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Le vote pour le Brexit intensifie les conflits au sein de l’Union européenne (WSWS)

par Alex Lantier 29 Juin 2016, 13:08 Brexit UE Tension

Alors que la nouvelle que la Grande-Bretagne avait voté de quitter l'UE déclenchait une panique financière mondiale, il est devenu clair que le vote pour le Brexit aura des conséquences vastes et imprévues dans toute l’Europe et au-delà. Le processus d’intégration européenne, qui a été lancé juste après la Seconde Guerre mondiale, destiné à construire des institutions politiques qui rendraient une nouvelle guerre mondiale impossible, se fragmente.

L’Europe se prépare actuellement à des années de négociations ardues sur les conditions juridiques et financières du retrait de la Grande-Bretagne de l’UE et de ses traités. Avec des billions d’euros en jeu dans les contrats commerciaux et financiers — et des tensions accrues au sein de l’UE depuis de nombreuses années à cause de la crise de la dette grecque, de la crise des réfugiés au Moyen-Orient, et des guerres parainées par des États-Unis au Moyen-Orient et en Ukraine — les divisions au sein de l’UE vont s’intensifier. Les hauts fonctionnaires ont fait des commentaires sombres et pessimistes quant aux perspectives pour l’Europe et le monde dans le sillage du vote du Brexit

La chancelière allemande Angela Merkel a fait une brève déclaration à Berlin, sans accepter les questions des journalistes. Elle a appelé le Brexit « une rupture dans l’histoire de l’Europe, » qui reflète des « doutes fondamentaux concernant la direction actuelle de l’intégration européenne » et qui conteste la capacité des pays européens à faire valoir « nos intérêts économiques, sociaux, écologiques et de politique étrangère. »

Merkel a brutalement prévenu qu’il n’existait aucune garantie que les contradictions explosives qui refont surface entre les grandes puissances européennes ne déclencheraient pas à nouveau l’éruption de la guerre : « Même s’il est difficile de l’imaginer maintenant, » dit-elle, « nous devons nous rappeler, surtout pendant ces heures, que l’idée de l’Union européenne est celle de la paix. Après des siècles de terribles effusions de sang, les fondateurs de l’Union européenne ont trouvé un chemin commun vers la réconciliation et la paix, culminant dans le traité de Rome signé il y a près de soixante ans. Ce n'est plus et ne sera plus à l’avenir une donnée. »

Face à ce spectre d’une nouvelle guerre en Europe, Merkel avait peu à proposer sauf de vains espoirs que l’UE pourrait présenter sa politique détestée d’austérité, de guerre et de répression policière dans une lumière plus favorable à ses citoyens restants. « Nous devons donc veiller à ce que les citoyens aient un sens concret de la façon dont l’Union européenne contribue à l’amélioration de leur vie personnelle, » a-t-elle déclaré.

En réalité, le fait que les masses d'electeurs en Grande-Bretagne, comme dans toute l'Europe, ont conclu que l'UE est une institution socialement regressive et hostile à leurs intérêts constitue un facteur clé dans la crise du Brexit. Un outil du capitalisme européen, l 'UE est, en outre, irrévocablement déchiré par les intérêts divergeants des États européens.

Merkel n’a pas tenté de cacher la montée des tensions au sein de l’UE. Alors même qu' elle appelait à l’unité, la chancelière allemande, dont le gouvernement il y a seulement deux ans a répudié la politique de retenue militaire menée par l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale, a dit qu’elle défendrait avant tout les intérêts de Berlin. « Le gouvernement allemand accordera une attention particulière aux intérêts des citoyens allemands et à l’économie allemande au courant de ce processus », a-t-elle déclaré.

Lundi, Merkel accueillera le Président français François Hollande et le Premier ministre italien Matteo Renzi, qui se réunissaient samedi à Paris, pour une réunion d’une journée qui préparera un sommet extraordinaire de deux jours de l’UE. Toutefois, alors que les responsables de l’UE tentent de construire un cadre de négociations, les tensions s’élevent déjà entre les différents pays européens.

Des dirigeants espagnols ont réagi en proposant de reprendre le rocher de Gibraltar, une possession britannique à la pointe de la péninsule ibérique située entre l’Atlantique et la Méditerranée, prise par les forces britanniques et néerlandaises en 1704. Le ministre par intérim des Affaires étrangères de l’Espagne, José Manuel García-Margallo, a dit à la radio Onda Cero, « J’espère que la formule de co-souveraineté — pour être clair, le drapeau espagnol sur le rocher — est beaucoup plus proche que jamais. »

Les responsables britanniques ont catégoriquement rejeté les propositions visant à partager la souveraineté de Gibraltar avec l'Espagne.

Le Brexit attise surtout les tensions entre les deux plus grandes économies restantes dans l’UE, l’Allemagne et la France. Hier, Hollande a exigé un « changement profond » dans l’UE, mettant l’accent sur le renforcement de la police et de la puissance militaire européennes et sur la relance plus forte de la croissance économique.

