pour avoir travaillé dans des programmes de lutte contre la grande pauvreté et/ou dans des pays en guerre.

Nous avons posé plusieurs questions à Pariser le 9 mars, mais au moment où nous écrivons ces lignes il n’avait pas répondu.

Ricken Patel: directeur exécutif et co-fondateur d’Avaaz

Avant la fondation d’Avaaz en 2007, Ricken Patel, d’origine canadienne, était consultant pour un grand nombre d’organisations internationales bien implantées et sans but lucratif – l’International Crisis Group, les Nations Unies, la Fondation Rockefeller, la Fondation Gates, l’Université de Harvard, CARE International et l’International Center for Transitional Justice. Il a travaillé dans plusieurs pays, dont la Sierra Leone, le Libéria, le Soudan et l’Afghanistan. Il a aussi été le directeur exécutif fondateur de Res Publica, affiliée à Avaaz, qui, parmi ses projets passés, «a travaillé pour mettre fin au génocide du Darfour». En tant que directeur exécutif d’Avaaz depuis le début, Patel est le visage de l’organisation et il a été qualifié de «leader mondial de la protestation en ligne» par The Guardian.

Thomas Pravda: trésorier et co-fondateur d’Avaaz

Par deux de ses co-fondateurs – Tom Perriello et Thomas Pravda – Avaaz a des connexions dans les administrations gouvernementales des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Perriello (voir plus bas) est aujourd’hui envoyé spécial du Département d’Etat en Afrique pour la région des Grands Lacs et le Congo Kinshasa.

Pravda officie actuellement en tant que trésorier (non rémunéré) et est un des directeurs d’Avaaz, tout en occupant un poste de diplomate pour le ministère des Affaires étrangères pour le Royaume-Uni et le Commonwealth, communément connu sous le nom de Foreign Office. Il est aussi co-fondateur et dirigeant à Res Publica.

Comme le Foreign Office est «responsable d’assurer la protection et la promotion des intérêts britanniques dans le monde», cela pourrait ouvrir des possibilités de conflit d’intérêts par rapport aux relations étrangères et aux questions militaires du Royaume-Uni et des Etats-Unis qui pourraient être traitées par Avaaz. Cela peut inclure la défense par l’organisation d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie, à laquelle tant les Etats-Unis que le Royaume-Uni pourraient s’attendre à participer. Notre enquête, cependant, n’a trouvé aucun exemple de quiconque soulevant une question précise sur le double rôle de Pravda en tant que diplomate britannique et directeur d’Avaaz, mais cette relation semble à première vue problématique.

La biographie fournie par Pravda lui-même montre qu’il a travaillé pour le Foreign Office depuis octobre 2003 et pour Avaaz depuis 2006, et qu’il a aussi été conseiller du Département d’Etat américain en 2009 et 2010 par rapport à la République démocratique du Congo.

Dans ses missions diplomatiques, Pravda a travaillé sur la politique du commerce et du développement de l’Union européenne, en tant que conseiller auprès du Représentant spécial pour le changement climatique, et en tant que représentant diplomatique du Royaume-Uni à Goma, en République démocratique du Congo. Il a aussi été consultant sur des questions de politique, de sécurité, de recherche et de défense pour des institutions comme le Département d’Etat américain, le Programme de développement des Nations Unies, l’International Center for Transitional Justice et Oxford Analytica.

Ben Brandzel: secrétaire et co-fondateur d’Avaaz

En plus d’œuvrer actuellement comme secrétaire (non rémunéré) d’Avaaz, Ben Brandzel est fondateur et directeur d’OPEN (Online Progressive Engagement Network), décrit comme une alliance des principales organisations militantes numériques nationales. À part être un membre fondateur du conseil de direction et militant chevronné d’Avaaz, Brandzel est le conseiller en chef pour les groupes membres d’OPEN au Royaume-Uni, au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Irlande. Il a aussi été le premier directeur des revendications pour MoveOn.org et, en 2009-2010, il a dirigé les campagnes dans les nouveaux médias et de recherche de fonds pour le président Obama pendant la campagne sur la réforme de la santé. Il écrit souvent sur l’organisation numérique et la construction du mouvement transnational.

