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EXCLUSIF : Des soldats britanniques « combattent l’EI sur le front près de Syrte en Libye » (Middle East Eye)

par Tom Wescott 23 Juillet 2016, 16:24 Libye Grande-Bretagne France Guerre Impérialisme Anglafrique Cameron EI Terrorisme

Les forces britanniques ont attaqué des véhicules piégés de l’EI, dirigé des offensives et fourni du matériel de secours, ont déclaré des soldats libyens fidèles au gouvernement d’union à MEE

 

L’hôpital de campagne de Bayrat Laysoon, qui a été détruit par un attentat-suicide de l’EI (MEE/Tom Westcott)

 

Misrata, LIBYE – Des commandos britanniques soutiennent la bataille libyenne contre l’État islamique (EI) à Syrte, auraient combattu et dirigé des offensives sur les lignes de front et mèneraient des missions de renseignement et de surveillance depuis une base située à Misrata, selon les soldats libyens.

 

Le gouvernement britannique a refusé de commenter les opérations spéciales, laissant le public britannique dans l’ignorance concernant son rôle en Libye. Sur le terrain, cependant, de jeunes soldats libyens affirment que les militaires qu’ils appellent les « amis » ont contribué à sauver de nombreuses vies.

Il y aurait davantage de personnel britannique basé à Misrata, appuyant des opérations de surveillance et de renseignement.

Aimen (26 ans) a déclaré à Middle East Eye : « Daech appelle ses véhicules piégés ‘’dogme’’ et ces derniers sont souvent renforcés par un blindage en acier. Je me battais aux côtés des Britanniques lorsqu’ils ont détruit l’un d’eux.

« Nous lui tirions dessus avec nos armes, mais même nos missiles n’avaient aucun impact. Mais les Britanniques avaient une arme avec des balles qui ont traversé le blindage. Quand ils l’ont touché, le dogme a immédiatement explosé. »

Un autre jeune combattant, Seraj, a déclaré à MEE : « Récemment, nous n’avons pas avancé tant qu’ils ne nous donnaient pas le feu vert. »

« La semaine dernière, ils étaient ici donnant des renseignements et des coordonnées pour que nous puissions avancer, parce qu’ils ont un drone qu’ils utilisent pour détecter les positions ennemies », a-t-il indiqué.

« Ils ne sont pas constamment ici, mais normalement on les voit tous les deux-trois jours. »

Les récits des soldats libyens contredisent les déclarations officielles du gouvernement britannique selon lesquelles ses forces ne sont pas impliquées dans les combats en première ligne en Libye.

En mai, tandis qu’ont émergé des rapports de troupes britanniques en train de détruire un véhicule piégé de l’EI au cours de combats près de Misrata, le secrétaire d’État à la Défense, Michael Fallon, avait déclaré à la Chambre des communes que la Grande-Bretagne ne prévoyait « aucun rôle de combat » pour ses forces en Libye.

Les preuves et les commentaires recueillis autour de Syrte semblent contredire, une fois encore, cette affirmation.

Les équipes d’opérations spéciales à l’étranger ont également fourni des trousses médicales et du matériel de sécurité. Un médecin travaillant dans un hôpital de campagne à un moment où les fournitures médicales essentielles commençaient à manquer a déclaré qu’il avait demandé à l’un des soldats britanniques s’ils pouvaient apporter une aide quelconque.

« Nous n’avions presque rien à l’hôpital de campagne et nous avons demandé aux soldats britanniques s’ils pouvaient aider d’une quelconque façon », a déclaré un chirurgien qui s’est présenté comme le Dr Khalid.

« Un soldat a posé beaucoup de questions au sujet des stocks dont nous disposions et ce dont nous avions besoin, précisant qu’il ne pouvait rien promettre. Le lendemain, ils sont revenus avec 40 kits de terrain. »

Les petites mallettes noires contenaient chacune des fournitures d’urgence pour traiter les blessures rencontrées sur les champs de bataille – notamment des garrots doubles, des drains pour traiter les collapsus pulmonaires ainsi que des pansements compressifs et des agents homéostatiques pour empêcher les hémorragies.

Des photos obtenues par Middle East Eye montrent des emballages de Celox, produit qui arrête les saignements, jonchés autour des vestiges d’un hôpital de campagne à Bayrat Laysoon, à 60 km de Syrte, où 32 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées dans un vaste attentat-suicide en juin.

 

Du Celox et des fournitures médicales données aux forces libyennes (MEE/Tom Westcott)

 

Le Dr Khalid a déclaré que les produits Celox de qualité militaire étaient rares en Libye et que les autorités de santé ont parfois du mal à en importer.

