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Avertissement de l’ex-premier ministre britannique quant à une révolution (WSWS)

par Nick Beams 31 Juillet 2016, 06:22 Grande-Bretagne Gordon Brown Crise Mondialisation Revolution Avertissement

L’ancien premier ministre britannique Gordon Brown a rejoint ceux qui mettent en garde contre l’hostilité de la grande masse de la population dans le monde vis-à-vis de l’establishment politique et économique, telle qu’elle s'est exprimée au référendum britannique sur la sortie de l'UE.

Il a fait part de ces craintes quant au sens de ce vote dans un commentaire publié lundi par le Financial Times sous le titre « Les dirigeants doivent se faire les avocats de la mondialisation. »

Il débute en disant: « Une hideuse campagne pour le référendum sur l’UE a abouti à des conséquences plus hideuses encore. Les historiens constateront la révolte populaire la plus vaste contre les élites politiques, patronales et financières, et la plus semblable à une révolution, que la Grande-Bretagne ait connue depuis des siècles. A moins de comprendre ce qui se cache derrière, les forces protectionnistes auront le dessus et l’existence même du Royaume-Uni est en péril. »

Dans son commentaire, Brown parle de la montée des forces populistes de droite. Mais, l’ancien dirigeant du Parti travailliste, qui compte à son actif des décennies de services rendus à l’Etat britannique en fait de répression de la classe ouvrière, est parfaitement conscient de ce que ce mouvement peut rapidement prendre une direction socialiste.

Selon Brown, les problèmes exprimés par le vote en faveur du Brexit sont apparus parce que, si « des millions de gens connaissent le coût de la mondialisation, très peu entendent jamais parler de ses bénéfices. » Le vide d’une telle affirmation est immédiatement apparent.

Si la politique de libre marché que Brown a si assidûment promue quand il était chancelier de l’Echiquier, sa fameuse « main légère » permettant aux élites financières d’agir comme bon leur semblait, avait amélioré matériellement la vie de la population laborieuse au lieu d’entraîner une dévastation sociale et économique, il n'aurait pas à mener une campagne de relations publiques.

En réalité, Brown pointe les conséquences réelles de la politique qu’il a poursuivie, lui et ses homologues dans le monde entier, au nom du capital financier, tant dans les années ayant précédé le krach financier de 2008 qu’après. C’est ainsi qu’il écrit : « Ce problème ne concerne pas seulement la Grande-Bretagne. Pays après pays, l’écart entre la promesse de la mondialisation et l’expérience quotidienne des gens en matière d’insécurité, de chômage et de stagnation des conditions de vie est tellement profond que nous verrons certainement davantage de protestations pour ‘une reprise de contrôle’. »

Brown souligne que l’ensemble des vieille structures politiques est en train de s’écrouler face à cette hostilité, tant sur le plan national qu'international.

Les problèmes qui se posent aujourd’hui, comme la faible croissance, l’instabilité financière, l’inégalité profondément enracinée et la migration de masse, requièrent des solutions mondiales, écrit-il, « mais les politiciens agissent comme si la meilleure façon de traiter de tels problèmes était par l’entremise d’Etats-nations agissant seuls et ils craignent de faire avancer une coopération internationale essentielle à une croissance inclusive. »

Le groupe des vingt (G20) principaux pays industriels est « largement jugé inefficace » et « l’UE est considérée comme faisant partie du problème et non de la solution, » alors que dans les principales économies du monde, « les partis traditionnels luttent pour leur survie au moment même où les vieilles allégeances se fracturent. »

La « solution » avancée par Brown consiste en un sac fourre-tout d’appels à l’action au niveau international et national. Au minimum, écrit-il, le sommet du G20 en septembre « doit montrer qu’une coopération mondiale peut faire la différence. » Il poursuit en disant : « Pour relancer le commerce et stimuler une économie mondiale encore atone, il devrait accepter un pacte de croissance basé sur une approche coordonnée en matière de politique monétaire et fiscale et de réforme structurelle. »

Ceci est écrit comme si tout le monde était frappé d’amnésie politique ou si quelqu’un avait pressé le bouton de remise à zéro effaçant toutes les expériences des sept dernières années. A la réunion du G20 à Londres en avril 2009, qui s’est tenue sous sa présidence, des mesures pour des plans de relance ont été adoptées et un accord conclu pour qu’il n’y ait en aucun cas un recours au genre de politique protectionniste et du chacun-pour-soi qui avait mené à la catastrophe des années 1930.

