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"Je suis Juive et je veux que les gens boycottent Israël" (Washington Post)

par Rebecca Vilkomerson 1 Juillet 2016, 13:38 BDS Israël Boycott Washington Post Rebecca Vilkomerson

"Je suis Juive et je veux que les gens boycottent Israël" (Washington Post)
Un appel au Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) dans le Washington Post
Par Rebecca Vilkomerson
Article original : I am Jewish and I Want People to Boycott Israel

Washington Post

Traduction Europalestine

« En 2009, j’habitais à Tel Aviv pendant l’opération dite Plomb Durci. Au cours de cette attaque, Israël a tué environ 1.400 Palestiniens à Gaza. Lorsqu’à un petit nombre, nous sommes descendus dans la rue pour protester, nous avons reçu des œufs sur la tête et des passants nous ont agressés.

Quand je laissais mes enfants à la maternelle le matin, je voyais des parents qui papotaient comme si de rien n’était. Et à ceux qui me demandèrent pourquoi je n’avais pas l’air bien, je répondis qu’effectivement, j’étais plus que troublée par ce qui était en train de se passer à 60 kilomètres de chez nous. J’eus droit à des silences gênés, ou à des déchaînements favorables à l’action militaire israélienne.

Alors, j’ai voulu m’engager concrètement en défense des droits du peuple palestinien, et j’ai donc rejoint le mouvement de Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS).

Cette campagne non violente a été initiée en 2005 par une vaste coalition d’organisations de la société civile palestinienne, qui en appellent à la solidarité de la communauté internationale tant qu’Israël continuera de violer les droits des Palestiniens. C’est pourquoi j’ai du mal à avaler une récente initiative, prise de manière unilatérale par le gouverneur de mon propre Etat, celui de New York, condamnant le mouvement BDS.

Depuis Plomb Durci, la bande de Gaza a subi deux autres agressions massives. Quelque 500 enfants palestiniens y ont été tués en 2014. Hors campagnes massives de bombardements, les Palestiniens de Gaza restent soumis à un blocus implacable, tandis que ceux de la Cisjordanie subissent une occupation cruelle, faite de check-points, de détention administrative et de démolition de leurs maisons.

En Israël même, les citoyens palestiniens israéliens sont victimes d’un système inégalitaire, tandis qu’à l’extérieur, les réfugiés se voient interdire leur droit au retour.

Bien sûr, il y a également des attaques contre des civils israéliens. Mais comme l’a reconnu le maire de Tel Aviv après un attentat qui a coûté la vie à 4 juifs israéliens, il faut y voir là un terrible symptôme de l’occupation et de la répression qui se perpétuent.

J’ai la conviction qu’Israël ne changera pas sa politique tant qu’il pourra se permettre d’ignorer la pression exercée de l’extérieur.
Le mouvement BDS contribue de manière efficace à changer cet état des choses. Oui, nous avons obtenu des succès, qui vont en s’amplifiant aux Etats-Unis.

Des Eglises, parmi les plus importantes, ont retiré leurs investissements dans les compagnies qui tirent profit de l’occupation de la Palestine. Des dizaines d’universités américaines ont voté des résolutions dans le même sens. Plus de 100 artistes ont refusé de se donner en spectacle en Israël, et des multinationales, comme G4S ou Veolia, se sont retirées du marché israélien.

On observe aussi une évolution de l’opinion publique. Un sondage réalisé par l’Institut Brookings révèle ainsi que 49% des citoyens se définissant comme Démocrates (au sens de électeur ou membre du Parti Démocrate, NDLR) étaient favorables à des sanctions économiques contre Israël sur la question des colonies. Un sondage de l’Institut Pew, diffusé le mois dernier, montre, et c’est une première, que les personnes se déclarant « Démocrates libérales » (le terme américain « liberal » correspond plus ou moins au terme français « de gauche », NDLR) favorables à la cause palestinienne sont désormais plus nombreuses que leurs homologues pro-israéliens. Au mois de mai, l’Institut IPSOS a trouvé qu’un tiers des citoyens américains sont favorables au BDS, tant qu’Israël ne respectera pas les droits du peuple palestinien.

Ici aux Etats-Unis, le mouvement BDS est férocement attaqué par une campagne stratégique abondamment financée par le gouvernement israélien et ses organisations satellites. Au cours des 12 mois écoulés, 22 Etats ont proposé, voire adopté, des mesures anti-BDS. Une majorité de ces mesures ont pour objet d’interdire à des Etats d’entretenir des relations avec des entités soutenant le BDS. Le gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo (un « Démocrate ») a fait de la surenchère, en décrétant, la constitution d’une liste noire des organisations ou entreprises qui ont choisi de ne pas investir en Israël ou qui soutiennent la campagne BDS.

Pour ce faire, Cuomo s’est dispensé de passer par le Parlement de l’Etat de New York, où les partisans de la cause palestinienne et défenseurs de la liberté d’expression, dont de nombreux membres de Jewish Voice for Peace, avaient jusqu’à présent réussi à bloquer un tel projet liberticide.

Cuomo a tort. Il n’est pas discriminatoire de demander des comptes à un Etat pour ses violations du droit international, et du droit international humanitaire en particulier. L’Etat d’Israël et les juifs, ce n’est pas la même chose.

Mes filles, que je déposais à la maternelle en 2009 à Tel Aviv, sont maintenant écolières à Brooklyn (New York).

Elles choisiront peut-être un jour, en tant que citoyennes israéliennes, de vivre en Israël/Palestine. J’espère que ce sera un endroit dont tous les habitants, Juifs et Palestiniens, connaîtront l’égalité et la liberté. De ce point de vue, je pense que le BDS est le meilleur outil à notre disposition pour faire de cette perspective une réalité.

A nos yeux, toutes ces tentatives de législation anti-BDS ne sont que des tentatives, désespérées, pour protéger Israël de la pression indispensable qui doit être exercée sur cet Etat pour qu’il change sa politique. Cuomo est un homme qui se tient du mauvais côté de la barricade.

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