Tom Perriello: co-fondateur d’Avaaz

Si je devais nommer un suspect principal parmi les fondateurs d’Avaaz comme architecte de la défense d’une zone d’exclusion aérienne en Libye et en Syrie, ce serait Tom Perriello. Plus lié que quiconque à Avaaz depuis ses premiers jours, Perriello, depuis qu’il a quitté l’organisation – d’abord pour le Congrès puis pour le monde des cercles de réflexion avant de rejoindre le Département d’Etat américain – s’est révélé être un défenseur fiable de la guerre : pour poursuivre la guerre en Afghanistan, pour bombarder la Libye et renverser Kadhafi et pour prendre des mesures militaires en soutien aux rebelles syriens et chasser Assad du pouvoir.

Perriello défend la cause de l’intervention humanitaire et a salué les bombardements de l’Otan en Libye – avant la victoire des USA/Otan là-bas et avant que le pays aille par la suite en enfer – comme un exemple excellent de la manière dont cette approche peut réussir.

Nous avons demandé à Avaaz si l’opinion de Perriello avait influencé les campagnes de l’organisation en faveur de zones d’exclusion aériennes en Libye et en Syrie, et nous avons reçu un démenti solennel de Greenberg : «Tom Perriello, en particulier, était membre du conseil d’Avaaz lors de la fondation de l’organisation, mais il n’en fait plus partie depuis décembre 2009 et il n’a eu aucun rôle dans les campagnes d’Avaaz sur la Syrie.» 

La carrière de Perriello, comme celle d’autres à Avaaz, a relevé davantage du service public à travers des organisations bien implantées que du militantisme. Selon une biographie en ligne, en 2002-2003 Perriello était conseiller spécial du procureur international du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, puis a été consultant pour l’International Center for Transitional Justice au Kosovo (2003), au Darfour (2005) et en Afghanistan (2007). En 2004, il a co-fondé Res Publica avec Patel et Pravda. Perriello a aussi participé à la Fondation Century et il est un co-fondateur de DarfurGenocide.org. Il a dit dans sa biographie en ligne qu’il avait «passé une grande partie de sa carrière à travailler en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient afin de développer des stratégies pour une paix durable, et qu’il était impliqué dans les processus de paix qui ont contribué à mettre fin aux guerres civiles en Sierra Leone et au Libéria».

Démocrate, Perriello a été élu au Congrès du 5e district de Virginie en 2008. (Il ressort de la déclaration que nous avons reçue d’Avaaz que si Perriello a quitté l’organisation en décembre 2009, il est resté au conseil de direction d’Avaaz pendant sa première année au Congrès.)

Pendant son unique mandat, Perriello a été un ardent partisan de la guerre mondiale contre le terrorisme, des crédits militaires pour poursuivre les guerres étasuniennes et du maintien de troupes américaines en Afghanistan et au Pakistan.

Battu en 2010 alors qu’il se présentait à l’élection, Perriello a continué à servir en tant que président et directeur général du Center for American Progress Action Fund [un centre de réflexion, NdT] et également comme conseiller au Center for American Progress, un cercle de réflexion qui soutient le Parti démocrate. De 2014 à aujourd’hui, il a travaillé avec le Département d’Etat, d’abord comme Représentant spécial du Secrétaire d’Etat pour la Revue quadriennale de la diplomatie et du développement, et depuis l’été dernier comme envoyé spécial des Etats-Unis pour la région des Grands Lacs et le Congo-Kinshasa. Bien qu’on dise qu’il n’y est pas impliqué actuellement, sa philosophie de l’intervention humanitaire semble bien se porter dans Avaaz, avec ses appels à des zones d’exclusion aériennes en Libye et en Syrie.

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 A Predator drone firing a missile.

Dans cet extrait de son article de 2012 sur les interventions humanitaires, Perriello semble absolument désireux d’envoyer des bombes partout où sont commises des atrocités flagrantes et où des êtres humains souffrent. Et ceci, comme l’écrit Perriello, donnerait aux «progressistes l’occasion [] d’étendre le recours à la force pour faire avancer des valeurs essentielles».

Ensuite, deux paragraphes de l’article de Perriello donnent toute sa saveur à la philosophie de l’intervention humanitaire qu’il promeut. Ce serait certainement utile si Avaaz nous disait si elle souscrit à sa //prescription peu sanglante et qui fait frissonner// pour faire avancer les valeurs essentielles des progressistes.

