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« Taux négatifs et monnaie papier : chronique d'une mort annoncée ? » (Amundi)

par Philippe Ithurbide 4 Mai 2016, 08:00 BCE Monnaie papier Disparition Deflation Crise Taux negatif Economie

Les taux négatifs semblent pousser les épargants à garder leur argent sous forme de billets dans certains pays, au détriment du financement de l'économie.

 

Le débat sur l’avenir des pièces et billets refait surface en Europe dans un contexte où les moyens de paiement électroniques s’imposent de plus en plus dans les usages. Les taux négatifs pourraient également pousser les banques centrales, dont la BCE, à limiter l’existence des grosses coupures, explique Philippe Ithurbide, Directeur de la Recherche chez Amundi.

La suppression de la monnaie papier est un thème qui revient sur le devant de la scène, non seulement parce que cela permettrait de mieux lutter contre l’économie souterraine et contre le crime organisé, mais parce que cela permettrait également d’affranchir les banques centrales de tout plancher sur le niveau des taux d’intérêt.

En effet, le passage à des taux négatifs peut avoir une conséquence directe sur la détention de pièces et de billets de banques : les ménages peuvent être incités à ne plus déposer leur épargne dans les banques et à conserver l’argent liquide dans les bas de laine.

Non seulement cela a un impact sur la liquidité des banques, mais cela dessert également l’économie réelle et la croissance. Poussée à l’extrême, une politique de taux négatifs pourrait même être à l’origine d’une baisse de l’activité économique. Son rôle déflationniste pourrait être réel. Il s’agit là d’une des limites naturelles et évidentes de la politique de taux négatifs.

C’est pour cela que certains auteurs (K. Rogoff, ancien chef économiste du FMI, et W. Buiter ancien membre du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre) préconisent la suppression des billets de banques. Impossible de stocker des billets s’ils n’existent plus et si les paiements deviennent exclusivement électroniques.

Cette mesure, extrême, signifierait cependant la disparition du droit de seigneuriage, un bénéfice actuel des États. La question est donc de savoir si la demande de billets de banque a changé depuis la crise financière et depuis la mise en place de politiques de taux d’intérêt ultra-bas, voire négatifs.

Que font les autres pays ?

Que se passe-t-il dans les pays à taux bas/négatifs ? S’il est difficile d’établir une règle unique, une tendance forte se dessine.

Si l’on se réfère aux données les plus récentes de la Banque Nationale Suisse, on voit bien la hausse de la demande de liquidité, et plus particulièrement la demande de grosses coupures : le nombre de billets de 1000 CHF ne cesse d’augmenter, et il a doublé depuis la crise financière.

Dans le cas de la zone euro, c’est moins net : les données fournies par la BCE indiquent néanmoins que la demande de coupures de 500 euros a progressé. En Suède, qui pratique également les taux négatifs, on observe plutôt un repli de la demande de grosses coupures. Autrement dit, il est difficile de trancher à ce stade.

Certains pays ont néanmoins entamé une politique de suppression de grosses coupures : la Fed a aboli le billet de 500 USD, tandis que Singapour retire graduellement sa coupure de 10000 SGD, qui n’est d’ores et déjà plus imprimée. D’autres se sont engagés dans la voie de la limitation des paiements en espèces : c’est notamment le cas de la France, où il n’est plus possible, depuis le 1er septembre 2015, de payer en liquide toute facture de plus de 1 000 euros (3 000 euros auparavant).

Plus extrême encore, la banque nationale danoise, qui a annoncé ne plus imprimer de nouveaux billets à partir de la fin 2016… et qui a également annoncé que bientôt les commerçants et restaurateurs danois ne seront plus obligés d’accepter les paiements en espèces…

Les politiques de taux négatifs, le commerce électronique, les nouveaux moyens de paiement et la volonté de lutter contre le blanchiment d’argent et le crime organisé vont-ils signer l’arrêt de mort de la monnaie papier ?

Philippe Ithurbide, Directeur Recherche, Stratégie et Analyse chez Amundi.

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