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Falloujah: ville symbole des crimes de guerre américains (WSWS)

par James Cogan 9 Juin 2016, 21:13 Falloujah Irak USA Crimes de guerre Impérialisme

Il n’y a pas en Irak de symbole plus frappant des conséquences criminelles de l’invasion de l’Irak que la ville de Falloujah. Avant 2003, cette communauté prospère située sur les rives de l’Euphrate, forte de 300.000 musulmans à prédominance sunnite, l’une des implantations urbaines permanentes les plus anciennes de l’humanité, était connue comme la « ville des mosquées. » Treize ans après sa destruction par l’armée américaine et son Etat fantoche à Bagdad, c’est un labyrinthe de ruines, une cité des morts.

Après des semaines de frappes aériennes par les bombardiers américains, britanniques et australiens, une combinaison de forces gouvernementales irakiennes et de milices chiites serait sur le point de lancer une dernière offensive pour reprendre Falloujah à quelques 500 combattants de la milice sunnite extrémiste Etat Islamique (EI) qui avait pris le contrôle de la ville début 2014. Les unités des forces spéciales irakiennes sont accompagnées de troupes d’élite américaines, britanniques et australiennes qui dirigent les frappes aériennes et les bombardements d’artillerie, fournissant des conseils tactiques aux commandants irakiens.

Zeid Ra’ad al Hussein, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (UNHCR), a lancé des appels urgents quant au sort d’environ 50.000 civils pris au piège sans eau ni nourriture dans Falloujah. Les civils tués par l’offensive ont été justifiés à l’avance par le gouvernement irakien soutenu par les Etats-Unis au motif que les occupants se servent de la population comme de « boucliers humains. » L’EI est accusé d’avoir assassiné des dizaines de personnes ayant tenté de fuir.

Les hommes et adolescents qui réussissent à s’échapper sont détenus par les unités du gouvernement irakien et des milices. Selon l’UNHCR, ils subissent des « violations physiques et autres formes de mauvais traitement, apparemment dans le but de leur extorquer l’aveu forcé » qu’ils sont des membres ou partisans de l’EI. L’UNHCR a obtenu des rapports non confirmés d’au moins 21 exécutions sommaires.

Les médias occultent largement la question de comment et pourquoi l’EI a pu prendre le contrôle de cette ville il y a deux ans. Dans la mesure où la question est soulevée, l’explication donnée est la colère éprouvée par les Sunnites face à la politique sectaire et discriminatoire pratiquée par un gouvernement irakien dominé par les Chiites – après le retrait des troupes américaines en 2011. La population irakienne en général est décrite comme incurablement divisée en sunnites, chiites et kurdes incapables de vivre en harmonie et intrinsèquement attirés par des idéologies extrémistes et ethno-sectaires.

Un regard à l’histoire torturée de Falloujah depuis 2003 montre clairement que ce discours est un mensonge. La situation actuelle qui prévaut en Irak et dans la Syrie voisine est le résultat et la continuation de l’exacerbation délibérée du conflit sectaire par l’occupation américaine afin de diviser les masses irakiennes et de consolider l’emprise américaine sur un Moyen-Orient riche en pétrole.

Après l’invasion illégale de l’Irak et le renversement du régime baasiste de Saddam Hussein, Falloujah était devenu le théâtre de l’un des premiers crimes largement relaté, commis par les troupes américaines contre des civils irakiens. Deux cents jeunes exigeant la réouverture de leur école avaient essuyé les tirs des troupes de la 82ème division aéroportée US. Dix-sept d’entre eux furent tués et plus de 70 blessés.

Dans les mois qui ont suivi, Falloujah est devenu un centre de la résistance irakienne à l’occupation américaine. Au début de 2004, la ville était effectivement contrôlée par des groupes armés composés en grande partie d’anciens membres de l’armée irakienne et de tribus sunnites locales. Les extrémistes se fondant sur la religion tels les petits groupes s’appelant « Al Qaïda en Irak » n’avaient qu’une présence marginale.