«Des développements opérationnels depuis la fin de la Guerre froide ont considérablement amélioré notre capacité à mener des opérations militaires intelligentes, limitées dans le temps et leur portée et employant une force précise et écrasante», a écrit Perriello. «Cela représente pour les progressistes une chance – qu’on a trop souvent vue comme une malédiction – d’étendre le recours à la force pour faire avancer des valeurs essentielles.

» Nos capacités techniques, qui vont de la précision des systèmes de renseignement aux armes intelligentes, nous permettent maintenant des opérations auparavant impossibles. Aujourd’hui, nous avons la capacité de conduire des missions depuis les airs qui, historiquement, auraient requis des troupes au sol. Et nous possédons une capacité certes imparfaite, mais très améliorée, de limiter des dommages collatéraux, y compris les victimes civiles. Entre autres choses, cela signifie qu’il est possible d’atteindres les mêmes objectifs avec moins de bombes, et de premières estimations suggérent que la campagne aérienne en Libye a nécessité un tiers des sorties par rapport à celles qui étaient nécessaires dans les précédentes guerres aériennes…

» Nous devons réaliser que la force armée n’est qu’un élément dans une stratégie de sécurité nationale et de politique étrangère. Nous devons accepter la réalité – qu’on accepte ou non ses mérites – que d’autres pays ont tendance à percevoir nos motifs comme relevant davantage de nos intérêts que fondés sur des valeurs. Mais dans un monde où existent des atrocités épouvantables et de graves menaces, et où le Kosovo et la Libye ont modifié notre compréhension de ce qui est possible aujourd’hui, le développement de cette nouvelle génération de puissance peut être vu comme une occasion unique dans l’Histoire de réduire la souffrance humaine.»

Imaginez le culot de ces autres pays dont parle Perriello – qui ne parviennent pas à voir que les Etats-Unis s’engagent généreusement dans des bombardements fondés sur des valeurs : des bombes pour un monde meilleur.

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Drone “pilots” launch an MQ-1 Predator unmanned aerial vehicle for a raid in the Middle East. (U.S. military photo)

Andrea Woodhouse: co-fondatrice d’Avaaz

Une autre co-fondatrice d’Avaaz, Andrea Woodhouse, se décrit ellemême comme une professionnelle du développement, entrepreneuse sociale et écrivaine. Elle a travaillé dans de nombreux pays connaissant des conflits et des transitions politiques, dont l’Indonésie, le Timor Leste, l’Afghanistan, le Sri Lanka, le Népal et la Birmanie/Myanmar. En Indonésie, elle a rapporté avoir travaillé sur l’un des plus vastes programmes de lutte contre la pauvreté dans le monde, dont elle a dit qu’il est devenu le modèle pour un programme national de reconstruction après un conflit et de construction de l’Etat en Afghanistan. Elle a travaillé pour la Banque mondiale et les Nations Unies et a été une fondatrice du programme Justice pour les pauvres de la Banque mondiale.

Jeremy Heimans: co-fondateur d’Avaaz

Selon une biographie en ligne, Jeremy Heimans a co-fondé GetUp en 2005, une organisation politique australienne et l’une des plus importantes communautés du pays pour les campagnes. Il a fait campagne pour le mariage homosexuel et pour le soutien à Julian Assange de Wikileaks. En plus d’être un co-fondateur d’Avaaz, Heimans a co-fondé Purpose en 2009, un groupe militant qui a lancé plusieurs nouvelles organisations importantes, dont All Out, un groupe de défense des droits LGBT riche de deux millions de membres.

David Madden: co-fondateur d’Avaaz

David Madden, un autre co-fondateur d’Avaaz, est un ancien officier de l’armée australienne et employé de la Banque mondiale et des Nations Unies. Il a co-fondé GetUp avec Jeremy Heimans. Madden a travaillé pour la Banque mondiale au Timor Leste, et pour les Nations Unies en Indonésie. En 2004, Madden était un des fondateurs de Win Back Respect, une campagne sur internet contre la politique étrangère du président des Etats-Unis George W. Bush.

