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Le Guen en tournée. En visite au Togo et au Gabon, le Secrétaire d’État a respecté la coutume françafricaine (BdA)

par Billets d'Afrique 22 Juin 2016, 17:43 Françafrique Togo Leguen France Gabon Dictature

En visite au Togo et au Gabon, le Secrétaire d’État a respecté la coutume françafricaine.

Pour Jean-­Marie Le Guen, « le Togo est un pays qui avance aujourd’hui dans la stabilité, dans la volonté de développement et cela ouvre toutes les possibilités d’une coopération encore renforcée entre nos deux pays ». Le Secrétaire d’État auprès du Premier ministre Manuel Valls et chargé des Relations avec le Parlement emmenait au Togo les 13 et 14 mai une petite délégation de trois députés socialistes : François Loncle, David Habib et Alain Calmette – lui-­même vice président du groupe d’amitié France­-Togo. Parlait-­il plutôt de la « stabilité » dans le recours à la violence mise en place par l’ancien despote Eyadema et que son fils, le dictateur Faure Gnassingbé, qui l’a reçu au palais présidentiel, continue d’utiliser sans ménagement ? Manifestants pacifiques tués ou blessés par les forces de sécurité, arrestations et détentions arbitraires à l’encontre notamment de défenseurs des droits humains... L’ONG Amnesty International l’a d’ailleurs encore dénoncé dans un nouveau rapport publié dix jours avant cette visite.

« Très bon niveau »

Alors que cela faisait sept ans qu’aucun ministre français n’était venu à Lomé, Le Guen a expliqué que la « coopération entre la France et le Togo est aujourd’hui d’un très bon niveau » – une déclaration abondamment citée dans la presse togolaise. On veut bien le croire, lorsqu’on sait que moins de dix jours avant, c’était André Vallini, le Secrétaire d’Etat chargé du Développement et de la Francophonie, qui avait fait le déplacement à Lomé. Surtout, le « monsieur Afrique » du gouvernement, le ministre de la Défense Jean­-Yves Le Drian, s’y rendra lui aussi prochainement, lors du sommet sur la sécurité maritime organisé conjointement par l’ONU et l’Union africaine à Lomé en octobre. Devant des jeunes, Le Guen a expliqué qu’il retenait « de tout cela que la coopération entre la France et le Togo est porteuse de projets pleins d’avenir » (AfreePress, 14/05)... pour le soutien à la dictature togolaise peut­-être, mais sûrement pas pour un meilleur respect des droits des Togolais !

Transparence, tcha-tcha...

Puis après une escale rapide au Bénin, c’est vers le Gabon que la délégation emmenée par l’émissaire de M. Valls s’est rendue. La rencontre entre Le Guen et Ali Bongo a principalement porté sur la prochaine élection présidentielle prévue à la fin du mois d’août. C’est ainsi que la présidence de la République – du président élu « pas comme on l’entend », selon Manuel Valls (cf. Billets n°254, février 2016) ­ a déclaré que « Jean­-Marie Le Guen a souligné les garanties fournies par le président de la République gabonaise de la présence d’observateurs étrangers au Gabon pour témoigner de la transparence du scrutin présidentiel ». Suite à ce communiqué, de nombreuses voix gabonaises ont rappelé au Secrétaire d’État que la présence d’obser­vateurs – qui souvent ne font d’ailleurs qu’avaliser les mascarades électorales – ne suffit pas du tout pour assurer une élection transparente et juste. D’ailleurs, de nombreux témoignages reviennent déjà sur les tripatouillages du pouvoir en place par rapport au fichier électoral (inscription de mineurs, d’étran­gers, de personnes payées par le parti au pouvoir, etc.). De plus le projet de rassemblement dans un même immeuble, et ce à l’extérieur de Libreville, du Ministère de l’Intérieur, de l’Etat­-Major de la Police Nationale et de la Commission Electorale Nationale et Permanente (CENAP), ou encore la militarisation croissante des rues, ne sont que des signes qui montrent la préparation du passage en force d’Ali Bongo. Cela aura sans doute échappé à M. Le Guen !

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