Un autre soldat a déclaré que les « amis » avaient distribué des gilets pare-balles et des casques – des articles que l’armée libyenne a été incapable de fournir à ses combattants.

« C’était une nuit alors qu’il y avait de lourds combats et, le lendemain, nous avions prévu une offensive majeure », se souvient le jeune combattant Abdusalem.

« Ils avaient une camionnette pleine de gilets pare-balles et de casques ; nous avons constitué une longue file d’attente et les soldats nous ont donné chacun un ensemble. »

Il a estimé qu’environ 300 ensembles avaient été distribués sur la ligne de front où il se battait, mais a ajouté que davantage avaient été distribués aux combattants sur d’autres lignes de front.

« Je ne peux pas déterminer avec certitude si ce sont des Britanniques ou des Américains qui nous ont donné cet équipement parce que je ne parle pas anglais et je ne peux pas faire la différence entre les accents mais, de toute façon, ils travaillent ici ensemble », a-t-il poursuivi.

Abdusalem a ajouté que, même s’il n’y avait pas encore assez de gilets pour tout le monde, la plupart des unités militaires en avaient maintenant un petit nombre et qu’ils les utilisaient chaque fois qu’il y avait des affrontements féroces ou lorsque les forces faisaient de nouvelles avancées dans le centre de Syrte.

« L’Angleterre nous a vraiment beaucoup aidé et son aide a été cruciale dans nos succès jusqu’à présent pour vaincre l’EI », a-t-il estimé.

« Sans son aide, l’EI aurait tué beaucoup plus de nos soldats et, personnellement, je tiens à vraiment remercier le gouvernement britannique. »

Les forces libyennes, opérant sous le gouvernement d’union nationale soutenu par l’ONU, ont lancé une offensive contre l’EI en mai après que le groupe a tenté d’étendre son territoire vers Misrata. Du personnel étranger a été repéré sur les lignes de front quelques semaines plus tard.

L’EI a utilisé plus de 35 véhicules piégés contre les troupes gouvernementales depuis début mai. L’attaque de la zone de Bayrat Laysoon était la plus importante. À une autre occasion, il y a eu trois attaques distinctes en une seule journée.

Le porte-parole de l’opération à Syrte, le brigadier-général Mohamed al-Ghossri, a confirmé qu’un petit groupe de personnel étranger apportait un soutien logistique et des renseignements, qu’il a qualifiés d’aide précieuse, essentielle à l’avance des forces libyennes.

 

Le porte-parole des forces libyennes Mohammed al-Ghossri (MEE/Tom Westcott)

 

Cependant, pour les combattants libyens qui manquent d’expérience et seulement équipés d’armes de l’ère soviétique, les rapports de renseignement ne suffisent pas toujours.

Dans le dernier attentat-suicide majeur à l’extérieur de Syrte, un Toyota Land Cruiser bourré d’explosifs a visé un poste de police dans la petite ville d’Abu Graïn, tuant dix policiers et en blessant quinze autres.

Bien que le commissariat eût reçu un rapport des renseignements indiquant une menace trois jours plus tôt, l’explosion qui a eu lieu tôt le matin les a pris au dépourvu.

« Nous avons été réveillés tôt le matin par le bruit de freinage d’un véhicule, suivi d’une énorme explosion qui a soufflé sur toutes les fenêtres et détruit un mur », a déclaré le policier Moussa Ibrahim.

« Les corps sans vie de trois de nos collègues qui étaient stationnés à l’extérieur ont été projetés dans notre chambre à travers les fenêtres brisées. »

Il a déclaré que le conducteur du véhicule piégé avait été projeté sur le toit du commissariat où la ceinture d’explosifs qu’il portait avait explosé, soufflant son corps et causant d’autres dommages structurels.

Même une semaine après l’explosion, on trouvait encore des morceaux carbonisés des corps des victimes, à des centaines de mètres des lieux de l’attaque.

 

Des morceaux de cadavre étaient encore présents à Abu Graïn une semaine après l’explosion (MEE/Tom Westcott)

 

« Le véhicule venait du sud, pas de Syrte », a déclaré Ghossri, admettant que c’était un signe inquiétant indiquant que tous les adeptes de l’EI en Libye n’étaient pas parqués à l’intérieur des 15 kilomètres carrés du centre de Syrte que le groupe occupe toujours.

« Nous savons qu’il y a des cellules dormantes de l’EI dans d’autres parties du pays, mais nous connaissons bien notre travail et nous allons les traquer jusqu’au dernier », a-t-il affirmé.

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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