Le rôle de George Soros dans les premières années d’Avaaz

Ces dernières années, divers blogueurs sur internet ont demandé si Avaaz faisait en quelque sorte le jeu du philanthrope George Soros et de ses fondations Open Society, ou du gouvernement des Etats-Unis (ou de parties de celui-ci).

Il n’y a aucun doute qu’il y a eu des liens étroits entre Avaaz et Soros et ses organisations aux premiers jours d’Avaaz, mais de quelle manière – si c’est le cas – cela se traduit-il aujourd’hui ? Comme noté plus haut, dans l’une de mes rares questions auxquelles Avaaz a répondu directement, il y avait la reconnaissance d’une «aide financière au démarrage» de Soros, mais un démenti de toute implication persistante avec l’organisation.

Parmi tous les individus ou organisations extérieures à la structure d’Avaaz, cependant, les fondations de Soros ont joué le rôle le plus important pour aider Avaaz à décoller avec des subventions généreuses. En plus, l’Open Society Institute (le nom précédent des Fondations Open Society) ont servi de partenaire fondateur d’Avvaz dans des campagnes d’intérêt commun, et plus particulièrement en lien avec le Mouvement pour la démocratie en Birmanie.

Avaaz a toujours un lien avec Soros – notamment, comme indiqué plus haut, par Eli Pariser qui siège dans un conseil consultatif d’Open Society. Et tous les deux, Avaaz et Soros, semblent partager une antipathie pour ce qu’ils qualifient d’agression russe, comme l’illustrent parfois les déclarations exagérées d’Avaaz sur la Russie en Syrie. (Par exemple, comme indiqué dans notre précédent article, Ricken Patel tient le gouvernement de Poutine pour responsable de complicité avec le gouvernement d’Assad dans la «coordination des atrocités» et «les assassinats ciblés de journalistes» au début de 2012. Voir aussi cette publication d’Avaaz du 30 septembre 2015, qui utilise des preuves fragiles pour accuser les avions russes de bombarder délibérément des quartiers civils.)

Les dons des Fondations Soros

Sur une période de trois ans débutant en 2007, les fondations de Soros – soit directement soit par Res publica –  ont donné à Avaaz $1.2 million au total. En 2007, l’Open Society Institute a donné $150,000 à Res Publica pour le soutien général à Avaaz et $100,000 pour son travail sur le changement climatique.

En 2008, l’Open Society Institute a encore donné un total de $250,000 à Res Publica — dont $150,000 de nouveau pour le soutien général à Avaaz et les $100,000 restants pour son travail sur le changement climatique. L’année suivante, Soros a même été plus généreux. Dans le Form 990 qu’il a rempli pour 2009, sa Fondation pour promouvoir une société ouverte (Foundation to Promote Open Society) indique (page 87) avoir donné au total $600 000 à Res Publica à l’usage d’Aavaz – $300 000 pour le soutien général et $300 000 pour sa campagne sur le climat.

Avaaz a renforcé ses liens avec l’organisation de Soros en 2008 en choisissant ce qui s’appelait alors l’Open Society Institute (OSI) comme son partenaire de fondation pour superviser les quelque $325 000 de dons qu’Avaaz avait reçus de ses membres – en quatre jours seulement – pour soutenir le Mouvement pour la démocratie en Birmanie.

Avaaz a dit qu’elle se liait avec OSI – «l’une des fondations les plus grandes et les plus respectées dans le monde – dans le but qu’OSI surveille ses subventions et ses dépenses». OSI «ne prenant pas de frais généraux sur les fonds que nous allouons aux groupes birmans» pour la technologie, l’organisation, le soutien aux victimes du régime et aux familles des victimes, et pour la défense internationale.

En juin 2009, OSI a rapporté que les bénéficiaires de son projet birman – y compris Avaaz – avaient rallié le soutien mondial autour de la dirigeante démocratique Aung San Suu Kyi. À cette occasion, Avaaz a travaillé en partenariat avec la campagne de l’organisation Libérez les prisonniers politiques birmans maintenant ! pour réunir plus de 670 000 signatures demandant au Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon de soutenir Aung San Suu Kyi et quelque 2000 autres prisonniers politiques.

