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Frexit – Quand les sentinelles du capital crachent sur le peuple (ASI)

par Bruno Guigue 8 Juillet 2016, 08:12 Brexit Frexit UE Crise

Depuis le 23 juin, les diatribes des européistes transpirent la haine de la démocratie, elles suintent le dégoût qu’inspire cet obscur entêtement de manants qui engendra ce maudit Brexit. Telle une exhalaison fétide, il émane de ces propos l’intraitable mépris pour le peuple auquel se reconnaissent les serviteurs de l’oligarchie. Du président de Goldman Sachs exigeant l’annulation du Brexit à l’anarchiste repenti Daniel Cohn-Bendit raillant les égarements d’une masse inculte, les petites frappes de l’Europe des banquiers rivalisent de dédain pour ces ploucs qui se lèvent tôt le matin et croient naïvement que les mots de démocratie et de suffrage universel ont encore un sens.

Fidèles à leur vocation, les sentinelles du capital mondialisé que n’assujettit aucune loi n’aspirent qu’à soumettre les citoyens à la sienne. L’étendue du despotisme financier étant inversement proportionnelle à l’étendue du contrôle dont il fait l’objet, il est dans sa nature d’exiger le déni de la souveraineté populaire et la mise hors jeu de la délibération démocratique. La confiance des marchés, cette abstraction derrière laquelle se terre la cupidité des détenteurs de capitaux, leur tient lieu de suffrage universel. Le consensus des agences de notation, à leurs yeux, vaut tous les référendums.

Si seulement on pouvait remplacer les élections par un plébiscite dans les salles de marché ! Faute de pouvoir supprimer des institutions démocratiques conquises de haute lutte, les puissances d’argent s’emploient cependant à les vider de leur substance. Donner la parole au peuple sur son propre avenir est donc une idée saugrenue qu’il faut impérativement retirer du marché, c’est le cas de le dire. Et la farce de la démocratie bourgeoise ne trouve grâce à leurs yeux qu’à la condition expresse que son exercice demeure strictement conforme à leurs intérêts. Toute échappée intempestive de la vox populi sait donc à quoi elle est promise : soit l’annulation de son résultat, soit l’assurance absolue qu’elle ne puisse récidiver. C’est pourquoi, tout en légitimant un futur Frexit, le vote du Brexit lui rend la tâche difficile, l’exemplarité démocratique du 23 juin se trouvant en effet convertie de façon maligne par la propagande en repoussoir absolu.

Sous le régime de souveraineté limitée qui prévaut dans l’ Union européenne, le verdict populaire a ordinairement des vertus confirmatives, jamais affirmatives. Dans cette « démocratie » en liberté conditionnelle exigée par la domination des marchés, le peuple est tout au plus une chambre d’enregistrement, vaguement consulté pour la forme. En réalité, il ne décide de rien, il avalise docilement, et encore par représentants interposés puisque la voie de la consultation directe, sous l’effet du crétinisme parlementaire ambiant, lui est généralement fermée. Et si référendum il y a malgré tout, il suffit d’en invalider le résultat par voie parlementaire, la caste politicienne prêtant toujours la main à l’extinction cynique de cette souveraineté dont elle procède.

Et puis, comme dirait Cohn-Bendit (dont la vertu est d’illustrer au passage ce que donne la dégénérescence de l’anarchisme), ce peuple d’ignares sait-il réellement ce qui est bon pour lui ? Encline aux idées simplistes, la masse abrutie sombre toujours dans l’odieux populisme, lequel rôde comme un spectre, inondant une Europe apeurée de visions cauchemardesques. Le peuple, au fond, n’est qu’un géant sourd et aveugle dont les élites, heureusement, seront les yeux et les oreilles. C’est avec fermeté qu’elles devront, pour n’en fixer aucune à leurs profits, assigner de saines limites à ses désirs. Puérile et versatile, la populace, c’est sa destinée, sera remise sur le droit chemin par ceux qui prétendent faire son bonheur à sa place, tout en ayant la ferme intention de l’exploiter jusqu’à plus soif.

Bruno Guigue | 5 juillet 2016

Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire et chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion, Bruno Guigue est l’auteur de cinq ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002 », et d’une centaine d’articles.

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