Mais cet accord fut purement temporaire. Il était censé empêcher un effondrement total du système financier et n’avait rien à voir avec une protection de la population contre les effets des activités irresponsables et criminelles des élites financières qui ont précipité la crise.

Moins d’un an après cette réunion, la menace immédiate d’effondrement financier s’étant éloignée, on a avancé le véritable programme. En juin 2010, le G20 adopta la trajectoire de la « consolidation fiscale, » c’est-à-dire des coupes budgétaires massives visant à faire porter à la classe ouvrière, en Grande-Bretagne comme ailleurs, le coût de la crise financière .

La politique coordonnée fut oubliée car chacune des principales banques centrales appliqua des mesures d’assouplissement quantitatif en injectant des milliers de milliards de dollars dans le système financier, qui profitèrent aux spéculateurs et creusèrent encore plus le fossé de l’inégalité sociale. Le G20 avait tenu son engagement verbal à ne pas faire de politique commerciale restrictive mais celui-ci fut bafoué alors que montaient de partout les mesures protectionnistes venant en grande partie des pays membres.

Quant à la « réforme structurelle » dont Brown affirme qu’elle doit être poursuivie, la véritable signification de cette phrase est devenue on ne peut plus évidente au vu des attaques incessantes menées contre les emplois et les conditions sociales.

Brown réclame un programme pour « faire fonctionner la mondialisation » en promouvant une « mobilité ascensionnelle » et en rétablissant le lien entre une productivité en hausse, la croissance et une amélioration du niveau de vie, « tout en traitant l’inégalité à la source. »

Ce programme – une coopération internationale et une impulsion du niveau de vie – représente la quadrature du cercle politique et économique.

Cela est dû à ce que les problèmes croissants qu’il identifie ne sont pas, en dernière analyse, la conséquence des motivations des dirigeants politiques individuels et ne peuvent être résolus à condition d'adopter une autre politique. En réalité, les motivations qui se trouvent derrière les motivations de chaque groupe de politiciens capitalistes lorsqu'il réalise les exigences des élites patronales et financières sont ancrées dans les structures même du système capitaliste mondial.

Le capitalisme n’est pas, et n’a jamais été, un ordre socio-économique visant à produire la richesse matérielle et la croissance économique pour faire avancer la position sociale de la population mondiale. Sa force motrice est l’accumulation du profit par des sociétés financières et industrielles privées.

Si ces entreprises poursuivent ce programme à l'échelle mondiale, poussées par la pression incessante de la concurrence, elles sont toutes ancrées dans le système d’Etat-nation; chaque gouvernement y opère comme le comité exécutif de sa « propre » classe capitaliste. Par conséquent, vu que la croissance mondiale ralentit, chaque gouvernement applique un programme de plus en plus ouvertement nationaliste vis-à-vis de ses rivaux – une politique, qui comme le démontre l’histoire, mène inexorablement à la guerre.

Parallèlement, la course inlassable au profit dans les conditions d’une stagnation mondiale et même carrément d’une contraction de l'économie, est l’impulsion pour le durcissement des attaques menées contre la classe ouvrière dont le travail est la source de la richesse fabuleuse accumulée au sommet de la société.

Pour « traiter l’inégalité à la source », ainsi que tous les autres maux sociaux et économiques apparus ces huit dernières années, il est indispensable de renverser l’ordre socio-économique fondé sur le profit et la propriété privés, ainsi que la division du monde en Etats-nations en conflit les uns avec les autres. C’est là la source de l’inégalité. La question n'est pas de faire du lobbying pour l'adoption d'une nouvelle mentalité de la part des élites politiques et financières mondiales qui dirigent le système existant.

(Article original paru le 19 juillet 2016)

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