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De Habré à Déby, le soutien des autorités françaises aux dictateurs est occulté dans les médias

par SLT 8 Juin 2016, 18:17 Habre Idriss Déby Dictature Tchad France néocolonialisme Collaboration Françafrique Articles de Sam La Touch

De Habré à Déby, le soutien des autorités françaises aux dictateurs est occulté dans les médias

L'ex-dictateur tchadien, Hissène Habré, vient d'être condamné à perpétuité pour crimes contre l'humanité. Ce que la majorité des médias français oublient de dire c'est que ce dictateur fut ardemment soutenu par les autorités françaises et fut lâché par celles-ci lorsqu'il commença à négocier avec le Colonel Kadhafi. Il fut remplacé par son bras droit, Idriss Déby, à l'origine d'une grande partie des massacres commis sous le régime Habré. Ce sont les services secrets français qui l'ont aidé à gagner le pouvoir. Lorsque le nouveau dictateur made in Paris fut sur le point d'être renversé en 2011, l'armée française sous Sarkozy l'aida à se maintenir au pouvoir au prix du massacre du principal opposant démocratique du pays : Ibni Mahamat Saleh.
Les médias français donnent bien sûr une version édulcorée de l'histoire en excluant toute référence à l'action de la Françafrique criminelle pour donner une grille de lecture africaniste salvatrice de la tragédie.


Mais on pourra néanmoins se référer à quelques sources plus sérieuses qui - bien qu'elles aient tendance à minimiser le rôle français - n'en souligne pas moins la réalité des politiques collaboratrices et criminelles de l'actuelle puissance néocoloniale française qui agit dans son pré-carré en portant au pouvoir et soutenant les pires dictateurs. A noter que lorsque ces dictateurs sont au pouvoir, ils sont nommés dans la presse française : "Président" ou "Chef d'Etat" ou bien par leur nom de famille tel que les "Sassou", "Deby". Il faut appeler un chat un chat ! Allez couvrez moi cette collaboration que je ne saurais voir.

Idriss Déby
Wikipedia

...Le 2 décembre 1990, avec l'appui de la France, il chasse du pouvoir Hissène Habré et le remplace le 4 décembre avec le titre de président du Conseil d'État. Il est ensuite désigné président de la République du Tchad le 28 février 1991 après l'adoption de la Charte nationale. Il remporte les élections présidentielles de 1996, 2001, 2006, 2011 et 2016....
Appeler un Tchad un Tchad
Le Canard enchaîné, le 8 juin 2016, p.1


...le complice de Habré - de 1980 à 1989 - a brillé par son absence au procès : Idriss Déby, commandant en chef, chef d'état-major, patron des services secrets et, depuis 1990, président du Tchad.
Le bras droit n'a pas un bilan aussi chatoyant que le condamné. Mais, depuis trente-six ans, il a, lui aussi, des horreurs sur la conscience, dont la persécution, l'arrestation et la disparition de civils, d'intellectuels et d'opposants, à commencer par Ibni Mahamat Saleh. Et ce n'est pas la France qui aurait réclamé sa comparution. Sous Habré comme sous Déby, Paris, aux petits soins pour les dirigeants de ce pays stratégique, a couvert leurs exactions. Et aujourd'hui, Déby est un fidèle et méritant allié dans l'opération militaire Barkhane, destinée à lutter contre le terrorisme djihadiste au Sahel.
Dans vingt-six ans, il sera bien temps de lui reprocher quelques errements passés.
Comment la France a soutenu la dictature d’Hissène Habré 
Mondafrique, 1 Juin 2016

L'ONG Human Rights Watch s'apprête à publier un rapport accablant sur l'appui des autorités françaises au pouvoir du dictateur tchadien Hissène Habré

Le 30 mai, l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré a été condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerres, tortures et viols. A la tête de l’Etat de juin 1982 à décembre 1990, Habré s’est largement appuyé sur le soutien de la France pour asseoir son pouvoir. C’est ce que démontre, à travers des documents et des témoignages exclusifs, un rapport de l’ONG Human Rights Watch en préparation et dont le journal « Le Monde » a publié plusieurs extraits.

