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Brexit : pourquoi une telle conviction du "maintien" sur les marchés et chez les bookmakers ? (Boursorama)

par Xavier Bargue 23 Juin 2016, 17:17 Bourse Brexit Grande-Bretagne Speculation UE Referendum

À en croire les derniers sondages d’opinion, le suspense sur l’issue du référendum britannique d’aujourd’hui reste total. Mais à en croire les marchés, les jeux sont faits et le Royaume-Uni restera dans l’UE sans surprise. Aveuglement ou logique implacable ?

En plein référendum sur le « Brexit », les investisseurs ont vu la vie en vert. Tous les indices européens ont terminé en hausse jeudi 23 juin, avec un CAC40 gagnant 1,96% à 4.465 points, un Dax 30 en hausse de 1,85% à 10.257 points et un FTSE 100 britannique en hausse de 1,23% à 6.338 points.

Les investisseurs ont largement anticipé le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE, au point d’avoir presque éliminé la probabilité d’un éventuel « Brexit » avant même la fermeture des bureaux de vote. Le CAC40 est revenu très proche de son niveau de la fin du mois de mai, lorsque le scénario du « Brexit » avait presque disparu des anticipations suite à la publication de sondages très favorables au « maintien ».

Chez les bookmakers, le scénario du « maintien » est également resté largement en tête des paris en ce jour de vote. À 18h30, la probabilité accordée à une victoire du ''maintien'' était de 82% d'après les cotes, après avoir débuté à 77% en matinée et atteint un pic à 86% vers 15h.

Les bookmakers s'étaient pourtant fait une petite frayeur mercredi soir, à quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote, suite à la publication d'un dernier sondage Opinium replaçant le « Brexit » en tête des intentions de vote (45% pour le « maintien », 44% pour le « Brexit »). La probabilité attribuée au scénario du « maintien » avait alors chuté à 71,8% vers 20h.

Néanmoins, un dernier sondage YouGov publié vers minuit avait redonné le « maintien » en tête des intentions de vote (51% contre 49%), provoquant immédiatement une remontée de la probabilité du « maintien » chez les bookmakers. Un tout dernier sondage Ipsos Mori terminé mercredi à 21h et publié jeudi vers midi malgré l'interdiction des sondages d'opinion le jour du vote, a confirmé cette tendance en donnant le camp du "maintien" vainqueur à 52% contre 48%.

Pourquoi une telle conviction du « maintien » ?

Comment s’explique l’optimisme à toute épreuve des investisseurs, alors que les derniers sondages officiels restent tout de même serrés et contradictoires ?

Sur les marchés, « On observe de faibles volumes depuis plusieurs jours, et à cause de ces faibles volumes, les cours évoluent avec une volatilité accrue. Il faut relativiser la signification réelle de ces mouvements » tempère tout de suite Marco Bruzzo, Directeur général délégué de Mirabaud AM et gérant de fonds Actions européennes.

Néanmoins, les bookmakers comme les investisseurs ont quelques bonnes raisons de croire à une victoire du "maintien".

Premièrement, les votes par correspondance des Britanniques vivant à l’étranger pourraient influer sur les résultats du vote dans le sens du maintien dans l’UE. Or, les intentions de vote des Britanniques de l’étranger n’ont pas forcément été prises en compte dans les sondages parus, dont on peut supposer qu’ils n’ont été réalisés qu’au sein du Royaume-Uni.

On se rappelle que les votes par correspondance avaient permis de renverser le résultat de l’élection présidentielle autrichienne au mois de mai dernier.

Deuxièmement, les indécis, nombreux d’après les derniers sondages, pourraient refuser de faire le choix, dans les urnes, de sortir de l’Union européenne, en prenant en compte les nombreuses incertitudes d’un tel scénario. La prudence reste de mise sur le report des voix vers le "maintien" : « Il est très difficile de savoir ce que décideront de faire les indécis dans les urnes », affirme ainsi Marco Bruzzo.

Ce dernier explique en revanche que « Même si les sondages sont interdits aujourd’hui, les hedge funds peuvent commander des sondages privés de sortie d’urnes réalisés par des cabinets privés. Cela leur permet d’avoir des anticipations en direct à partir desquels ils vont se positionner sur les marchés. Etant donné que les volumes sont faibles, il suffit que les hedge funds augmentent le levier de leurs positions pour que les marchés évoluent fortement. Cela peut expliquer des mouvements comme la hausse de 1,7% observée en quelques minutes ce matin, entre 11h et 11h20 ».

Les banques centrales veillent au grain

Enfin, pour les investisseurs, les inquiétudes relatives au scénario du « Brexit » sont en partie compensées par le sentiment que les banques centrales veillent au grain et feront le nécessaire pour calmer la situation en cas de scénario « noir ».

La BCE comme la Bank of England ont déjà annoncé à plusieurs reprises qu’elles seraient prêtes à intervenir pour juguler tout effet de panique en cas de « Brexit ».

« La Bank of England a mis en place trois opérations spéciales de fournitures de liquidité aux banques au cours des derniers jours » rappelle Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. « La fourniture de liquidités est désormais illimitée, mais on remarque que les banques britanniques y ont fait peu appel au cours des derniers jours, car elles ont pour l’instant le sentiment de pouvoir faire face ».

« Il y a une légère confiance supplémentaire permise par les banques centrales qui ont conféré le sentiment qu’en cas de Brexit, les moyens seront là. Néanmoins, en cas de Brexit, ça n’empêchera pas une chute des marchés à court terme. Entre les inquiétudes des investisseurs et la confiance des banques centrales, il est très difficile de savoir quelle pourrait être l’ampleur de la baisse des marchés dans un tel scénario » vendredi matin à l'ouverture des marchés, explique pour sa part Marco Bruzzo.

Mais à quelques heures des résultats finaux, le "Brexit" semble un scénario plus qu'improbable. Les précédents propos de Marco Bruzzo, associés au fait que les marchés boursiers ont encore bondi jeudi, laisse à penser que les sondages non-publics à la sortie des urnes donnent le "maintien" clairement vainqueur.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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