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Obama à Hiroshima (WSWS)

par Bill Van Auken 31 Mai 2016, 08:40 Obama Hiroshima USA Bombes nucleaires Génocide Visite

Obama à Hiroshima (WSWS)
Obama à Hiroshima
Par Bill Van Auken
WSWS

Lors d’une visite au Mémorial de la Paix d’Hiroshima, vendredi 27 mai, en marge d'une réunion du G7 à Tokyo dominée par les préparatifs de guerre américains contre la Chine, Barack Obama s’est posé en avocat de la fraternité mondiale et de la morale internationale.

Un débat public en sourdine pour savoir si Obama devait, comme premier président américain en fonction à visiter Hiroshima, présenter des excuses pour ce qui fut sans aucun doute l'un des plus grands crimes de guerre de l'histoire, avait accompagné cette visite. Le président prix Nobel et ses collaborateurs avaient très clairement fait savoir en aval du voyage a été qu'il était hors de question de s’excuser.

Non que les responsables américains n'aient jamais reconnu le caractère criminel de cet acte par lequel s’est achevée la Seconde Guerre mondiale : le massacre de centaines de milliers de civils, la plupart des femmes et des enfants, en deux bombardements successifs à Hiroshima puis Nagasaki.

Comme le dossier historique le montre on ne peut plus clairement, ces meurtres de masse n'ont pas, comme on l’a dit sans cesse au public américain, été conçus pour accélérer la fin de la guerre et « sauver des vies ». Ils ont au contraire, été effectués dans le but d'intimider l'Union soviétique et pour préparer une troisième guerre mondiale potentielle.

Dwight Eisenhower, ancien chef militaire de la Seconde Guerre mondiale et président, a reconnu en 1963, dans le magazine Newsweek, moins de trois ans après la fin de son mandat, « ... les Japonais étaient prêts à se rendre et il n'était pas nécessaire de les frapper avec cette chose terrible ».

L'amiral William Leahy, qui était chef de cabinet de Harry Truman, le président américain qui a ordonné les bombardements, écrit dans ses mémoires: « Mon opinion est que l'utilisation de cette arme barbare à Hiroshima et Nagasaki n'a en rien aidé matériellement notre guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre à cause du blocus maritime efficace et des bombardements réussis avec des armes conventionnelles... Mon sentiment est que, étant les premiers à l'utiliser, nous avions adopté une éthique commune aux barbares du Moyen-Age. On ne m'a pas appris à faire la guerre de cette façon, et on ne peut pas gagner les guerres en détruisant les femmes et les enfants ».

Obama ne pouvait faire ce genre de franche admission. Au lieu de quoi il s'est livré à une rhétorique fleurie sur Hiroshima, un lieu où « la mort est tombée du ciel et le monde a changé. » Tombée d'où? Changé par qui? Questions qu'il vaut mieux de ne pas poser. Dans un discours misanthrope, il a souligné que de tels actes barbares ne sont en réalité que le produit de la nature humaine. « Les artéfacts nous disent que le conflit violent est apparu avec le premier homme», a-t-il dit.

La Seconde Guerre mondiale elle-même, a-t-il ajouté, était « le produit du même instinct ignoble de domination ou de conquête qui avait causé des conflits entre les tribus les plus simples ».

Quel est selon Obama, le remède à cet « instinct ignoble » ? « Nous devons réinventer notre rapport les uns avec les autres en tant que membres d'une seule race humaine ».

Cette dissimulation, hypocrisie grotesque et raccourci historique tendancieux, délibérés de la part d'Obama, ne sont pas juste de l'opportunisme politique ou de la lâcheté.

Si le président des États Unis est moins capable de dire une seule parole de dure vérité sur Hiroshima et Nagasaki que les hauts fonctionnaires directement impliqués dans la guerre ayant produit ces atrocités il y a 71 ans, c’est parce qu'il est engagé dans la préparation d'horreurs futures pires encore.

Pourquoi aurait-on dû s’attendre à ce qu’Obama s’excuse? S'il était intéressé à se montrer contrit, il aurait pu commencer par les sept pays – Syrie, Irak, Libye, Pakistan, Afghanistan, Yémen et Somalie – où les interventions américaines et les guerres par procuration continuent de faire des victimes civiles, huit ans ou presque après que le candidat de « l'espoir» et du « changement» a été porté au pouvoir par une vague de sentiment populaire anti-guerre. Pendant tout ce temps, son gouvernement a été sans conteste responsable de plus de morts civiles que de celles causées par la double explosion atomique de 1945.

La partie la plus effrontément hypocrite du discours d'Obama à Hiroshima fut sa posture de champion du désarmement nucléaire. « Parmi ces nations, comme la mienne, qui détiennent des arsenaux nucléaires, nous devons avoir le courage d'échapper à la logique de la peur, et de continuer un monde sans eux,» a-t-il déclaré, ajoutant rapidement, « Il se peut que nous ne parvenions pas à cet objectif durant ma vie ».

Compte tenu de la poursuite des politiques menées par son gouvernement, la deuxième partie de cette affirmation au moins est incontestable. Quant à la première, c’est un des exemples les plus nauséabonds de la façon dont Obama, avec son mélange bien à lui d'exhortation morale et de mensonge éhonté, sert l'impérialisme américain.

Comme le révèle un rapport récemment déclassifié du Pentagone, le gouvernement Obama a moins fait pour réduire l'arsenal nucléaire de Washington que tout autre président américain d’après la guerre froide, même George HW Bush et George W. Bush.

Mis à part le nombre absolu d'ogives nucléaires, son gouvernement a lancé le programme le plus ambitieux de renforcement de l’armement nucléaire de l'histoire moderne, au coût de mille milliards de dollars. Voilà pour le « courage d'échapper à la logique de la peur ». Les dépenses pour les armes nucléaires devraient doubler en vertu de ce programme, alors que le gouvernement proclame en permanence qu'il n'y a pas d'argent pour faire face aux fléaux du chômage, de la pauvreté et de la misère qui affligent des couches de plus en plus nombreuses de travailleurs américains.

De nouveaux sous-marins et bombardiers porteurs d’armes nucléaires, des ICBM (missiles balistiques intercontinentaux) et des missiles de croisière, voilà la vraie direction prise par la Maison Blanche d’Obama; avec en plus de nouvelles armes, plus rapides et plus utilisables qui rendent la transition d'une guerre classique à une guerre nucléaire non seulement plus facile mais, en fait, inévitable.

Ce développement nucléaire se poursuit dans le cadre d'une escalade sans cesse croissante des provocations militaires des Etats-Unis aux frontières des deux autres grands puissances nucléaires; des troupes et des systèmes anti-missiles américains sont en cours de déploiement sur ​​le flanc ouest de la Russie, et la marine américaine mène des opérations en continu « de liberté de navigation » dans les eaux territoriales revendiquées par la Chine.

Le monde est aujourd'hui plus proche d'une guerre nucléaire qu’à n’importe quel moment depuis la crise des missiles de Cuba en 1963. Cette préparation folle à la tuerie de masse est le résultat non pas, comme le prétend Obama, d’une violence inhérente à l'homme, mais de la crise insoluble du système capitaliste mondial et, en premier lieu, du fait que États-Unis continuent d'utiliser des moyens militaires pour compenser leur déclin économique relatif et pour maintenir leur position de puissance hégémonique mondiale.

Empêcher l'impérialisme de plonger toute l'humanité dans les horreurs vécues à Hiroshima est la tâche de la classe ouvrière internationale mobilisée dans un mouvement de masse contre la guerre et contre sa source, le système capitaliste.

(Article paru en anglais le 28 mai 2016)

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