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L’Union européenne victime de son impérialisme démesuré (Consortium News)

par Jonathan Marshall 29 Juin 2016, 20:00 UE Impérialisme

L’Union européenne victime de son impérialisme démesuré (Consortium News)
L’Union européenne victime de son impérialisme démesuré
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L’Union européenne victime de son impérialisme démesuré 
Par Jonathan Marshall
Article original : European Union’s Imperial Reach
 Consortium News

Traduit de l’anglais par Investig’Action

Alors que le vote Brexit montre une résistance populaire à la migration des travailleurs vers l’Ouest, l’Union européenne s’est-elle tirée une balle dans le pied en s’étendant de manière hautaine et précipitée vers l’Europe de l’Est et ses bas salaires ? - See more at:

Bien que peu d’analystes exposent le problème sous cet angle, l’Union européenne souffre d’une crise auto-infligée de « surexpansion », ou si vous préférez, une forme de surmenage impérial. Le vote Brexit n’était que le dernier symptôme de cette catastrophe politique qui comprend également l’escalade des affrontements avec la Russie et la crise en cours en Ukraine.

Les sondages d’opinion au Royaume-Uni ont établi que l’inquiétude généralisée sur l’immigration a été le facteur le plus important conduisant les électeurs à voter pour une sortie de l’UE. Les militants pro-Brexit ont insisté sur les statistiques publiées le mois dernier. Elles montrent que le solde migratoire a atteint le tiers d’un million de personnes en 2015, doublant le taux qui prévalait trois ans plus tôt.

De tels chiffres ont nourri les préoccupations publiques quant à l’impact des immigrants sur le National Health System et les autres services sociaux du pays, ainsi que sur l’emploi. Ces chiffres ont également nourri une profonde méfiance à l’égard de la crédibilité du gouvernement.

Comme le Guardian l’a rapporté après l’étonnante victoire électorale du camp Brexit, « l’échec de David Cameron à donner une réponse convaincante à la publication des chiffres quasi records du solde migratoire lors de la première semaine de la campagne sur le référendum européen s’est révélé être un moment décisif.

“Le chiffre de 333.000 a non seulement souligné de manière incontestable que la Grande-Bretagne était devenue un pays de migration de masse, mais il signifiait aussi que les politiciens qui ont affirmé pouvoir faire des coupes profondes dans les chiffres tout en restant au sein de l’Union européenne n’étaient pas pris au sérieux.

L’afflux de ces nouveaux arrivants a eu un effet psychologique profond sur le public. “L’incapacité du gouvernement britannique pour contrôler la migration (intraeuropéenne) est considérée comme emblématique d’une perte plus large de contrôle”, a écrit le théoricien politique d’Oxford David Miller juste avant l’élection. “Beaucoup de Britanniques estiment qu’ils ne sont plus en charge de leur propre destin : ‘Reprenez notre pays’ est un slogan qui résonne le long du sentier de la campagne.

L’expansion de l’UE et l’immigration

Environ la moitié des immigrants au Royaume-Uni ces dernières années sont venus d’autres pays de l’UE, profitant de l’engagement fondamental pour la libre circulation des personnes au sein de l’Union. Leur grand nombre reflète l’énorme expansion de l’UE depuis 2004 — et l’attrait de l’économie relativement riche de la Grande-Bretagne pour les travailleurs pauvres des nouveaux membres comme la Pologne et la Roumanie.

L’Union européenne — qui dispose d’un commissaire pour “l’élargissement” — s’est élargie sans relâche et sans tenir compte des préoccupations des électeurs de base de ses membres fondateurs. En 2004, l’UE a absorbé Chypre, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie — tous des pays à bas salaires avec des normes de standard de vie beaucoup plus basses qu’en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni. En 2007, l’Union a également pris la Roumanie et la Bulgarie.

Les statistiques officielles montrent que les citoyens de ces membres plus récents et plus pauvres de l’UE comptent pour près d’un tiers du solde migratoire dans le Royaume-Uni au cours des dernières années.

Bien que de nombreux économistes défendent que la libre circulation du travail est bonne pour l’économie dans son ensemble, le résultat — comme celui du libre-échange avec les pays à bas salaires — peut nuire à des travailleurs moins qualifiés.

En 2011, deux rapports inédits commandés par le ministère des Communautés et des Collectivités locales ont établi ce point.

