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Après l’attentat de Nice, le gouvernement français mobilise les réservistes (WSWS)

par Alex Lantier 19 Juillet 2016, 19:02 Nice Attentat France Reservistes Etat d'urgence Terrorisme

Alors que des informations contradictoires continuent d’arriver sur Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le franco-tunisien qui a lancé un camion dans la foule le soir du 14 Juillet à Nice, tuant 84 personnes et en blessant plus d’une centaine, le gouvernement français pousse à une vaste escalade militaire.

De nombreuses informations indiquent que cet attentat horrifiant, comme ceux de Paris l’an dernier et de Bruxelles en mars, était d’une certaine manière lié à des réseaux terroristes islamistes initialement soutenus par Washington, Paris et leurs alliés dans la guerre en Syrie. Ces liens restent cependant extrêmement troubles. Bien avant que les motivations et les liens de Bouhlel aient été identifiés et qu’aient été discutées les questions de responsabilité politique pour les attaques et la façon de prévenir de futures atrocités, on a bombardé le public de propositions urgentes pour une action militaire à grande échelle à l’intérieur comme à l’extérieur.

Après l’appel du président François Hollande le 15 juillet à des bombardements accrus en Irak et en Syrie, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a lui, appelé à un recrutement de masse de la réserve de l’armée et de la gendarmerie. Une étape dans le processus plus large de recrutement d’une large force paramilitaire bénévole collaborant étroitement avec l’armée dans ses opérations sur le territoire français.

Samedi, la milice de l’État islamique en Irak et en Syrie (EI) a revendiqué la responsabilité de l’attaque de Bouhlel dans une déclaration. « L’auteur de l’opération... menée à Nice était un soldat de l’État islamique. Il a effectué l’opération en réponse aux appels à viser les citoyens des pays de l’alliance qui se bat contre l’EI » disait un communiqué mis en ligne par Amaq, l’agence de presse de l’EI. Des liens précis entre l’EI et Bouhlel n’ont cependant pas été clairement établis.

Bouhlel était inconnu des renseignements français et n’était connu de la police que pour de petits vols et des bagarres de rue, bien que des informations soient aussi apparues en France selon lesquelles il avait liens avec des réseaux islamistes actifs dans la guerre syrienne. « Il y a des “gens barbus” dans son entourage, c’est indéniable, » a déclaré une source de l’enquête à Metro News, ajoutant toutefois : « La seule chose c’est que la police ne sait pas à quel point Mohamed Lahouaiej était proche de ces réseaux islamistes. »

D'autres récits ont tendance à contredire cela. Les voisins de Bouhlel en France et sa famille en Tunisie l’ont présenté comme non religieux, comme un individu ayant des problèmes psychologiques et un islamiste zélé improbable. « De 2002 à 2004, il a eu des problèmes qui ont causé une dépression nerveuse, » a dit son père Mohamed Mondher Lahouaiej Bouhlel à l’AFP depuis Msaken, dans l'est de la Tunisie. « Il ne priait pas, il ne jeûnait pas, il buvait de l'alcool, il prenait même des drogues... Nous sommes également choqués par l’attaque de Nice, » a-t-il ajouté.

Certaines informations suggèrent que, dans les jours avant l’attaque, Bouhlel qui était divorcé et soutenait financièrement ses trois enfants, était devenu profondément déprimé et furieux parce qu’il ne pouvait pas sortir de ses dettes.

Alors que le premier ministre Manuel Valls qualifiait Bouhlel de « terroriste qui est sans doute lié à l'islamisme radical » presque immédiatement après l'attaque, le ministre de l'Intérieur a été lui, plus prudent durant le week-end sur l'étendue des liens de Bouhlel avec l’EI.

Bouhlel « semble avoir été radicalisé très rapidement, » a déclaré Cazeneuve, ajoutant que c’était un « type d’attaque nouveau [mené par] les personnes qui réagissent au message de l’EI et réalisent des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé au combat, ou ayant reçu une formation. »

Dans ces conditions, il est pratiquement impossible de déterminer le caractère de l’attentat de Nice. L’attaque de Bouhlel, était-elle une tuerie de masse menée par l’EI maintenant que la France et ses autres soutiens se tournent contre lui et attaquent ses positions au Moyen-Orient? Ou bien était-ce l’acte d’un individu profondément instable, dont les difficultés personnelles et financières de plus en plus grandes – trop souvent fréquentes dans la crise sociale qui sévit dans toute l’Europe – l’ont poussé à bout et à commettre un crime horrible, peut-être après avoir vu de la propagande de l’EI?

Ce qui est clair en tout cas, c’est que la tragédie de Nice est en train d’être exploitée par le gouvernement du Parti socialiste (PS) pour justifier son escalade de la guerre au Moyen-Orient, ses mesures d’austérité et d’État policier en France, qui ont apparemment toutes joué un rôle dans le déclenchement de l’attaque.

Cazeneuve a lancé un appel nationaliste pour que 12.000 personnes rejoignent la réserve de la police et de la gendarmerie, appelant « tous les Français patriotes qui le souhaitent » à rejoindre la réserve opérationnelle.

Cazeneuve a clairement montré que ce n’était là qu’une première étape vers la formation d’unités irrégulières et de réserve plus nombreuses dans le cadre d’une militarisation généralisée de la société française. « Concrètement, nous discutons d’une force de réaction rapide, sous l’autorité des préfets, formés pour effectuer des missions telles que la sécurité ou de soutien à la police et la police paramilitaire, » a-t-il déclaré. Des sources de la presse ont expliqué que cette force agirait en étroite collaboration avec le ministère de la Défense et la police paramilitaire.

En poussant à l’adoption au plus vite de ces propositions, le PS agit sur la base de plans formulés antérieurement par l’armée française dont le dernier Livre blanc appelle à une extension des réserves. « Sans eux, les forces de défense et de sécurité sont incapables de remplir toutes leurs missions, en particulier s’il y a une crise sur le sol national, » explique le Livre blanc.

Le récent document publié par le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier et son homologue français Jean-Marc Ayrault, suite au vote en faveur d’une sortie de l’UE en Grande-Bretagne appelait lui aussi à un renforcement conjoint des opérations militaires à l’extérieur et des opérations sécuritaires à l’intérieur.

Si l’actuel état d’urgence s’est avéré incapable de prévenir les attaques terroristes, il a fourni le cadre juridique pour la répression brutale par la police des jeunes et des travailleurs qui protestaient contre la Loi travail anti-ouvrière du PS au printemps.

Les travailleurs doivent être avertis que ce qui est en train de se développer est un programme coordonné de militarisation dans toute l’Europe. Alors que l’impérialisme allemand abandonne la politique de retenue militaire qu’il poursuivait depuis sa défaite et l’effondrement du régime nazi, la France prend modèle sur les régimes d’extrême droite d’Ukraine et de Pologne et met en place des milices nationalistes rivalisant avec les forces de l’armée et de la police.

Comme l’a clairement indiqué la récente offensive contre la Loi travail, quel que soit l’objectif initial de ces mesures sécuritaires, elles seront en fin de compte dirigées contre l’opposition dans la classe ouvrière.

(Article paru d’abord en anglais le 18 juillet 2016)

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