D’après les informations disponibles, il ne semble pas que Soros ou ses fondations aient contribué financièrement à Avaaz ou soient directement engagées dans des projets avec l’organisation ces cinq ou six dernières années. Avaaz elle-même dit que le lien financier avec Soros a pris fin en 2009. Quant à savoir si l’aide importante des fondations de Soros pendant les trois premières années de son existence ont exercé une influence durable sur Avaaz, c’est certainement difficile à démontrer.

L’impressionnant record d’Avaaz en matière de plaidoyer

Comme nous l’avons noté dans notre précédent article, même en tenant compte de l’auto-publicité organisationnelle, Avaaz affiche un record de défense impressionnant – un record qui semble la plupart du temps décalé par rapport à sa promotion d’une zone d’exclusion aérienne en Libye et en Syrie. Par exemple, voici quelques autres campagnes d’Avaaz non mentionnées auparavant :

  • Avaaz a joué un rôle de premier plan dans un grand nombre d’actions dirigées contre le traitement des Palestiniens par Israël.
  • Avaaz a été un acteur clé dans la campagne couronnée de succès (incluant une pétition avec plus de 1.7 millions de signatures, couplée avec des occupations et des manifestations contre environ 15 succursales de la banque Barclay dans tout le Royaume-Uni) dans le but de faire pression sur Barclay pour qu’elle cède les $2.9 millions qu’elle détient chez un entrepreneur israélien d’armement, Elbit Systems.

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(Photo credit: Marc Venezia)

Avaaz a reçu des félicitations du mouvement Boycott, désinvestissements, sanctions (BDS) pour son rôle dans cette campagne [Ce qui en dit long sur les sponsors du mouvement BDS dont les principes ont été modifiés au désavantage des Palestiniens, ndlr]. Elbit Systems est la plus grande entreprise d’armement et de sécurité basée en Israël qui fabrique les drones utilisés pour surveiller et attaquer les Palestiniens à Gaza. Elle fournit aussi du matériel électronique pour le mur de l’apartheid construit en Cisjordanie.