Un haut fonctionnaire du gouvernement a prévenu que l’immigration en forte augmentation pourrait “accroître les tensions entre les travailleurs migrants et d’autres sections de la communauté” durant la récession du pays. Un autre a noté une forte augmentation des migrants établis de façon inattendue dans les zones rurales, et a conclu qu’ils avaient “un impact négatif sur les salaires des travailleurs du Royaume-Uni dans les plus bas niveaux de la distribution professionnelle.

Nous avons sous-estimé de manière significative le nombre de personnes qui allaient venir en Europe de l’Est”, a concédé Ed Milliband, leader du Parti travailliste. “La migration économique et une plus grande flexibilité du marché du travail ont augmenté la pression rencontrée par les travailleurs moins qualifiés.

Ironiquement, la plupart des localités qui ont voté le plus massivement pour le Brexit avaient des populations migrantes relativement faibles. Mais beaucoup d’entre elles souffrent encore de l’austérité économique et de fortes réductions dans le filet de sécurité sociale imposées par le gouvernement conservateur depuis 2010.

Changer de bouc émissaire en passant du gouvernement au migrant sans visage. . . C’est plus facile quand les gens ont peur pour leur subsistance, et c’est plus commode pour les politiciens qui font campagne des deux côtés” a fait remarquer l’écrivain basé à Londres, Aube Foster.

Les électeurs ont été facilement persuadés que les “lointains” et “anonymes” bureaucrates de l’UE ne saisissaient pas leurs préoccupations. En effet, l’Union européenne reste tordue par une expansion continue. Des pourparlers sont en cours pour l’adhésion de l’Albanie, de la Macédoine, du Monténégro, de la Serbie et de la Turquie. La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont reconnus en tant que membres potentiels.

La Russie et l’Ukraine

La conduite expansionniste de l’UE a eu d’autres répercussions coûteuses tant pour la Grande-Bretagne que pour le reste de l’Europe. Sa volonté d’établir un “accord d’association” avec l’Ukraine a ainsi été une catastrophe notable. Ce traité de grande envergure comprenait non seulement des dispositions pour une étroite intégration économique, mais aussi un engagement dans le temps à se conformer à la Politique de sécurité et de défense commune de l’Union ainsi qu’aux politiques des Agences de Défense Européennes. Sur ces deux fronts, l’accord a été conçu de manière à tirer l’Ukraine de son orbite russe traditionnelle.

L’expansion de l’UE en Ukraine, comme son expansion dans le reste de l’Europe de l’Est, a été menée parallèlement à l’expansion de l’alliance militaire de l’OTAN dans les mêmes pays, contrairement aux promesses faites par les dirigeants occidentaux à leurs homologues russes en 1990. En 2008, le secrétaire général de l’OTAN — soutenu par le président George W. Bush et le candidat à la présidentielle Barack Obama — a promis que l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan serait accordée.

Inutile de dire que la Russie a mal réagi, comme elle l’a fait plus tard avec la joute de pouvoir menée par l’UE. La Russie a fait pression sur le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch pour qu’il résiste aux sirènes de l’OTAN et de l’Union européenne. Le refus de Ianoukovitch de rompre avec la Russie a alors déclenché les manifestations du soi-disant “Euromaidan” et le putsch soutenu par l’Occident qui a renversé son gouvernement en février 2014.

En moins d’un mois, le nouveau Premier ministre pro-européen et pro-US, Arseniy Yatseniuk, avait signé les dispositions politiques de l’accord européen. Quelques mois plus tard, il déclarait qu’il chercherait également à adhérer à l’OTAN.

Le résultat a été une guerre civile sanglante dans l’Est de l’Ukraine ; des confrontations militaires dangereuses et coûteuses entre la Russie et l’OTAN ; et les sanctions économiques qui appauvrissent mutuellement la Russie et l’Union européenne.

Les futurs historiens nous aideront à comprendre les sources sous-jacentes de l’expansion autodestructrice de l’UE. Sans doute comprennent-elles un mélange de foi idéologique dans l’universalité des valeurs européennes, d’agrandissement bureaucratique, et de soumission aux élites néolibérales. Quelles que soient les causes, les conséquences menacent aujourd’hui l’ensemble du projet européen.

L’avenir de l’Union européenne exigera une sérieuse remise en question sur bien des fronts, mais plus particulièrement sur celui des grandioses ambitions d’expansion.

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