Alors que les commentaires de Hollande reprenaient largement ceux des responsables de l’UE, qui ont appelé à élargir les pouvoirs répressifs de l’UE et sa capacité à mener des guerres étrangères, ses remarques sur la croissance constituaient une critique à peine voilée de l’Allemagne, conformément aux appels français de longue date à une politique monétaire plus souple. Ces demandes font face à l’opposition déterminée et de plus en plus manifeste à Berlin depuis l’éclatement de la crise de la dette grecque, peu après le krach de 2008 à Wall Street.

« Le calcul du chef de l’État [Français] est que Angela Merkel, qui bloquait une telle politique, devra maintenant lâcher du leste, » un membre du personnel de la présidence française a confié anonymement à Les Échos.

Il n’existe aucune indication, cependant, que Berlin et Paris seront en mesure de résoudre l’escalade des conflits au sein de la zone euro. Alors que les marchés boursiers se sont effondrés mondialement, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, est apparu sur la chaîne de nouvelles financières CNBC pour déclarer que, en raison des conflits politiques insolubles déclenchés par la crise, elle se révélera plus grave que les crises financières de 1987 et de 2008.

« C 'est la période la plus dure dont je me souviens depuis que je suis dans la fonction publique », a déclaré Greenspan. « Il n’y a rien de tel, y compris la crise — rappelez-vous le19 octobre 1987, lorsque le Dow a chuté de 23 pour cent, un montant record ? Je pensais que c'était le point le plus bas parmi tous les problèmes potentiels. Mais cette crise-ci a un effet corrosif qui ne disparaîtra pas

Greenspan a indiqué qu’il estimait probables et une sortie de la Grèce de l’UE et la sécession écossaise de Grande-Bretagne, Cependant, il a réservé ses plus fortes mises en garde pour les divisions de plus en plus intenses au sein de la zone euro, en déclarant que « l’euro est un problème très sérieux en ce que la partie sud de la zone euro est financée par la partie nord et la Banque centrale européenne.

Ce qui a émergé est la défaillance de l’UE et l’impossibilité de surmonter les contradictions inhérentes dans le développement historique et économique de l’Europe sur une base capitaliste. Loin d’unir l’Europe, l’assaut implacable contre les droits sociaux et démocratiques des travailleurs et les interventions militaires croissantes qui ont eu lieu depuis la dissolution de l’URSS en 1991 ont discrédité l’UE et miné les relations établies au cours de l’époque de la guerre froide.

Le plus grand danger, cependant, réside dans la suppression des intérêts indépendants de la classe ouvrière, la seule force sociale qui peut surmonter la crise profonde et la poussée vers la guerre. L’opposition à l’UE en Grande-Bretagne a été organisée non pas par la gauche, du point de vue des intérêts politiques indépendants de la classe ouvrière, mais par des éléments nationalistes extrémistes au sein du Parti conservateur alliés avec UK Independence Party anti-immigrant et de l’extrême droit, qui ont attiré autour d’eux des éléments réactionnaires, petits-bourgeois, et pseudo-gauches tels que George Galloway.

Les alliés européens de ces forces font l’éloge prévisible du Brexit et appelent à une dissolution plus profonde de l’Union européenne suivant des lignes nationalistes.

Marine Le Pen, le leader du Front national de France (FN) néo-fasciste, a assisté à un congrès de partis d’extrême droite à Vienne vendredi, et a salué le vote du Brexit. Le Pen, qui a associé sa campagne pour l’élection présidentielle française l’année prochaine à une demande pour un référendum sur une sortie française de l’UE, a déclaré : « Comme beaucoup de Français, je suis très heureuse que le peuple britannique ait tenu le coup et ait fait le bon choix. Ce que nous pensions était impossible hier est désormais possible. »

Le politicien néerlandais d’extrême droite, Geert Wilders, également présent à la réunion de Vienne, a salué le vote du Brexit comme « historique, » ajoutant : « Maintenant, c’est notre tour. Je pense que les Néerlandais doivent maintenant avoir l'occasion de se prononcer lors d’un référendum.

Washington fait face à de graves problèmes dus aux tensions croissantes au sein de l’UE. L’alliance militaire de l’OTAN, qui comprend toutes les grandes puissances européennes, est au cœur de la politique impérialiste globale des États-Unis. Le Président américain, Barack Obama, a fait campagne agressivement contre Brexit, voyageant en Grande-Bretagne pour prévenir que le Royaume-Uni serait relégué à « l’arrière de la file d’attente » dans ses relations avec les États-Unis si elle quitte l’UE. Avec l’OTAN maintenant face à la multiplication des conflits internes, voire la possibilité d’une dissolution pure et simple, Obama a pris une position plus conciliante hier.

« Le peuple du Royaume-Uni a parlé, et nous respectons sa décision, » a-t-il dit. « La relation spéciale entre les États-Unis et le Royaume-Uni est durable, » a-t-il ajouté, « et l’adhésion du Royaume-Uni à l’OTAN demeure un principe essentiel de la politique étrangère, sécuritaire et économique des États-Unis. »

(Article paru d’abord en anglais le 25 juin 2016)

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