  • Une pétition adressée au gouvernement d’Israël et au Congrès des Etats-Unis a rassemblé 185 000 signatures en soutien à la partie du discours du président Obama au Caire en juin 2009, dans laquelle il disait : «Les Etats-Unis n’acceptent pas la légitimité des colonies israéliennes continuelles. Cette construction viole les accords précédents et sape les efforts pour parvenir à la paix. Il est temps que ces implantations cessent.»
  • En 2011, environ 1.6 million de personnes — plus de 300 000 rien que pendant les deux premiers jours – ont signé la pétition d’Avaaz aux dirigeants européens et aux pays membres de l’ONU, les pressant «d’appuyer la demande légitime de reconnaissance de l’Etat de Palestine et la réaffirmation des droits du peuple palestinien. Il est temps de tourner la page après l’échec de décennies de pourparlers de paix, de mettre fin à l’occupation et de progresser vers une paix basée sur l’existence de deux Etats» [Cette demande est une tromperie ; on ne peut pas construire un Etat viable, Israël ne leur a laissé que quelques miettes, ndlr].
  • En mars 2013, au moment de la conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) et des jours de lobbying du Congrès à Washington, D.C., Avaaz s’est jointe à Jewish Voice for Peace pour placarder des centaines d’affiches anti-AIPAC dans les stations de métro du centre de Washington. Les affiches clamaient : «L’AIPAC ne parle pas en mon nom. La plupart des juifs américains sont pour la paix. L’AIPAC ne l’est pas.»
  • Dans ses pétitions, Avaaz s’est fortement opposée à la surveillance des citoyens par le gouvernement des Etats-Unis et a défendu Wikileaks et les dénonciateurs de la sécurité nationale Edward Snowden et Chelsea (auparavant Bradley) Manning.
  • En avril 2011, à l’occasion d’informations sur le traitement brutal infligé à Manning alors qu’il était emprisonné à la base des Marines de Quantico en Virginie, avant d’affronter une cour martiale pour avoir livré des documents classifiés à Wikileaks, presque 550 000 personnes ont signé une pétition d’Avaaz adressée au président Obama, à la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et au secrétaire de la Défense Robert Gates. La pétition, intitulée «Stop à la torture de Wikileaks», appelait ces dirigeants à «mettre immédiatement fin à la torture, à l’isolement et à l’humiliation publique de Bradley Manning. C’est une violation de ses droits garantis par la Constitution, et un moyen de dissuasion effrayant contre d’autres lanceurs d’alerte attachés à l’intégrité publique».
  • Une pétition d’Avaaz de décembre 2010, qualifiant «la campagne d’intimidation vicieuse contre Wikileaks» par les Etats-Unis et d’autres gouvernements et entreprises d’«attaque dangereuse à la liberté d’expression et à la liberté de la presse» a obtenu 654 000 signatures — plus de 300 000 arrivées dans les premières 24 heures où la pétition a circulé en ligne.
  • En juin 2013, quelques jours après la parution des premiers rapports sur l’espionnage illégal mondial de l’Agence de sécurité nationale (NSA) environ 1.38 million de personnes ont signé une petition, intitulée «Soutenons Edward Snowden» au président Obama. La pétition disait : «Nous vous appelons à assurer que le lanceur d’alerte Edward Snowden est traité équitablement, humainement et bénéficie d’une procédure régulière. Le programme PRISM est l’une des plus grandes violations de la vie privée jamais commises par un gouvernement. Nous vous demandons d’y mettre fin immédiatement, et que Edward Snowden soit reconnu comme un lanceur d’alerte agissant dans l’intérêt public – et non comme un dangereux criminel.»
  • En avril 2012, quelque 780 000 personnes ont signé une petitiond’Avaaz aux membres du Congrès, et une autre à Facebook, Microsoft et IBM (avec 626 000 signataires), pour qu’ils renoncent à soutenir le projet de loi sur la surveillance d’internet connue comme le Cyber Intelligence Sharing and Protection Act (CISPA). Le projet de loi, précisait la pétition, placerait «notre démocratie et nos libertés civiles [] sous la menace de pouvoirs de surveillance d’internet excessifs et inutiles», qu’il conférerait au gouvernement des Etats-Unis sans exiger de mandat.
  • Face aux grèves de la faim généralisées à la prison de Guantanamo Bay en 2013, Avaaz a récolté 690 000 signatures sur une pétition demandant de transférer les 86 hommes qui étaient déjà libérables et de désigner un responsable de la Maison Blanche dont la responsabilité serait de fermer la prison. La pétition disait : «Ce complexe honteux est un fléau pour l’humanité, il détruit des vies et alimente la haine dans le monde entier. Fermez-le !»
  • Avaaz est aussi au premier rang sur diverses autres questions – la lutte contre le réchauffement climatique, pour mettre fin à la vente d’armes étasuniennes et européennes à l’Arabie saoudite, protéger les forêts tropicales, sauver les espèces menacées, promouvoir les énergies propres, contester la tentative de Rupert Murdoch d’avoir un plus grand monopole sur les médias au Royaume-Uni, défendre les droits humains dans un grand nombre de pays, etc.

Dans aucune de ces autres campagnes nous ne voyons Avaaz proposer une action militaire quelconque. Pourquoi cette anomalie quand il s’est agi de la Libye et maintenant de la Syrie ? Et cela surtout lorsque les actions militaires ont ensuite si mal tourné en Libye, et lorsque même les grands généraux du pays disaient qu’une zone d’exclusion aérienne en Syrie serait une escalade de la guerre et mettrait en danger ces mêmes civils qu’Avaaz s’est donné pour but de protéger ?

Par John Hanrahan – Le 14 avril 2016 – consortiumnews.com

John Hanrahan, actuellement membre de la rédaction en chef d’ExposeFacts, est un ancien directeur exécutif du Fonds pour le journalisme d’investigation et journaliste pour The Washington Post, The Washington Star, UPI et d’autres entreprises de presse. Il a aussi une vaste expérience d’enquêteur juridique. Hanrahan est l’auteur de Government by Contract et co-auteur de Lost Frontier: The Marketing of Alaska. Il a beaucoup écrit pour NiemanWatchdog.org, un projet de la Fondation Nieman pour le journalisme à l’Université de Harvard.

Article original paru le 11 avril 2016 sur ExposeFacts.org

Traduit par Diane Gilliard pour Arrêt sur Info

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