Le meurtre de quatre mercenaires de Blackwater à Falloujah en mars 2004 avait déclenché une réaction militaire américaine massive. Le défi de la population de Falloujah tira la sonnette d’alarme partout en Irak. Durant la première semaine d’avril, l’opposition de la ville à l’occupation fut rejointe par un soulèvement de dizaines de milliers de jeunes chiites issus de la classe ouvrière, à Bagdad et dans les villes dans tout le sud de l’Irak. L’insurrection armée contre les forces américaines se propagea aux villes à prédominance sunnite comme Ramadi, Tikrit et Mossoul.

En 2004, le trait principal de la résistance anti-occupation en Irak était qu’elle unifiait objectivement les Irakiens de toutes origines opposés à l’occupation américaine et à ses collaborateurs locaux. Cependant, toute perspective ou stratégie cohérente faisait défaut. Dans chaque ville, les combattants irakiens furent débordés par la puissance de feu supérieure de l’armée américaine, y compris à Falloujah en novembre 2004. Au bout d’un mois de siège, la ville se retrouva dépeuplée et en ruines. Sur 200 mosquées, 60 furent détruites ou endommagées ainsi que quelque 39.000 logements et autres bâtiments.

L’autre trait central de l’occupation américaine fut en 2004 le déploiement contre la population sunnite d’escadrons de la mort chiites formés par les Etats-Unis, comme la Brigade Wolf. Des milliers de personnes furent assassinées. Dans le même temps, al Qaïda en Irak a intensifié ses sinistres attentats contre les civils chiites, venant en aide à l’occupation américaine en creusant un fossé entre les deux communautés. La politique américaine avait, en 2006, causé une guerre civile sectaire de grande ampleur qui obligea des centaines de milliers de gens à se mettre en sécurité dans des régions contrôlées par les milices de leur confession.

A l’origine de l’actuel sectarisme brutal en Irak il y a la façon dont l’impérialisme américain « a stabilisé » l’Irak sous le contrôle de son Etat marionnette à dominance chiite, utilisant les méthodes criminelles de la stratégie du diviser pour régner, des tueries et des déplacements de masse. En 2011, Washington, tout en retirant ses forces de l’Irak, lança une guerre de changement de régime en Libye et commença à parrainer une opération similaire en Syrie avec les mêmes méthodes qui avaient provoqué une guerre civile en Irak. En Syrie, toutefois, la CIA et l’armée américaine se sont adressées à l’Arabie saoudite et à d’autres Etats du Golfe pour armer des groupes à base sunnite pour renverser le gouvernement de Bachar al-Assad, dominé par les Chiites et appuyé par la Russie et l’Iran.

L’un des principaux groupes à bénéficier de l’afflux d’armes furent les restes d’al Qaïda en Irak qui a envoyé des combattant en Syrie et s’est rapidement profilé comme la force dominante dans la guerre civile. En avril 2013, le groupe, renforcé par un flot de combattants islamistes étrangers autorisés à entrer en Syrie depuis la Turquie, se renomma Etat islamique en Irak et en Syrie (EI).

Les combattants de l’EI entrés dans Falloujah à la fin de 2013, revendiquant le contrôle de la ville en janvier 2014, avaient été financés, équipés et armés dans le cadre des intrigues américaines en Syrie. L’EI s’était emparé d’autres régions d’Irak de l’Ouest et du Nord se trouvant sous dominance sunnite. La conquête la plus dramatique fut celle de la ville de Mossoul, en juillet 2014. Dans la mesure où le mouvement islamiste avait joui d’un soutien, c’était parce qu’il avait promis de défendre la population sunnite contre les conséquences de l’invasion américaine et des ravages et sévices occasionnés par le gouvernement de Bagdad appuyé par les Etats-Unis. Tant sur le plan matériel qu’idéologique, l’EI est un sous-produit de la politique américaine.

L’attaque menée actuellement contre Falloujah n’est que le tout dernier épisode de la catastrophe que l’impérialisme américain a infligé aux peuples d’Irak et du Moyen-Orient en général. Celle-ci ne pourra prendre fin que par la construction d’un mouvement international anti-guerre de masse fondé sur la classe ouvrière et par la lutte pour le socialisme.

(Article original paru le 8 juin 2016)

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