Charniers et Transall

Selon cette enquête, la complaisance de la France vis-à-vis de l’ex dictateur commence avant son arrivée au pouvoir. Dès mars 1982, « conscientes de la monté en puissance des FAN, les autorités françaises (…) se sont rapprochées des représentants des FAN » note le rapport. Et ce malgré la découverte en 1980 de charniers à ciel ouverts remplis de victimes fusillées par les forces d’Habré autour de sa demeure dans la capitale N’Djamena.

Après l’arrivée d’Habré au pouvoir, plusieurs unités de l’armée française sont déployées sur le sol tchadien tout près des zones du nord du pays où des centaines de combattants de Goukouni Oueddeï (opposant à Habré soutenu par la Libye de Kadhafi) sont alors « victimes d’exactions, de mauvais traitements, de tortures et d’exécutions sommaires » commises par les FANT. Par ailleurs, le rapport précise que le 11 juillet 1983, « 32 mercenaires, sélectionnés par René Dulac (…) ont décollé de l’aéroport du Bourget » en direction du Tchad. « Dual a reçu ses ordres lors d’une réunion de crise organisée par la DGSE dans les locaux du ministère de la coopération. Le projet est suivi de près par Jean-François Dubos, directeur adjoint du cabinet du ministre de la défense Charles Hernu, ainsi que par Guy Penne et François de Grossouvre, conseillers de Mitterrand »....
Justice : un avant et un Habré
Le Canard Enchaîné, 22.07.2015

Penser que la France s'est mise en quatre pour amener au tribunal l'ex-dictateur (et néanmoins allié) tchadien Hissène Habré, ce serait comme imaginer Poutine traînant en justice son pion tchétchène Ramzam Kadyrov. Car l'ancien président du Tchad - de 1982 à 1990 -, jugé depuis le 20 juillet à Dakar pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et tortures (le procès vient d'être ajourné jusqu'en septembre), fut un authentique protégé de "la patrie des droits de l'homme".

Guérillero, il a commencé par séquestrer durant trois ans l'ethnologue Françoise Claustre et par assassiner l'émissaire chargé de la libérer, le commandant Galopin, avant de gagner les faveurs de Paris. Il est vrai qu'il combattait Kadhafi, notre ennemi juré de l'époque. Mais le régime de terreur qu'il a instauré (40.000 hommes et femmes liquidés dans ses geôles, 200.000 torturés) rendait tout de même acrobatique le soutien de la France de Mitterrand.

Difficile, alors, d'affirmer qu'on ne savait pas : la DGSE était sur place et Amnesty International criait fort...En revanche, cette barbarie trop ostensatoire a fini par lasser. L'Elysée et les "services" se sont résolus à soutenir un aimable ennemi de Habré : son chef d'état-major, Idriss Déby, homme fort du régime tchadien depuis des années ! En décembre 1990, quand ce dernier a renversé le chef d'Etat, un témoin présent dans le bureau de Bernard Kouchner, alors secrétaire d'Etat à l'Action humanitaire, se souvient de l'effarement du "French Doctor", familier de l'Afrique et tenu totalement hors du coup...Habré débarqué, il devient officiellement tyran sanguinaire, mis au ban des nations, France comprise. Et mis au banc des accusés ving-cinq ans après ses méfaits.

D'autres anciens chouchous qui n'ont rien à envier à Habré - le Centrafricain Bokassa, le Zaïrois Mobutu, le Malien Traoré - ont, eux, échappé à ce genre de procès. Il y a donc un progrès. Mais, vu la célérité de la justice et l'ardeur coopérative de la justice de l'Hexagone, les actuels "amis" de la Françafrique n'ont pas trop de souci à se faire...

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